‹ Thomas JeffersonChapitre 126 sur 212 · LA DISCORDE DANS · texte numérisé non relu

LA DISCORDE DANS

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rapport de Madison. Rien d’ailleurs ne la défendait plus contre les séductions de l’opposition ; rien ne justifiait plus à ses yeux les violences et les dépenses excessives de l’administration. La patrie n’était plus en danger.

Sans consulter son cabinet plus que son parti, John Adams avait brusquement renoué des relations pacifiques avec la France', et il avait ainsi glacé l’enthousiasme national, la seule passion publique dont il pût disposer. Par cet acte honnête, mais intempestif, il désarma le parti fédéraliste et accéléra sa dissolution. Elle avait commencé le jour où la succession politique de Washington s’était ouverte. Personne parmi ses amis n’avait pu la recueillir. En devenant le chef de l’État, John Adams n’était pas devenu le chef de l’état-major fédéraliste. Le cabinet que lui avait légué son glorieux prédécesseur n’avait jamais accepté son autorité. Hamilton le regardait comme impropre au gouvernement, et il ne se consolait de le voir à la tête des affaires qu’en cherchant à le tenir en tutelle au moyen de ses ministres. Bien qu’absent de Philadelphie et en apparence étranger au gouvernement, l’ancien secrélaire du trésor était par eux secrètement instruit de tout, consulté sur tout, et ses avis faisaient loi tant que le président n’imposait pas les siens en agissant seul et par surprise. De là, au sein de l'administration, des intrigues et des coups de théâtre continuels, point de confiance réciproque, point de politique suivie, nulle unité dans le commandement et dans l’action. Depuis plus d’un an, le cabinet gouvernait en vue de la guerre

• Octobre 17»».

LE PARTI FÉDÉRALISTE {1800 . ïftS

lorsque le président prit sur lui de rétablir la paix : ce fut presque une défection aux yeux des meneurs fédéralistes, et bien que le gros du parti fût resté fort attaché à John Adams, bien que son nom fût le meilleur à opjKiser à celui de Jefferson, ils commencèrent à se demander s’il n’y aurait pas duperie à le porter une seconde fois à la présidence: « Les principaux anlis du gouvernement sont en présence d’un triste dilemme, » écrivait Hamilton le 5 janvier 1800; « s’exposeront-ils au risque de produire un schisme dans le parti en cherchant à amener un changement, ou consentiront-ils à s’annihiler et à compromettre leur cause en continuant à soutenir ceux qui les soupçonnent et les détestent, et dont la seule politique sera probablement de les contrarier '? » Et le 10 mai 1800 : « Pour moi, mon parti est pris; je n’appuierai pas M. Adams, cela dût-il entraîner l’élection de Jefferson *. » Eût -il appuyé M. Adams, l’élection de Jefferson n’en aurait pas moins été inévitable. La réaction républicaine avait une force irrésistible : « La question n’est plus pour nous, s écrivait Fisher Ames, « de bien combattre, mais de bien tomber, de tomber comme Antée, et de nous relever par notre chute*. » Les fédéralistes ne surent même pas tomber dignement. Sentant leur cause perdue, ils ne songèrent plus qu’à satisfaire leurs fantaisies et leurs rancunes, ou qu’à survivre à la mort de leur parti ; ils s’accusèrent réciproquement de leur insuccès ; ils étalé-

4 Hamilton à King. — JVorks of Hamilton, t. VI, p. 416.

* Hamilton à Sedgwick. — Works of Hamilton, t. VI, p. 441.

• Fisher Ames à Hamilton, 26 août 1800. — Works of Hamilton, t. VI, p. 464.

*54 L’tfr.KCTION DE 1801

rent devant le public leurs plaies secrètes. John Adams renvoya outrageusement de son cabinet les principaux amis de Hamilton; il le dénonça dans scs conversations comme le chef d'une faction anglaise intéressée à brouiller les Etats-Unis avec la France; il s’attacha à rejeter sur lui les perfides épithètes que l'opposition avait'indistincternent appliquées à tous les défenseurs du gouvernement. Hamilton publia contre John Adams un amer pamphlet1.

Déjà fort amoindris par ces mesquines récriminations , les fédéralistes se perdirent tout à fait dans l’estime publique en cherchant, par une manœuvre déloyale, a fausser le résultat de l’élection. Comme on pouvait le prévoir, le vole fut défavorable à John Adams; mais le colonel Burr, le candidat des républicains a la vice-présidence, réunit exactement le même nombre de suffrages que Jefferson, leur candidat à la présidence. D’après la constitution, c’était à la chambre des représentants, votant par État, de décider lequel des deux élus serait le chef de la nation, question douteuse en droit strict, non en équité. Il était impossible de se méprendre sur l’intention des électeurs. Ils avaient voulu placer Jefferson au premier rang et Burr au second. La chambre ne pouvait intervertir cet ordre sans abuser de son droit et sans Taire violence aux sentiments du pays; la majorité fédéraliste ne pouvait trouver ni assez de force en elle-même ni assez d’appui au dehors pour mener à bien un tel

< The public conduct ând character of John Adams, Esq., presidentof the United-Statos. — Works of Hamilton, t. VII, p. 6R7.

POUR J. A PRÉSIDENCE. J&f.

coup d’État. Un mauvais sentiment et un mauvais calcul la conduisirent à le tenter. Elle voulut mortifier Jefferson et gagner Burr, empoisonner le triomphe de ses adversaires et l’escamoter à son profit. Le colonel Burr était un aventurier militaire perdu de dettes et de débauches, d’un esprit souple et brillant, d’un tempérament audacieux et impérieux, plein de mépris pour la liberté, courtisan de la multitude,' et qui, dès 1702, faisait dire à llamilton que le renversement de la république n’était rêvé qu’au sein du parti républicain, et que la démagogie américaine avait son Catilina1. Il était chimérique de songer à se l’attacher. La politique conservatrice ne pouvait servir ses desseins, la présidence ne pouvait satisfaire son ambition. Hatnillon s’opposa vigoureusement à l’adoption d’uu tel homme (>ar ses amis : « Au nom du ciel, ne nous rendons pas responsables de son élévation, » leur écrivait-il avec un honnête et patriotique effroi; « s’il cstquelqu’un que je doive détester, c’est Jefferson : j’ai toujours été au contraire dans de bous rapports personnels avec Burr; mais le bien public avant tout!... Soyez certains que Burr profiterait de sou succès pour tenter dans le gouvernement une réforme à la Bonaparte. C’est un des hommes les plus corrompuset les (il us dangereux qu’on puisse citer en aucun pays. Jamais un plus parfait Catilina ne tint à minuit un conclave de conspirateurs... Si le parti le fait président et le prend pour chef officiel, je me verrai contraint de me regarder à l’avenir comme un homme isolé. Mes sentiments d’honneur et

* llamilton A Washington, 18 août 1792. — Worki of BamiUon

IV, p. 272,

25fl I.’ÉÎ.ECTION DF, ]8ul POUR l.A PRÉSIDENCE, mes convictions politiques ne nie permettraient pas de rester dans un parti qui se serait dégradé et qui aurait dégradé le pays. On s’exagère d’ailleurs beaucoup les défauts de Jefferson. Je crois avoir été l’un des premiers à dévoiler son vrai caractère aux dépens de ma popularité, et je ne saurais me faire aujourd’hui son apologiste. J'en conviens, sa politique est entachée de fanatisme; il prend sa démocratie trop au sérieux; il a combattu en ennemi acharné les principales mesures de notre administration ; il est rusé et tenace dans la poursuite de ses desseins; il est peu scrupuleux dans le choix des moyens; il a peu de souci de la vérité, et c’est un misérable hypocrite. Tout cela est vrai; mais il est faux qu’il soit assez zélé pour faire dans l’application de ses principes quoi que ce soit qui puisse compromettre sa popularité ou son intérêt. 11 est aussi temporisateur que personne. Selon moi, son caractère nous promet un système de temporisation, non de violence1. » Vains efforts! les fédéralistes n’écoulaient plus personne: « Leur amour-propre est devenu si chatouilleux sur le chapitre des influences, qu’il devient dangereux de citer une opinion,» écrivait Gouverneur Morris à Hamilton; « vous qui êtes sobre, vous n’avez peut-être jamais remarqué ce qu’il y a de gauche dans la situation d’un homme qui reste maître de son esprit alors que tout le monde est ivre*. a Le ballottage entre les deux compétiteurs commença le tt février 180t. Les États se divisèrent par moitié;

« Wurte ofHamüton, t. VI, p. 419, 453. 495, 499. * Works of Hamilton , t. VI, p. 504.

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