‹ Thomas JeffersonChapitre 145 sur 212 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Seconde présidence de Jefferson. — La division et la corruption dans le parti républicain. — Abaissement du niveau intellectuel au sein de la représentation nationale.^-Conjuration de Burr. — Rapports de Jefferson avec son cabinet. — Démêlés des États-Unis avec l'Angleterre et avec la Franco sur les droits dos neutres — Sago et ferme attitude qu'avait prise Washington h l’égard dos belligérants. — Le système quaker de Jefferson. — La querelle entre l’Angleterre et les États-Unis s'envenime. — Le blocus continental et les ordonnances du conseil. — L 'embargo, — Violente agitation dans les États de la Nouvelle-Angleterre. — Le congrès lève l'embargo et établit le non intercourte. — Jefferson rentre dans la vie privée et laisse à son successeur le soin de recueillir les fruits do sa propre politique.

En même temps que l’insolence des belligérants préparait à Jefferson de grands déboires, l’état moral de son parti lui donnait bien des dégoûts. Le désordre se mettait dans la phalange démocratique. De violentes querelles éclataient publiquement dans son sein ; elle retournait contre elle-même son arsenal de dénonciations et d’injures, et les accusations récipropres des républicains venaient enfin mettre en lumière tout ce qu’il y avait de dévergondage d’esprit et de corruption dans ce parti qui avait prétendu se faire le défenseur du gros bon sens américain contre les utopies monarchiques des fédéralistes, et le gardien de la morale pu-

■m l.À DIVISION ET I.A CORRUPTION

blique conlre «l’escadron mercenaire» de llamillon. A New- York, la faclion des Clinton, après s être entendue en 1803 avec la faclion des Livingston pour suborner la législature, et en obtenir à prix d'argent le pri- # vilége d’établir une banque démocratique destinée a faire concurrence aux banques fédéralistes, reprochait vertueusement en 1805 à son ancienne alliée d’avoir, dans une affaire analogue, exploité trop exclusivement à son profit la vénalité de certains sénateurs. A Philadelphie, le gouverneur, Mc Kean, l'un des chefs les plus fougueux du parti républicain, se trouvait dépassé luimême par une coterie ultraradicale qui prétendait supprimer les avocats, enlever l’inamovibilité aux magistrats, réduire à un an la durée du mandat des sénateurs. Pour défendre la constitution, de la Pensylvanie et la raison contre les attaques des « amis du peuple, » le gouverneur était réduit à faire étaler dans les feuilles publiques les turpitudes de ses commensaux d’autrefois. 1,’un avait été espion anglais : tel autre s'élail rendu coupable d’escroquerie, tel autre de malversation. Les répliques pouvaient non moins aqrinionieuses, non moins personnelles, et la fureur de ces frères ennemis devenait si aveugle que l'on pouvait craindre la guerre civile-

Au milieu de ces honteuses dissensions, le principal souci de Jefferson était de n'avoir pas à s’en mêler; sa principale consolation était de penser qu’avec un peu de prudence, il pourrait arriver jusqu’au seuil delà retraite sans se brouiller avec aucun de ses anciens adhérents, et rejeter ainsi sur ceux qui viendraient après lui la désagréable tâche d’avoir à choisir entre les di-

DANS LE PARTI RÉPUBLICAIN, verses fractions du parti Cet espoir fut promptement déçu. Le président pouvait assez aisément rester étranger aux querelles locales; mais il lui était moins facile d’ignorer les discussions du congrès. Dès la session de 1805. M. Jolin Randolph, qui jouait pour l’administra- • lion le rôle de leader au sein de la chambre des représentants, avait, dans un débat fort scandaleux, donné aux membres du cabinet de fort désagréables marques de son mauvais vouloir. La Géorgie ayant abandonné à la confédération le territoire qui forme aujourd’hui les Étatsdu Mississipi eldel’Alabaina, le gouvernement de l’Union avait eu à examiner la validité des concessions faites dans cette vaste contrée par les divers pouvoirs qui y avaient successivement exercé leur souveraineté. Parmi les concessionnaires se trouvaient quatre compagnies qui, en associant à leurs opérations la majorité des deux chambres géorgiennes, avaient trouvé moyen d’obtenir plus de 20 millions d'acres pour la somme de 500,000 dollars. Le marché était si évidemment frauduleux, le vole qui l’avait consacré était si notoirement entaché de corruption que la législature géorgienne elle-même, renouvelée par des élections faites sous le coup de ce révoltant trafic, avait cru devoir annuler la concession . Cependant les compagnies avaient eu le temps de faire passer par des ventes, soit réelles soit simulées, une grande portion de leurs terrains entre les mains de tiers acquéreurs qui disaient avoir traité sur la foi d’un acte législatif, et prétendaient

* Jefferson au D' I.ogan, 11 mai 1805.— lt'ont* of Jefferton, i. IV, p, 575.

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