SUR I.ES DROITS DES NEUTRES
arrêté la législature nationale sur cette mauvaise pente, eu annonçant au sénat qu’il nommait M. Jay envoyé extraordinaire auprès de ta cour de Londres, pour tenter, sur les différends des deux peuples, la voie pacifique des négociations.
Le traité d’amitié, de commerce et de navigation conclu à Londres en 1791. par M. Jay, fut le fruit de cette politique. Ce traité ne mettait assurément pas ün à toutes les causes de conflit entre les deux nations, il ne tranchait assurément pas toutes les questions en faveur de l’Amérique ; mais il rétablissait le bon vouloir entre les deux gouvernements, et il leur permettait de régler dans un esprit de bienveillance et de respect mutuel les difficultés qu'il laissait subsister. Il ne garantissait pas formellement les matelots américains contre le danger d’être soumis par erreur à la presse; mais il inspirait au cabinet de Saint-James le désir sincère de réparer et d’éviter à l’avenir de telles erreurs. 11 n’obligeait pas explicitement l’Angleterre à répudier la règle de 1750, par laquelle elle interdisait aux neutres tout commerce avec les possessions coloniales de ses ennemis ; mais il lui imposait l’obligation de donner plein dédommagement aux citoyens américains dont les navires avaient été saisis et condamnés en vertu de cette règle. Il ne lui interdisait pas de regarder et de saisir les provisions de bouche comme contrebande de guerre ; mais il l’astreignait à indemniser les propriétaires de la cargaison. Malgré les lacunes que présentait le traité, malgré les fureurs populaires qu’il soulevait, Washington crut devoir le ratifier. Les faits lui donnèrent raison. Cet acte courageux assura au pays douze
306 DEMELES DKS ÉTATS-UNIS AVfeC L'fet'hrtl»E années de paix et de prospérité commerciale, et valut aux négociants lésés par les spoliations anglaises plus de 50 millions de francs. En vain pourrait-on objecter qu’il provoqua le Directoire à mettre de plusen plus la marine américaine au pillage. La fermeté du gouvernement des États-Unis, ses armements menaçants agirent sur la Franee comme ils avaient agi sur l’Angleterre. Le 13 septembre 1800, sous l’administration dü premier consul, un traité qui donnait tort aux prétentions abusives du Directoire fut signé à Paris; Une négociation ayant pour but de régler l’indemnité dite ailx négociants lésés par les spoliations françaises fut entaillée, et le 30avrill8U3, lors de la cession de la Louisiane aux États-Unis, le chiffre de cette indemnité fut fixé à 20 millions. La politique fédéraliste avait eu successivement raison des deux belligérants; la politique républicaine allait bientôt être mise à l’épreuVe.
Dés son avènement au pouvoir, Jefferson avait pris sur la question des droits des neutres une attitude trèsdifférente de celle de Washington. Il avait paru attacher beaucoup plus d’importance à ne pas transiger sur les principes qu'à défendre en fait et dans le présent les intérêts de la navigation américaine. 11 s’était fait une théorie sur le droit des gens de l’avenir, théorie qui n’allait à rien moins qu’à priver les belligérants du droit de visile,et, tout en reconnaissant que le moment d'imposer au monde cette nouvelle doctrine n’était pas encore venu, il s’était prématurément décidé à ire pas renouveler les traités qui y portaient atteinte, aimant mieux ne protéger le pavillon américain par aucun acte diplomatique qu’accepter pour sa sûreté des garanties