PAR LA FRANCE
gation du Mississipi. Il avait donc eu tort de désarmer. car désarmer, c’était priver la démocratie américaine de l'un de ses meilleurs arguments. Aussi M. Livingston, ministre des États-Unis à Paris, y faisait-il de vains efforts pour alarmer le gouvernement français, et pour obtenir de lui quelques explications sur ses vues à l’égard de la Louisiane. Le premier consul semblait ne pas plus tenir compte des États-Unis que s’ils n’avaient pas existé; mépris assurément fort exagéré et fort aveugle, mais qui peut seul expliquer comment il avait pu reprendre le projet suranné de fonder un empire au delà de l’Océan. Le jour où la France s’était décidée à seconder l’émancipation des colonies anglaises, et à se créer un allié puissant dans le nouveau monde, elle avait dû renoncer en effet à la pensée d’établir sa propre dominationdans ces lointaines contrées; elle avait sciemment livré l’Amérique aux rivaux qu’elle voulait susciter à la Grande-Bretagne. Occuper des régions depuis longtemps convoitées par eux, leur barrer le passage vers le sud, les renfermer dans des limites que la force des choses devait les amener à franchir, c’était détruire l’œuvre de Louis XVI, c’était créer un antagonisme factice entre des nations naturellement amies, c’était intéresser les États-Unis à l’abaissement de la France et les contraindre à s’a[tpuyer sur la Grande-Bretagne.
« Il n’y a sur le globe, » écrivait Jefferson à M. Livingston ‘,« qu’un seul point dont le possesseur soit notre ennemi naturel et habituel : c’est la Nouvelle-Orléans. C’est
1 18 avril 180-2. — H’ori* o f Jtffrr* on, t. IV, p. 431.