PROCÈS DE PRESSE
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été en effet le sens et le but des poursuites dirigées par eux contre M. Chase. Aussitôt après l’acquittement, M. Jofln Kandolph se leva pour proposer un amendement à la constitution, par lequel le pouvoir législatif aurait reçu le droitde révoquer les magistrats fédéraux sans jugement préalable. La motion fut votée par 68 voix contre 33 ; mais en dépit de ce premier succès, elle n’eut pas de suite.
L'humeur oppressive des anciens champions de la liberté illimitée se manifestait. enmèmeJemps par de violents procèsde presse. A Philadelphie, un journaliste, M. Dennie, fut mis en jugement pour avoir attaqué en princijw les vices de la démocratie. A Albany, un imprimeur fédéraliste fut poursuivi d’oftlcc par le procureur général du New-York |>our avoir affirmé que Jefferson avait eu le pamphlétaire Callcndcr à sa solde pendant l’administration de John Adams. Ce fut Hamilton, redevenu avocat, qui se chargea de défendre, en la personne du prévenu, la liberté de la presse contestée par les républicains : dernier acte de ce grand citoyen, si souvent accusé d’avoir voulu établir la monarchie, et qui mourut pour avoir mis son parti en garde contre le seul homme qui eût rêvé aux États-Unis le renversement de la république.
Le vice-président Burr attribuait, non sans raison, à Hamilton, ledésappointement de toutes ses ambitieuses espérances. En 1 804, lorsqu’il avait prétendu à la charge de gouverneur du New-York, connue en 4801, lorqu’il avait voulu supplanter Jefferson dans la présidence des États-Unis, ce dangereux aventurier avait trouvé sur son chemin l’avis exprimé sur lui par l’intègre général,
■m MORT 1)E HAMM.TON (1804
et il avait échoué devant le mépris public. On affirme qu’il s’exerça pendant trois mois a tirer au pistolet avant d’appeler sur le terrain le courageux homme d» bien dont il avait à se venger. Ilamilton \enait de perdre son fils aîné dans un duel politique, et il avait pris en horreur celle façon barbare de vider les querelles de parti. Après avoir vainement^tferl à sou adversaire de loyales explications pour éviter le combat, il n’alla au rendezvous qu’après avoir consigné par écrit sa résolution d’essuyer le feu de llurr sans y répondre. A la première décharge, il tomba frappé mortellement au côté droit, et il expira vingt quatre heures après au milieu de la consternation publique *. Il y eut dans tous les États- Unis un soulèvement d’indignation contre le misérable intrigant qui, après avoir sacrifié à ce qu’il osait appeler son honneur le plus noble serviteur du pays, s’excusait gaiement, dit-on, auprès des jeunes débauchés dont il faisait sa compagnie habituelle, de n’avoir pas frappé sa victime au cœur.
Jefferson se trouvait, du même coup, débarrassé du seul rival que pût lui opposer le parti fédéraliste et du seul traître qu’il eût à craindre dans le parti républicain. Le vice-président s’elait perdu en tuant Ilamilton. Il avait voulu écarter l’obstacle qui arrêtait le succès de ses négociations avec les adversaires systématiques du gouvernement, et il n’avait fait que rendre plus impossible une alliance entre eux et lui ; il avait cru faciliter la formation à sou profit d’une coalition entre les républicains du Nord et les fédéralistes contre Jefferson et
< 12 Juillet 1804.
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SINGULIER HONHEUR DE JEFFERSON. 281 ses amis du Sud, et il s’était rendu à la fois odieux aux républicains et aux fédéralistes. Il ne pouvait plus désormais nuire sérieusement à son parti, ni en cherchant à le démembrer, ni en passant à l’ennemi.
Jefferson avait le droit d’être optimiste, car il était singulièrement heureux. L’histoire de sa première présidence est l’histoire d’une série de bonnes fortunes. La plus gi ande de toutes fut de succéder à Washington et à scs amis, de trouver le gouvernement fondé, les finances organisées, le contre-coup de la Révolution française amorti, le pays fatigué des querelles politiques et disposé à chercher, soit dans les débats religieux, soit dans les grandes entreprises commerciales, un autre emploi à son activité. Le président put, sans ex]»oser les États-Unis à d’extrêmes périls, donner à la démocratie américaine toute sorte de satisfactions, relâcher les freins que ses prédécesseurs avaient dù resserrer, alléger les impôts qu’ils avaient eu à établir, rembourser la dette qu’ils avaient eu à consolider, diminuer l’armée et la flotte qu’ils avaient eu à créer. Un seul événement, l'occupation de la Louisiane par la France, parut un instant devoir mettre en lumière les inconvénients de sa complaisance excessive pour l’avarice des masses ; mais une brusque résolution du premier consul vint * bientôt faire passer aux ycu.xde la nation l’imprudence de Jefferson polir de la sagesse à la fois sereine et hardie. Le développement de la puissance Commerciale des États-Unis commença à se manifester sous son administration : on lui en sut gré comme s’il en était la cause. Son nom réveilla désormais l’idée de gouvernement à bon marché, d'expansion nationale, de prospérité maté-
Î8B RÉÉLECTION DE JEFFERSON (180f>;.
rielle. Il n'avait que deux ennemis redoutables; ils s’entre-tuèrent, et Jefferson resta sans contradicteurs sérieux en possession de la faveur publique. Porte une seconde fois à la présidence par le voeu unanime de son parti, il reçut des électeurs l(>2 voix contre II données au candidat fédéraliste, C.-C. Pinckney C’était bien la mesure de son crédit auprès du peuple américain. Presque aussi populaire que l’avait élé Washington dans les premiers temps de son gouvernement, Jefferson n’eut cependant jamais dans le pays l’autorité morale que Washington avait conservée jusqu’à la lin, en dépit des injurieuses dénonciations du parti démocratique. Pour prendre de l’autorité sur 1 esprit des hommes, il ne suffit pas de leur paraître heureux et habile; il faut leur imposer par une volonté et un jugement supérieurs. Jefferson n’avait rien de bien imposant ni dans le caractère ni dans l’esprit. Il était a la fois trop disposé à s’iucliner devant la volonté populaire et trop exposé à choquer le sens commun. En même temps qu'il y avait au fond très-peu d'originalité dans sa politiqrte générale, scs expédients de détail portaient souvent un cachet de bizarrerie chimérique qui prêtait au ridicule. Son parti lui-mèine l’abandonnait » aux railleries des fédéralistes lorsque, pour soustraire la flotte américaine au dangerde se détériorer, il venait, proposer au congrès de la mettre a terre, de la garder en magasin, et d’avoir à l’avenir une marine sans marins, renfermée dans des ports sans eau.
L’esprit d économie ne l’inspirait guère mieux, lors-
1 Février 1805-
UNE MARINE ÉCONOMIQUE ET PACIFIQUE. ?89 qu’il affirmait pouvoir suffire à la défense du pays au moyen de deux cent cinquante chaloupes canonnières destinées à tenir lieu à la fois de fortifications permanentes et de vaisseaux de ligne. Personne ne se trompa sur la valeur de ce prétendu système de défense, qui fut la risée des gens du métier dès qu’il se produisit au grand jour. Le congrès l’adopta néanmoins avec une indulgente complaisance pour les combinaisons militaires du président : elles servaient au fond très-bien la politique générale du gouvernement américain. On pouvait déjà prévoir que, de la guerre entre la France et la Grande-Bretagne, sortiraient pour lui de graves émbarras. Les États commerçants et maritimes demandaient ardemment à être protégés contre les vexations des belligérants, qui venaient jusque dans leurs eaux intercepter leurs navires ou soumettre leurs matelots à la presse. Une flotte respectable pouvait seule atteindre ce but : mais le parti républicain qui avait pris naissance dans les États agricoles, s’était prononcé de bonne heure contre la création d’une marine nationale. C'était à ses yeux une arme de luxe à la fois coûteuse et dangereuse. A quoi bonne, en effet? à protéger le commerce? Mais ne pouvait-on se passer du commerce, et, ne vaudrait-il pus mieux y renoncer tout à fait que de ruiner le pays par de tels armements, et que de l’exposer à la tentation d’entrer en rivalité avec les grandes nations maritimes? Jefferson notait pas éloignéde partager ces vues; mais comme chef du gouvernement, il ne pouvait prendre une altitude aussi tranchée. Donner une apparente satisfaction aux États du Nord sans donner de l’ombrage à son parti : doter l’Amérique d’une
ilW UNE MARINE ÉCONOMIQUE ET PACIFIQUE, marine, mais d’une marine économique et pacifique que les républicains pussent voler sans se démentir, et dont le gouvernement pût amuser le pays sans courir le risque d’être entraîné par elle à défendre plus fièrement qu'il ne le voulait l’honneur du pavillon américain; tel fut le problème que Jefferson crut avoir résolu par la construction de ses chaloupes canonnières. Le commerce américain resta sans défense; l’insolence des belligérants s’accrut chaque jour, et de faiblesse en faiblesse les États-Unis furent enfin menés à la guerre sans avoir rien fait pour s’y préparer. Cette conséquence extrême du système de la paix et de l’économie à tout prix ne devait pas toutefois se produire sous le gouvernement de Jefferson. Pendant sa première présidence il avait récolté ceque ses prédécesseurs avaient semé; il sut pendant la seconde gagner assez de temps pour laisser à son successeur le soin de recueillir les fruits de sa propre politique.