‹ Thomas JeffersonChapitre 118 sur 212 · LETTRE DE JEFFERSON · texte numérisé non relu

LETTRE DE JEFFERSON

avant dans la confidence de l’illustre démocrate, quoique fort peu discret: « Notre état politique a prodigieusement changé depuis que vous nous avez quitté. Au lieu de ce noble amour de la liberté et de ce gouvernement républicain, qui nous ont fait passer triomphants à travers les dangers de la guerre, un parti anglican-monarchisto-aristocratiquc s’es! élevé. Son objet avoué est de nous imposer la substance, comme il nous a déjà donné les formes du gouvernement britannique; cependant le corps principal dé nos citoyens reste fidèle aux principes républicains. Tous les propriétaires fonciers sont pour ces principes, ainsi qu’un grand nombre d’hommes à talents. Nous avons contre nous (républicains) le pouvoir exécutif, le pouvoir judiciaire, deux des trois branches de la législature, tous les officiers du gouvernement, tousceux qui aspirent à l’être, tous les hommes timides qui préfèrent le calme du despotisme à la iner orageuse de la liberté, les marchands bretons et les Américains qui trafiquent avec des capitaux bridons, les spéculateurs, les gens intéressés dans la banque et dans les fonds publics (établissements inventés dans des vues de corruption, et pour nous assimiler au modèle britannique dans ses parties pourries). — Je vous donnerais la fièvre si je vous nommais les apostats qui ont embrassé ces hérésies, des hommes qui étaient des Salomons dans leconseilet des Samsons dans les combats, mais dont la chevelure a été coupée par la catin Angleterre »

* Moniteur du mercredi 25 janvier 1797. — Voyez la* lettre originale de Jeflerson à 1*. Mazzei, 24 avril 17%. — Works of Jcjfcnon, t. TV, p. 139.— Lu lettre est suivie dans le Moniteur

A MAZ'/.EI {24 AVRIL 1796;.

Saclmnt combien sa renommée en Amérique pouvait avoir à souffrir du moindre antagonisme entre sa mémoire et celle du fondateur de l'indépendance, Jefferson a cherché à établir, après la mort du général, que celui-ci ne s’était pas reconnu et n’avait pu se reconnaître sous les traits de Samson et de Salomon 1 ; mais du vivant de Washington, l’impossibilité ne lui paraissait pas à beaucoup près aussi évidente. Dans l’embarras et le trouble où l’avait jeté la malencontreuse publication de sa lettre, il convenait tristement qu’il ne pouvait « ni la désavouer, parce qu’il en était bien vraiment l’auteur, ni l’avouer de peur d’amener un différend personnel entre le général et lui, et de se brouiller avec tous ceux parmi lesquels le nom de Washington était encore populaire, c’est-à-dire avec les neuf dixièmes du peuple des États-Unis.1 » Certains écrivains fédéralistes sont même allés jusqu’à prétendre que Washington , ayant fait demander des explications à son ancien ministre sur ce singulier document, reçut de lui une lettre d’excuses qui, par une coupable complaisance , disparut plus tard des papiers du général; mais cela n’est rien moins (pie prouvé. Un seul fait semble parfaitement établi, c’est qu’après ce désagréable incident ils ne se revirent jamais. A plusieurs reprises, Jefferson passa devant la porte de Minuit- Vernon sans y frapper.

d'un long article tendant à prouver que le Directoire avait le droit de rompre toute relation avec le gouvernement américain.

* Jefferson à Martin Van Buren. -20 juin IR-21. — Works of JcfTtrwn, t. VII, p. 364.

1 Jefferson à Madison, 3 août 175/7 . — Worla of Jtffcritn, t. IV, p. 193.

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