‹ Thomas JeffersonChapitre 119 sur 212 · JOUN ADAMS PRÉSIDENT ET · texte numérisé non relu

JOUN ADAMS PRÉSIDENT ET

Il fit bien : ji avait perdu toute place dans la confiance et l’estime du général ; sa duplicité avait été mise à nu, sa complicité avec les détracteurs systématiques de Washington était devenue évidente. En empruntant à la presse démocratique son insultant langage, il avait établi un lieç de solidarité entre lui et les journaux qui parlaient sans cesse du grand citoyen dont il faisait profession d'être l’ami « en termes à peine applicables à un Néron, à un malfaiteur notoire ou à un filou vulgaire *, » et qui, le jour où expiraient les pouvoirs du libérateur de la patrie, entonnaient le cantique de Siméon : « Seigneur, laisse maintenant aller ton serviteur en paix, selon la promesse, car mes yeux ont vu ton salut, — telle fut la pieuse exclamation d’un homme voyant un (lot de bonheur se répandre sur l’humanité. Si jamais semblable exclamation fut permise, c’est bien aujourd’hui, car aujourd’hui l’homme qui a été la source de tous les maux du pays descend au niveau de ses concitoyens et perd le pouvoir d'entasser de nouvelles calamités sur les États-Unis *. » Ainsi fut célébrée par la gazette VAurora, le plus violent organe du parti démocratique, l’inauguration du nouveau président John Adams, l’un des chefs du parti fédéraliste \

Battus dans les élections pour la présidence, les républicains avaient néanmoins raison dechantervictoire. Si la retraite de Washington ne leur donnait pas le pou-

* Washington à Jefferson, 6 juillet 179ti. — Writings of Washington, t. XI, p. 139.

* Richard Hildreth, History of the United States . Second **nes. t. II, p. 43.

* 4 Mars 1797.

JEFFERSON VICE-PKESIUEN ï (1797 . 23a

voir, elle leur livrait le pays. Peu (le mois avant l’élection, Jefferson écrivait à Monroe : « Les fédéralistes eux-mêmes en conviennent, toute leur force leur vient des mérites du président, de son influence colossale sur le peuple. Le jour où le président se retirera, son successeur, s’il est monocrate, sera dominé par l’esprit républicain de ses constituants; s’d est républicain, il donnera naturellement carrière à cet esprit, et il rétablira l’harmonie entre le gouvernement et les gouvernés. En attendant, patience 1 1 » La situation était bien changée depuis le temps où l’opposition affectait de regarder Washington comme la meilleure sauvegarde contre le triomphe du parti qui soutenait l’administration. C’était, en effet, à Washington que les fédéralistes devaient tous leurs derniers triomphes. A dater de 1793, ils avaient perd u la prépondérance dans le congrès, et ils n’y avaient plus obtenu que des majorités factices formées sous la pression du public, « toujours disposé, » dit Jefferson, « ià soutenir l’avis du général contre le sien propre et contre celui de ses représentants 4. » Lu successeur de Washington avait été choisi au milieu d’un de ces coups de vent contraires à la faction républicaine, et malgré cette bonne fortune, John Adams ne l’avait emporté quede trois voix sur son concurrent Jefferson, auquel la vice -présidence était échue en partage.

Lorsqu’il avait laissé poser par ses amis sa candidature à la présidence, Jefferson ne s’était exagéré ni les chances de succès ni les inconvénients d'un échec. 11 se

1 lPjtiillel 1796. — H’ort* of Jefferson, t. IV, p. 148.

* .lelïnrson au colonel Monroe, 12 juin 1796,--lForfc« of Jefferson, t. IV, p. 140.

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