‹ Thomas JeffersonChapitre 129 sur 212 · PRÉVENTIONS DES FÉDÉRALISTES · texte numérisé non relu

PRÉVENTIONS DES FÉDÉRALISTES

confidence, et Jefferson s’indignait alors de voir les fédéralistes invoquer contre lui ses fantaisies intimes, prendre au sérieux ses théories et les confondre avec sa politique. 11 prétendait n’ètre jugé que sur ses actes. Sans doute il lui était arrivé de poser en principe que l’État peut légitimement faire banqueroute tous les dix-neuf ans, et d’avancer qu’à l'exemple des Chinois, les Américains feraient sagement de se renfermer chez eux et de renoncer au commerce maritime; sans doute il avait poussé la prédilection pour la France jusqu’à excuser les massacres de septembre, et la haine pour la Grande-Bretagne jusqu’à souhaiter la rupture de tous les liens commerciaux qui rattachaient les États- Unis à l'Angleterre. Cependant il ne s’était jamais opposé au payement de la dette nationale, il avait souvent défendu à Paris comme à Philadelphie les intérêts de la navigation américaine, il avait toujours loyalement sej-vi la politique de neutralité sous Washington, il n'avait fait massacrer personne. Cela ne suffisait pas à rassurer les fédéralistes, et lorsque le vœu du pays désigna Jefferson pour la présidence, ils tremblèrent à la pensée que le gouvernement allait tomber entre les mains d’un visionnaire fanatique, partisan de la banqueroute, ennemi du commerce, gallomane. anglophobe, jacobin. Un petit fait, qui nous est raconté par Jefferson lui-même, prouve assez combien leurs préventions étaient sincères.

C’était au mois de février 180t. La liste des républicains avait réuni la majorité dans les élections pour la présidence et la vice-présidence ; mais Jefferson et Burr, leurs deux candidats, ayant obtenu exactement le

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