CHERCHENT A S'ENTENDRE
fédéraliste <|iii obéissait au colonel Hatnilton. Le viceprésident entendait se servir de John Adams pour entretenir la division parmi les anciens amis de Washington et pour empêcher une guerre avec la France, de toutes les éventualités la plus redoutable pour l’opposition; car une guerre, même impopulaire, ne pouvait manquer avec le temps de rallier le pays autour du pouvoir. Ils avaient tous les deux compté sans leurs méfiances réciproques et sans les passions de leurs entours. Aux premiers pas qu’ils firent l’un vers l’autre, ils vinrent se heurter contre des barrières infranchissables, et ils se trouvèrent bientôt, en dépit d’euxmêmes, plus sépares qu’avant leur tentative de rapprochement. Les haines de parti étaient devenues si furieuses, elles exerçaient un empire si absolu sur toutes les âmes que Jefferson commençait aies trouver fort gênantes : a Vous et moi, » écrivait-il à Edward Itutledge, « nous avons assisté autrefois à de violents débats et à de grands mouvements de passion politique; mais les hommes d’opinions diverses se parlaient alors, et savaient séparer les affaires de l’Étal de celles du monde. 11 n’en est plus ainsi : de vieux amis qui ont vécu dans l’intimité toute leur vie traversent la rue pour éviter de se rencontrer, et détournent la tête de peur d’avoir à toucher leur chapeau. Tout cela peut aller à la jeunesse, pour laquelle toute passion est une jouissante ; mais cela est affligeant pour des esprits paisibles. La tranquillité est le lait des vieillards '. »
A qui fallait-il s’en prendre de ce changement dans
* 24 juin 1797.— Works of Jefferson, t. IV, p. 191.
Î3R MANŒUVRES INOIONES
les mœurs politiques des États-Unis? La courtoisie dans la lutte suppose un certain degré de loyauté et d’estime réciproque. Les bons rapports sont incompatibles avec les mauvais procédés. Jefferson avait plus que nul autre contribué à introduire l’usage des mauvais procédés dans la vie publique, à altérer le sens moral et à compromettre la dignité des partis. Lorsque les partis en sont venus à user de moyens comme ceux dont Hamilton allait être la victime, tout sentiment sociable doit nécessairement s’éteindre dans l’arène, et la barbarie l’envahit avec toutes ses brutalités et ses fureurs.
En t792, alors que les ennemis de Hamillon, à bout d’expédients contre sa politique, cherchaient à se convaincre qu’ils avaient le droit de mettre sa probité en question, trois des meneurs républicains, MM. Muhlenhurg. YeiiableetMonroe, avaient eu le malheur d’entrer cil rapports avec certains aventuriers qui, voulant exploiter la crédulité et la haine de l'opposition, se faisaient fort de lui procurer les moyens de perdre Hamillon. Les trois amis avaient donné dans le piège tète baissée. On leur montre une ou deux lettres du secrétaire du trésor dont le sens leur échappe: ils en concluent qu’elles ont un sens coupable. On leur raconte qu’Hamilton a souvent assisté de sa bourse et de son crédit Reynolds, le détenteur de ces lettres ; on leur prouve que le secrétaire du trésor a pour madame Reynolds des soins empressés : ils en infèrent qu’il a quelque secret motif de ménager le mari. On leur aftimie que le maria, en effet, servi d’intermédiaire à Hamillon |Hiur jouer sur les fonds publics: ils le croient, et ils rédigent aussitôt deux grands mémoires sur les formula-
CONTRE KAMII.TON.
blés résultats de leur enquête. Forts de ces doruments, MM. Muhlehburg, Venable et Monroe se rendent solennellement chez Hamilton, et le menacent de le dénoncer au président s’il ne leur donne des explications satisfaisantes sur cette ténébreuse affaire. A leur grand étonnement, Hamilton ne se (rouble point; il reconnaît ses lettres ; il convient qu’aflii de cacher une faute, il a dû acheter le silence de Reynolds, inari malheureux qui, pour s’enrichir, avait abusé du droit d’être jaloux, et qui, pour se venger de ne pas s’être enrichi autant qu’il l’espérait, avait monté l'intrigue dont les trois membres du congrès étaient les dupes. Afin de ne laisser aucun doute dans leur esprit, Hamilton entame la lecture d’une longue série de billets doux écrits par madame Reynolds et de sommations menaçantes envoyées par son mari. Les trois membres du congrès, confus de leur sotte intervention dans une affaire aussi peu politique, refusent d’en entendre davantage. En se retirant, ils s’excusent auprès de Hamilton et se disent pleinement convaincus de son innocence; mais en rentrant chez eux, ils se bornent à déclarer dans ün mémoire secret qu’ils ont a laissé Hamilton sous l’impression (pie leurs soupçons étaient dissipés; » ils promettent de veiller à ce que les pièces de la procédure ne puissent pas retomber entre les mains des intrigants qui en ont fait un si odieux usage, et pourtant Monroe rentre en rapport avec ces misérables. A leur suggestion, il en vient à penser que Hamilton ne s’est peutêtre accusé de galanterie que pour échappera l’accusation de péculat, et il consigne ses suppositions dans un nouveau mémoire qu’il joint aux autres pièces con-
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liées à sa garde. Avant de partir pour la France, où il allait représenter son pays, il laisse ce dangereux dossier entre les mains « d'un respectable ami virginien » qui, sans doute trop absorbé dans la politique, veille mal sur le dépôt. En 1797, toute la collection parait dans un venimeux annuaire publié par Callender, cynique écrivain dont le métier était alors de vilipender les honnêtes gens qui se trouvaient en mauvais termes avec Jefferson.
Sommé par Hamilton de déclarer s’il croyait fondées les imputations contenues dans son dernier mémoire, Monroe refusa obstinément de s’expliquer : il ne pouvait, disait-il, se faire un avis sur la question avant d’avoir entendu la défense de l’accusé. En vain le colonel fit appel à sa loyauté, en vain il lui adressa les plus offensants reproches sur son indélicatesse, Monroe resta impassible, et tout en se disant prêt à terminer la querelle par un combat singulier si Hamilton voulait bien le provoquer directement, il se montra décidé à ne pas prendre l’initiative d’un duel qui pourrait à trop bon marché tirer son adversaire d’embarras. Hamilton se trouvait ainsi placé dans la cruelle alternative de prouver publiquement son adultère ou de rester convaincu de concussion, de blesser toutes les bienséances ou de sacrifier sou renom de probité. Malgré la légèreté de sa conduite, il aimait tendrement madame Hamilton, et il lui répugnait de la faire entrer dans la confidence de ses secrètes amours. Il n’hésita point cependant : il préféra pour lui-même et pour les siens le scandale au déshonneur, et l’on ne |>eut, sans garder rancune à Monroe, lire cette douloureuse confession