‹ Thomas JeffersonChapitre 157 sur 212 · ET T .ES ORDRES DU CONSEIL · texte numérisé non relu

ET T .ES ORDRES DU CONSEIL

Regnier que l’empereur regardait tout bâtiment neutre sortant des ports anglais avec une cargaison anglaise, comme pouvant être valablement saisi parles bâtiments de guerre français. En vain le représentant de l’Amérique à Paris, le général Armstrong, voulut savoir du ministre des affaires étrangères, de Cliarnpagny, « si Sa Majesté avait l’intention d’enfreindre les dispositions du traité alors existant entre les États-Unis et l'empire français1.» Il ne put obtenir du ministre, pour toute explication, que des reproches sur l’humeur trop endurante dont les États-Unis faisaient preuve dans leurs rapports avec l’Angleterre, et une invitation assez impertinente à se joindre à la ligue que tout le continent européen formait contre elle *.

Au moment où, pour justifier l’application rigoureuse du décret de Berlin aux Etats-Unis, l’empereur les accusait ainsi d’avoir manqué à leurs devoirs comme neutres en 11e défendant pas assez énergiquement leurs droits contre la Grande-Bretagne, le cabinet anglais s’autorisait de leur lâche soumission au décret de Berlin pour les faire tomber sous le coup des mesures par lesquelles il répondait au système continental. Les fameux ordresdu conseil promulgués le 1 1 novembre 1807 défendaient en effet, sous peine de capture, à tout bâtiment de faire voile vers l’un des pays d'où le pavillon britannique était exclu, sans avoir préalablement touché ii l’Angleterre, payé un droit et obtenu licence de naviguer. Opposant aussitôt des représailles à ces repré-

* American State Paper s, t. III, p. 244.

* American State Papers, U IIÎ, p. 245, 948.

LF. BLOCIÎS CONTINENTAL

sailles, Napoléon déclara par le décret de Milan ' que les navires qui se soumettraient aux tyranniques injonctions de ses ennemis seraient regardés en F rance comme dénationalisés, partant de bonne prise; et croyant sans doute pouvoir disposer des États-Unis comme il disposait de leurs navjres, il lit savoir au président «qu’aux yeux de l’empereur il y avait, en fait, guerre entre l’Angleterre et l'Amérique, et que Sa Majesté la regardait c onnue déclarée, depuis le jour où l'Angleterre avait publié ses décrets ’ : » étrange langage, qui aurait pu dispenser le général Armstrong d’avertir son gouvernement qu’il s’était laissé tomber bien bas dans l’estime du monde, et qu’à Paris on se faisait une pauvre idée de sa fierté et de sa force ! « On croit ici que nous ne pouvons pas graud’cbose, et que le peu que nous pouvons, nous ne sommes même pas disposés à le tenter \ o l/accës de l’univers enlier interdit par deux nations rivales au pavillon des États-Unis, leur commerce intercepté, quel que fût le lieu de ses expéditions, leurs navigateurs pillés par les Anglais s’ils n’allaient acheter à Londres licence de naviguer, et exposés, pour l’avoir achetée, à ètrecapturés par les Français, la mère patrie levant tribut sur leurs citoyens comme avant l’émancipation de l’Amérique, un despote étranger s’arrogeant le droit de décider pour eux de la paix et de la guerre, tels étaient les résultats de la politique de Jefferson. Il avait cru qu’au milieu du monde en armes l’Amérique

t 17 décembre 1807.

* /Immran State Papers , t. III, p. 249.

* w4mericfl»i Sfa/e Paper g, t. III, p. 2.76.

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ET LES ORDRES Dt: rO.VSEIL.

pourrait sans danger rester désarmée ; que, pour faire respecter sa neutralité, elle n’avait qu’à faire grand bruit de son droit et de ses douanes, qu’à élever trèshaut ses prétentions, qu’à se hiontrer exigeante à Londres et ambitieuse à Paris. 11 n’avàit su ni s’accommoder à temps avec la Grande-Bretagne, ni se faire auprès de la France tut mérite de ses mauvais rapports avec le cabinet anglais, et il se trouvait engagé à se débattre à la fois contre les deux tyrannies dont ses prédécesseurs avaient eu l’babileté de s’affranchir successivement.

Pendant tout l’été de 1807, le président était resté dans l’état d’esprit où l’avait laissé l’acte de violence dont la frégate la Chesapeakt avait été l’objet, disposé à rompre avec l’Angleterre, quoique hésitant encore, très-tenté de protiter de l’excellente occasion que lui donnait la Grande-Bretagne de rallier les esprits à son gouvernement par une guerre juste et populaire, quoique tres-séduit par le désir d’essayer enfin sa grande découverte politique, la justice internationale main tenue par la seule action des douanes. La nouvelle de la violation par la France du traité du 13 septembre 1800 vint mettre un terme aux incertitudes de Jetrerson. Ce n’était pas au moment où la France égalait l’Angielerre en injustice qu’il pouvait convenablement se prononcer pour la première contre la seconde; il devait, au moins pour un temps, affecter un égal courroux envers les coupables, tout en se défendant de l'insigne folie qu'on appelait alors une guerre triangulaire, c'est-àr dire une guerre contre les deux agresseurs rivaux à la fois. 11 sedécid^douc à faire tomber indistinctement le

;)iO I-’EMBARGO il807 .

commerce des belligérants sous le coup du système pénal qu’il avait conçu en vue de l’Angleterre, et qui ne pouvait en effet atteindre sérieusement aucune autre puissance, puisque, maîtresse des mers, l’Angleterre pouvait seule alors commercer librement avec les États-Unis. Prenant occasion de la nouvelle interprétation du décret de Berlin, et sous prétexte de mettre les bâtiments américains à l’abri des dangers auxquels les exposait la fureur des nations européennes, Jefferson proposa au congrès de rendre une loi d 'embargo, défendant sous peine de saisie à tout navire, quel que fût son pavillon, de sortir des ports américains à destination d’un port étranger, mesure qui supprimait absolument le commerce extérieur, qui rendait criminelle ' toute communication avec la Grande-Bretagne, et qui cadrait par conséquent à merveille avec le système continental. Aussi M. de Champagny ne trouva-t-il que des paroles d’admiration pour « le grand et courageux sacrifice que s’étaient imposé les Américains, » et Napoléon ne songea-l-il qu’à leur en faciliter l’accomplissement. En témoignage de son respect pour la loi d’embargo, il fit donc saisir et confisquer tous les navires américains qui abordaient en France. Ces bâtiments ne naviguaient, disait-il, qu’au mépris des règlements de leur pays, et l’empereur était trop l’allié du gouvernement américain pour ne pas l’aider à exécuter ses décrets. Le cabinet de Saint-James fit au contraire profession d’être trop l’ami du commerce américain pour ne pas l’encourager à la révolte.

Les faveurs accordées aux navires qui réussissaient à se soustraire à l’action de l’embargo Jurent d'ailleurs

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