COMITÉS DE CORRESPONDANCE
de son pays et traité de la façon la plus inconvenante »
De semblables orages n’étaient pas de nature à féconder le talent de Jefferson. Il avait instinctivement peu dégoût pour ces joules oratoires où l’on se rencontre en champ clos, à ciel découvert, sans autre arme et sans autre armure que la parole, où il faut s’exposer de sa personne aux coups, les rendre sur l’heure sans prendre le temps de choisir son terrain ou de tourner l’ennemi, et s’attendre à ne sortir vainqueur de l’arène que meurtri et sanglant. 11 se sentait mieux dans sod élément au milieu de ces luttes plus sourdes et plus lointaines où les coups se méditent dans le silence et le secret du cabinet, et où le danger, non moins réel, est moins présent. Aussi abandonnait-il volontiers à ses amis politiques l’honneur d’exécuter des plans de campagne souvent conçus par lui.
De toutes les machines de guerre dressées par les citoyens américains contre les ministres de George 111, les plus redoutables sans contredit furent les comités de correspondance entre les colonies. La création en fut décidée, en 1773, dans un petit conciliabule dont Jefferson était l’un des meneurs les plus actifs. L’idée première n’élait pas de son invention. A plusieurs reprises, les patriotes de Boston avaient cherché à la mettre en pratique; mais leurs tentatives avaient avorté, et c’était Jefferson qui, reprenant leur projet, avait le plus contribué à échauffer l’esprit de ses collègues en faveur d’un moyen d’action qui allait merveilleusement
• Hildroth’s Tlistory of the l'nited States, f. III, p. 393.
• JEÛNE ORGANISÉ à sos instincts |>oliliqiit'S : a On me |>ro|x>sa de présenter à la chambre le projet; mais, à ma demande, M. Carr, mon beau-frère et mon ami, fut chargé de ce soin. Je voulais lui ofTrir une occasion de faire connaître à l’assemblée sa grande valeur et son talent »
Un an plus tard, réunion du même conciliabule aboutissant a un résultat analogue. En punition de l’émeute sur le thé1, le parlement avait ordonné la clôture du
1 Autobiography. — Works of Jefferson, t. I, p. 5.
* La résistance de l’Amérique à l’acte du timbre avant amené le parlement à le révoquer, cette concession avait été d’abord saluée dans les colonies par une explosion générale de reconnaissance et d’enthousiasme pour George III (1767b Mais l’esprit d’opposition avait été presque aussitôt réveillé par de nouvelles mesures fiscales portant également atteinte à la prétention qu'avaient les Américains de n’être pas taxés sans leur consente ment. Plutôt que de payer les droits d'importation sur le thé, le verre, le papier, etc., votés par le parlement sur la proposition de Charles Townshend (juin 1757), ils eurent de nouveau recours aux ligues patriotiques contre l’importation des marchandises anglaises qu’ils avaient forinéeR après l’établissement du droit de timbre; lf?s assemblées provinciales protestèrent contre le vote du parlement, l'agitation s'organisa, la population de Boston commença K se montrer séditieuse. Le parlement alarmé se décida, sur la proposition de lord North, à abolir tous les droits établis en 1767, sauf le droit sur le thé (1770). L’Amérique rentra dans le calme. Pendant trois ans il y eut un sommeil général de l’opinion. Les politiques de profession veillaient seuls, faisant de vains eliorts pour animer les masses ; les pactes de non-importation cessaient d’étre rigoureusement observés ; le commerce entre les colonies et la métropole reprenait son cours ordinaire; la taxe sur le thé restait cependant improductive grâce à l’habileté des contrebandiers ou à l’abstinence des patriotes. Lord North encouragea publiquement la Compagnie des Indes & envoyer de grandes cargaisons de thé dans les colonies. Les Américains regardèrent cet acte comme une provocation : les premiers navires chargés de thé qui entrèrent dans le port de Boston furent enlevés à l’abordage par une troupe de « fils de la liberté » déguisés en