SITUATION K M B A K K ASS A N T E
politique retrouvèrent un |ioinl d’appui dans l’opinion. Jefferson alarmé chercha vainement a modérer l’incommodé auxiliaire qu’il s’était si imprudemment donné : « Le choix qu’on a fait de cet homme pour flous l’envoyer est une véritable calamité. C’est un cerveau échauffé, tout imagination, sans jugement, passionné, irrévérencieux jusqu’à l’indécence dans ses communications écrites pu verbales avec le président. Placés sous les yeux du congrès et du public, ses propos exciteraient l'indignation... Sa conduite ne peut être défendue même par le plus furieux jacobin*... Il me fait une po-
1 La conduite du citoyen Genêt ne put en effet être défendue, môme par Robespierre, et pour repousser toute solidarité entre cet extravagant fauteur de révolution et les jacobins, il lo dénonça h la Convention nationale comme un suppôt des girondins: « Un homme nommé Genest, envoyé par Lebrun et par Brissot à Philadelphie en qualjté d’agent plénipotentiaire, a rempli fidèlement les vues et les instructions de la faction qui l’a choisi. 11 a employé les moyens les plus extraordinaires pour irriter le gouvernement américain contre nous ; il a affecté de lui parler, sans aucun prétexte, avec le ton de la menace, et de lui faire des propositions également contraires aux intérêts des deux nations; il s'est efforcé de rendre nos principes suspects ou redoutables en les outrant par des applications ridicules. Par un contraste bien rcmurquable, tandis qu’à Paris ceux qui l’avaient envoyé persécutaient les société® populaires, dénonçaient comme des anarchistes les républicains luttant avec courage contre l’anarchie, Genest à Philadelphie se faisait chef de club, ne cessait de faire et de provoquer des motions aussi injurieuses qu’inquiétantes pour le gouvernement. C’est ainsi que la môme faction qui, en France, voulait réduire tous les pauvres à la condition d ilotes et soumettre le peuple à l’aristocratie des riches, voulait en un instant affranchir et armer tous les nègres pour détruire nos colonies. » — Rapport fait à la Convention nationale au nom du Comité de salut public par le citoyen Robespierre , membre de ce comité , sur la situation politique de la Iiêpuhliquey le 27 brumaire an II de la république.
DK JEFFERSON.
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sition horriblement difficile, non <|ii’il ne me rende justice à moi personnellement : pourvu que je lui donne le temps de décharger sa bile et de se refroidir, je suis avec lui sur un pied «à pouvoir le conseiller librement et à lui faire tenir compte de mes avis; mais il éclate de nouveau à la première occasion, il est incorrigible *. »
La presse démocratique n’était guère moins ingouvernable; le secrétaire d État ne pouvait plus ni l’arrêter ni la suivre dans ses égarements, et, pour avoir cessé de lui obéir, elle n’en continuait pas moins à le compromettre. Ses amis l’exposaient à l’animadversion des gens de bien, en prenant ouvertement fait et cause pour M. Genet; ses fonctions l’appelaient à porter tout le poids de la lutte contre le séditieux diplomate. Il se trouvait ainsi responsable à la fois de l’opposition et du gouvernement. Le découragement le saisit, cl malgré les représentations de Madison, qui lui conseillait d’attendre pour sortir des affaires quelque occasion « de nature à justifier sa retraite aux yeux de tous les bons citoyens *, » il remit sa démission entre les mains du président ’. C’était déserter à la veille de la bataille, et Washington le fit entendre à son ministre. Pour traverser la crise qui se préparait, il avait besoin du nom de Jeiferson. Le rappel de M. Genet allait être demandé au gouvernement de la Convention, démarche
1 Jeffeison à Madison, 8 juillet 1793. — Life of Jefferson , by George Tucker, t. I, p. 499.
* Life of Jefferson, by George Tucker, t. î, p. 5*20.
3 Jefferson au président, 31 juillet 1793. — Works of Jefferson , t. IV, p. 26.
îî6 JEFFERSON ABANDONNE GENET,
reconnue nécessaire par le secrétaire d’État, mais qui, en coïncidant avec sa retraite, prendrait inévitablement un caractère hostile à la France et suspect à ses partisans, 1-n nouveau congrès allait se réunir, plus nombreux et d’un moins bon esprit que le précédent. Il importait qu’au début de la session les républicains ne fussent pas complètement abandonnés à eux-mêmes. Washington insista donc pour que son ministre ne se séparât point de lui avant la fin de l’année '. Après mûre réflexion, Jefferson y consentit. Sa situation était en réalité plus désagréable que dangereuse. L’opinion s’était retournée, mais il pouvait se retourner avec elle sans courir le risque de perdre son armée. Les démocrates s’obstinent rarement à tenir t£te au public. L’état du pays rendait nécessaire un changement d’attitude; le parti républicain le comprendrait aisément; quelques furieux pourraient se séparer un instant de leur chef, mais ils reviendraient à lui. Le jour même où JefTerson relira officiellement sa démission *, il envoya le mot d’ordre suivant à Madison : « Le parti républicain ferait sagement d’approuver sans équivoque l’état de neutralité, d’éviter toute petite chicane sur la compétence du pouvoir qui l’a déclaré, d’abandonner entièrement M. Genet avec force protestations d’amitié pour son pays. De cette façon nous mettrons le peuple de notre côté, en nous mettant nousmêmes du bon côté8. » Il donna immédiatement au
* Voyez la conversation du fi août 1793 entre Washington et Jefferson dans les Ana.— Works of Jefferson, t. IX, p. 165-169.
*11 août 1793.
* Life of Jefferson, by George Tucker, t. I, p. 500.