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contre tous ceux qui aspirent au pouvoir absolu » - Cependant, soit que Jefferson se lut mal expliqué, soit
* Le citoyen CJenet à Jefferson, New-York, le 18 septembre 1793- — American State Papers, t. I, p. 173. — Le 7 octobre 1793, Genet écrivait au ministre des affaires étrangères : « Dans les commencements, Jefferson, secrétaire d'Etat, m'a donné des notions utiles sur les hommes en place et ne m a point caché que le sénateur Morris et le secrétaire de la trésorerie Ilamilton, attachés aux intérêts de l’Angleterre, avaient la plus grande influence sur l'esprit du président, et que ce n’était qu'avec peine qu’il contre-balançait leurs efforts. » [Documents historiques f n* VII.) Jefferson avait tait au citoyen Genet des confidences et lui avait rendu des services d’une nature plus compromettante oncorc. Il résulte en effet d'une dépêche, en date du 25 juillet 1793, que le secrétaire d Etat de Washington avait trempé dans les premières intrigues de Genet pour exciter les habitants du Kentucky à affranchir la Louisiane du joug espagnol: «Je crus devoir m’assurer des dispositions du gouvernement américain et l’engager à s’unir à nous. M. Jefferson me parut sentir vivement l’utilité de ce projet , mais il me déclara que les États- Unis avaient entamé des négociations avec l’Espagne à ce sujet, qu’on lui demandait do donner aux Amérioains un entrepôt au-dessus de la Nouvelle-Orléans, et que tant que cette négociation ne serait point rompue, la délicatesse des États- Unis ne leur permettait pas de prendre part h nos opérations ; cependant il me fit entendre qu'ij pensait qu’une petite irruption spontanée des habitants du Kentucky dans la Nouvelle- Orléans pouvait avancer les choses; il me mit en relation avec plusieurs députés du Kentucky, et notamment avec M. Brown, qui, pénétré de l’idée que son pays ne serait pas florissant tant que la navigation du Mississipi ne serait pas libre, a adopté nos plans avec autant d’enthousiasme qu’un Américain peut en manifester. Il m’a indiqué les moyens d’agir avec succès, m’a donné l’adresse de beaucoup d’hoinmes silrs et m'a promis de faire servir toute son influence à la réussite de nos projets. * Et un peu plus loin, M. Genet raconte qu’il a « procuré » à son agent révolutiqnnaire dans l'Ouest, M. Michaux,* des fettres de M . Jefferson et du sénateur Brown pour le gouverneur et pour les hommes les plus influents du Kentucky. » — Genet au ministre des affaires étrangères. Pièce jointe 1» la dépêche nu 21 B. — Documents historiques, n° VU.
Siî EXTRAVAGANCES
que M. Genet eùl mal écouté, le représentant de la Convention commit la faute de confondre élourdimentdans sa pensée Washington et les fédéralistes; il ne tint aucun compte de la fiction qui permettait aux habiles du parti démocratique de battre en brèche le gouvernement sans danger pour leur popularité. Le président devint à ses yeux le jouet d’une petite coterie anglaise et monarchique sans racines dans le |>ays et sans action sur l’opinion ' ; les sociétés démocratiques qu’il haranguait et (es feuilles républicaines qu’il inspirait lui parurent les seuls véritables organes du sentiment national. Sans cesse la gazette de Fréncau l’excitait à se montrer ferme et hardi ; sans cesse elle lui rappelait que le peuple était pour lui, que le peuple seul était souverain, et que Washington s’était rendu coupable d’usurpation en proclamant la neutralité sans consulter le congrès. A force de l’avoir entendu dire et de l’avoir fait répéter, il se crut en droit et en mesure de tout entreprendre. Jefferson, après avoir regardé le citoyen Genet comme un précieux instrument d’agitation contre le parti fédéraliste, eut à craindre qu’il ne devînt un sérieux cm-
* t Je ne puis point douter que le président n'ait dirigé La Fayette; il était llatté de voir le roi de Franco au niveau d’un président dos États-Unis, et son ambition le portait h désirer de se revêtir aussi du litre de roi constitutionnel des Américains. Tout était préparé pour cela. Notre révolution du 10 août a fait avorter ces projets libcrticides, et c’est la source de l’accueil que l’on fait à nos ci-devant constitutionnels et des dégoûts dont on abreuve nos républicains. Le peuple, qui devine tout sans s’en douter, avait pressenti cette conspiration, et c’est & cette cause principalement que vous devez attribuer l’étonnante popularité dont nous jouissons ici. p — Le citoyen Genet au ministre des affaires étrangères, New-York, le 7 octobre 1793. N* 13 B.— Documents historiques, n* Vil.
nt! CITOYEN GENET.
barras pour lè parti républicain. La bataille de Nerwiiide et la détection de Dumouriez avaient déjà commencé à ébranler la confiance enthousiaste du public dans le triomphe de la cause révolutionnaire et dans la sagesse des démagogues américains qui l’avaient adoptée : « Si la campagne d'été devient vraiment désastreuse pour les Français, j’ai bien peur, « s’écriait Jefferson, « que la ferveur républicaine du nouveau congrès, cette ferveur dont j’espérais tant, ne vienne à s’attiédir » Dans ses efforts pour réchauffer la haine des masses contre l’Angleterre, le ministre de la Convention fit tout ce qu’il fallait pour les détacher complètement de la France et du parti français. L’affectation qu’il mit à braver les règlements américains en armant un corsaire dans le port même de Philadelphie, sous les yeux du pouvoir, ses menaces d’en appeler du président au peuple si on osait lui résister, révoltèrent la fierté et le bon sens de la nation *. Hamilton et sa
1 Jefferson à Kandolph, 2 juin 1793. — Works of Jefferson , t. III, p. 570. — Le citoyen Genet se ressentit bien vite des inquiétudes de Jefferson: « Dans les commencements, le secrétaire d’Ktat m'a paru disposé k seconder nos vues; cependant, j'ai remarqué dans ses déclarations oiücielles une sorte de retenue qui m'a convaincu que cet homme à demi-caractère voulait se tenir en mesure de conserver sa place quelle que fût l'issue de l'événement. En effet, à peine la nouvelle de l'infâme défection de Dumouriez et des revers qui en ont été la suite fut-elle parvenue ici, à peine la révolution de Saint-Domingue eut-elle répandu la terreur parmi tous les propriétaires de nègres, que je le vis faiblir de jour en jour et se rendre l’instrument passif d’un parti qui le déteste. » — Le citoyen Genet au ministre des affaires étrangères. New-York, le 7 octobre 1793. N“ 13 À. — Documents historiques, n° VIL * juillet 1793.