SUR L'ACTE DU TIMBRE 30 MAI 1765,. ÏH
bison ! » répétèrent de toutes parts les amis du gouvernement... — profitera sans doute de leur exemple, » reprit fièrement Patrick Henry sans même prendre le soin de recommencer la phrase interrompue *. L’assemblée vota ses propositions par 20 voix contre 19.
Telle fut la première scène politiqueà laquelle assista le jeune étudiant qui était appelé à devenir l’organisateur et le chef du parti républicain; tel fut le premier triomphe politique de ce Patrick Henry que la légende révolutionnaire représente comme le plus grand ora- •teur du Nouveau Monde. Vrai enfant de l’inculte et riche Amérique, quoique petit-neveu du lettré et sage Robertson ! D’abord coureur de bois par passion de la liberté et de l’oisiveté, puis marchand et cultivateur par nécessité, il avait fait deux fois banqueroute pour avoir, derrière son comptoir, trop joué du violon, trop lu Tite-Live, et plus songé à observer le caractère de ses pratiques qu’à les faire payer. Gendre d’un aubergiste par amour et son associé par obligeance, il était resté longtemps un beau parleur de cabaret faute d’un plus noble auditoire, puis avait étudié le droit pendant six semaines, s’était fait avocat, et avait bientôt surpris, séduit et entraîné par les éclats d’une éloquence colorée ceux de ses rivaux qui se préparaient à rire de la grossièreté de ses vêtements, de la difformité de sa taille, de la gaucherie de scs manières, de l’incorrection de son langage et des vices de sa prononciation. De tous les révolutionnaires américains, le plus artiste et le moins politique par tempérament; d’humeur à la fois indolente et hardie, sociable et ca- * Bancroft’s Hiitory of the United State», t. V, p.277.
PATRICK HENRY pricieuse, enjouée et méditative; ignorant et sensible au charme des lettres ; moraliste plein de sagacité , bien que paresseux d'esprit et bienveillant de cœur; généreux, sympathique, toujours tout entier à ses émotions, et les communiquant à ses auditeurs autant par l’ardeur du geste, du regard et de l’accent que par l’éclat des expressions ou la force des arguments; lutteur habile dans une assemblée un jour de bataille, mais presque toujours trop dominé par ses impressions pour agir en vertu d’un plan longuement suivi ou de principes bien arrêtés ; également étranger à l’esprit de gouvernement et à l’esprit de parti, également amoureux de la popularité et delà patrie. Pendant dix ans, Patrick Henry fut dans les assemblées de la Virginie l’orateur de l’opposition sans en être le chef, plus soucieux de tenir l’opinion en éveil que de la diriger, d’enflammer l’imagination des masses que de prendre de l’ascendant sur ses collègues, toujours à l’avant-garde et les devançant de quelques pas ; l’un des premiers à prévoir et à souhaiter l’indépendance, l’un des premiers à partager les dangers de ceux qu’il excitait à la révolte ; tour à tour tribun et soldat, instigateur et compagnon d’armes des insurgés virginiens Quatre ans après lui *, Jefferson, devenu avocat, entrait dans l’assemblée et venait s'y ranger parmi les plus fermes défenseurs des libertés américaines. Il n’avait ni la richesse d’imagination et d’émotion, ni l’abondance et l’ampleur de parole, ni la chaleur sympathique
1 Voyez Lift of Patrick Henry, by William Wirt. » 170».
et t'enthousiasme soldatesque de Patrick Henry. C’était déjà Un politique légiste; philosophe et liommedu monde; l’esprit vif, net, actif, délié, fécond en arguments et en combinaisons; très-généreux dans ses spéculations sur les droits de l'humanité, très-sincère dans sa philanthropie, mais moins ému que convaincu; très-hardi dans ses théories sur les droits des colonies, très-confiant dans la justice et le succès de leur cause, mais sans aspiration forte vers l’indépendance, sans acharnement contre la couronne, sans fiel contre ses adversaires; — point encore aigri par la lutte, quoique trouvant déjà quelque plaisir à s’exercer aux petites machinations de parti; — animé, séduisant, habile et ouvert dans scs rapports avec ses amis et ses affidés, quelquefois expansif jusqu’à lindiscrétion dans le secret; — en public, soit eir barras, soit prudence, naturellement contenu, exposant alors ses idées non sans facilité et sans clarté, mais avec une sobriété de développements oratoires qu’il fut bien obligé d'ériger eu système.
Malgré la bienveillance que lui portaient les principaux meneurs de l’assemblée, ses débuts furent loin d’être brillants. La chambre se préparait à répondre au discours d’ouverture du gouverneur, lord Botclourl, et c’était sans doute en Virginie, comme cela esteDcore en Angleterre, l’usage de réserver aux jeunes membres la présentation du projet d’adresse, pour leur donner dès le début de la session une occasion de se produire. M. Pendleton, une des lumières «le la chambre, invita donc Jefferson à rédiger les résolutions destinées à servir de base à l’adresse. C’étaitune courtoisie de vété-