CONSÉQUENCES DE L'EMBARGO
le seul signe d’inquiétude que Jefferson put arrachera M. Canning. En vain le président lui fit-il promettre de rétablir la liberté des communications entre les deux pays, si l’Angleterre révoquait les ordres du conseil : M. Canning répondit avec hauteur que « son pays ne consentirait à rien qui pût passer, même à tort, pour une concession, tant qu’il pourrait s’élever un doute dans l’esprit du monde sur l’insuccès ou l’abandon non équivoque du plan de destruction inventé contre la Grande-Bretagne, » ajoutant avec une sanglante ironie que, «s’il avait été possible à Sa Majesté de faire un sacrifice pour amener la levée de l’embargo sans se donner l’apparence d’en solliciter la révocation en tant que mesure d’hostilité contre son peuple, le roi aurait contribué avec joie à en faciliter l’abandon en tant que mesure de contrainte incommode pour le peuple américain *. » Les Etats-Unis avaient eu en effet plus à souffrir que la Grande-Bretagne de l’état de blocus auquel ils s’étaient volontairement condamnés, et Jefferson lui-même n’avaitpu se faire longtemps illusion sur l'efficacité de lcmbargo comme moyen de coercition diplomatique. Iles le mois de janvier 1808, ce n’était plus à ses yeux qu’un moyen de gagner du temps : « En retenant à l’intérieur nosvaisseaux, nos chargements et nos marins, l’embargo nous fait éviter la nécessité d’être entraînés par leur capture aune guerre immédiate. Jusqu’à ce que les belligérants retrouvent quelque sens moral, nous nous renfermerons chez nous; cela donne du, temps : le temps peut produire la paix en Eurojie, et la paix en Europe
* American Siale Paper f, t. III, p. 232.