‹ Thomas JeffersonChapitre 125 sur 212 · SEDITION AC'T · texte numérisé non relu

SEDITION AC'T

nous resterons unis; mais si nous poussons les choses à l’extrême, nous donnerons à l’esprit de faction un corps et un lieu'. » La loi dont le souvenirodieuxs’est perpétué en Amérique sous le nom de sédition acl ne fut portée à la chambre des représentants qu’après avoir été fort adoucie par le sénat. Elle subit encore plusieurs amendements avant d’être définitivement adoptée *; malgré tout, elle resta mauvaise en soi et dangereuse pour le gouvernement qui avait à l’appliquer .Toute restriction apportée par le pouvoir fédéral à la liberté de la parole et de la presse était contraire aux mœurs du pays et à l’esprit de la constitution. 11 était impossible que la nation ne se prononçât point contre de semblables nouveautés, après être sortie du délire dans lequel la crainte des jacobins l’avait fait tomber. L’augmentation des impôts, rendue indispensable par les grands préparatifs militaires qu’avait autorisés le congrès , contribua beaucoup à guérir «cette maladie des imaginations.» — « Le médecin s’approche sous l’habit d’un percepteur, » écrivait malicieusement Jefferson; « la majorité actuelle a pour principe l’excès dans les dépenses : le budget de cette année dépasse celui des années les plus coûteuses de la guerre de l’indépendance. La bourse du peuple, c’est là le vrai siège de sa sensibilité : elle le rendra accessible à bien des vérités qui n’auraient pu lui parvenir par un autre organe \ »

Au plus fort de la crise, Jefferson conserva cette

1 Humilton à Wolcott, 29 juin 1798. — Works of Hamilton, t. VJ, p. 307.

* Juillet 1798.

* Works of Jefferson, t. IV, p. -2ô 7, ‘259.

iftO LES RÉSOLUTIONS ÜE LA VIRGINIE

clairvoyance et ce sang-froid. Alors que la plupart des meneurs démocrates se retiraient du congrès abattus ou indignés, et se préparaient soit à rendre les armes aux fédéralistes, soit à pousser les États républicains à se détacher deJ’Union, il sut espérer et attendre. Il resta fermement à son poste, ranimant le courage des timides et calmant l’impatience des exaltés; il empêcha son parti de se cantonner dans un coin de l’Amérique et de renoncer à la conquête du pays Il tint l’opposition en haleine et le gouvernement en échec; mais en même temps qu’il sentait l’importance de ne pas renoncer à la lutte air centre de la confédération, il reconnaissait l’insuffisance de ses moyens d’action dans le congrès et la nécessité de trouver dans les assemblées provinciales un point d’appui pour soulever l’opinion. La Virginie et le Kentucky étaient les places fortes du républicanisme ; les législatures de ces deux Etals reçurent de Jefferson la mission d’arborer le drapeau de la résistance contre les mesures que ses amis avaient en vain combattues à Philadelphie comme inconstitutionnelles’. Ce fut l’un des actes les plus considérables et les moins retentissants de sa carrière politique. Il agit en conspirateur, non en tribun- Vingt-trois ans après avoir rédigé les résolution! célèbres par lesquelles la Virginie et le Kentucky prononcèrent l’annulation du seilitionact et de Va/im art et provoquèrent les autres États a suivre leur exemple, il ne racontait encore que sous le sceau

* Voyai les lettres de JefFer*on ii Madison et u Johu Taylor, (avril-juin 1798). — Works of Jefferson, t. IV', p. 233, 237 , 239, 243, et le petit écrit intitulé : Thoughts on Lotteries (février 1821»,. — Works of Jefferson, t. IX, p. 507.

* Novembre 1798.

et du Kentucky (17«h . ?5i

du secret, au fils de l’un de ses complices, la part qu'il avait prise à cette grande machination *. Elle était en effet difficile à avouer et à justifier. Sous prétexte de défendre la constitution, il lui avait porté une terrible atteinte, la plus terrible atteinte qu’elle ait jamais reçue. En [«osant le principe que les législatures locales pouvaient mettre le veto sur les actes du congrès, il avait introduit dans le droit public américain une doctrine subversive de tout gouvernement régulier, et qui, en 1833, a failli plonger les États-Unis dans l’anarchie. Elle ne trouva heureusementquepeudefaveiiren 1799. Aucun État ne répondit à l’appel du Kentucky et de la Virginie; plusieurs législatures crurent même devoir protester contre le nouveau dogme. Le vice-président fut néanmoins d’avis de le maintenir dans toute sa rigueur *. Moins hardi, parce qu'il étaitplus directement aux prises avec les difficultés, Madiaon crut devoir émousser cçtlearme révolutionnaire plutôt que de s’exposer à blesserl'opinion. Dans la réponse qu’il fit 3 pour la Virginie aux objections soulevées par les résolutions de 1798, il en atténua aillant que possible la portée : il insista particulièrement sur le caractère inconstitutionnel du sédition art et de Valien act; il s'attacha à les rendre odieux sans effaroucher les sentiment» conservateurs. La masse flottante du public, déjà ébranlée par les résolutions de Jefferson, fut gagnée par le

* Jefferson h Nicholas, 11 décembre 1821. — Works of Jefferson, t. VII, i». m.

2 Jefferson à Wilson C. Nicholas, 5 septembre 1709. — Works of J efferson, t. IV, p. 305.

5 Décembre 1799.

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