‹ Thomas JeffersonChapitre 160 sur 212 · L'EMBARGO · texte numérisé non relu

L'EMBARGO

impossibles à un gouvernement qui n’avait pour toute armée régulière qu’un petit corps de six mille hommes, et pour toute marine qu’une flottille montée par quatorze cents matelots. Dans l’état où se trouvaient les forces militaires du pays, l’idée de faire la guerre et celle de maintenir l'embargo étaient également chimériques. Se croyant obligé de choisir entre ces deux folies, le congrès se prononça pour la seconde*. Jefferson se renferma prudemment dans le silence. La situation était fort critique, la fin de sa présidence ap* prochait: « Sa loyauté lui fit un devoir de laisser le choix des décisions à ceux qui auraient à les exécuter, el de rester lui-méme simple spectateur*. » Quelle que put être cependant son opinion sur la politique à suivre, scs amis se souvenaient de lui avoir entendu répéter à plusieurs reprises que, si le congrès voulait décidément le maintien de l’embargo, il devait « légaliser tous les moyens qui pourraient être nécessaires pour arriver à ses fins s. » De nouvelles règles , antipathiques aux mœurs américaines, furent donc établies pour la recherchera constatation et la répression des délits relatifs à l’embargo ; des croiseurs en plus grand nombre furent misa la disposition du président*.

A la nouvelle de l’adoption de ces diverses mesures, les esprits entrèrent aussitôt en fermentation dans le nord de l’Amérique. A Boston, les navires qui se trouvaient dans le port mirent leur pavillon à mi-mât en

* 17 décembre 1808.

* Works o f Jefferson, t. V, p. 387.

3 Works uf Jefferson, t. V, p. 330.

k 9 janvier 1RÛ9.

:U4 agitation dans la nouvelle-àngleterre. signe de deuil; les journaux fédéralistes parurent entourés d’une bordure noire et avec cette devise : « La liberté est morte ! » L’assemblée municipale se réunit, et déclara que les décisions du congrès étaient « arbitraires et inconstitutionnelles. » Dans plusieurs localités, les fonctionnaires chargés d’exécuter ces mesures donnèrent leur démission. Ceux qui restèrent à leur poste furent menacés par les commerçants d’étre traînés devant la justice du pays,' s’ils osaient pratiquer la moindre saisie. La législature du Massachusetts, tout en recommandant à ses concitoyens le calme et la soumission, s’associa a leurs protestations. Dans tous les États de la Nouvelle-Angleterre, les fédéralistes retrouvèrent comme par enchantement leur vieille influence. Le bruit se répandit bientôt sourdement que, tentée par ce retour de popularité, la coterie anglomane surnommée la junte d’Essex, dont John Adams avait secoué le joug à la fin de son administration, complotait la formation d’une confédération septentrionale sous le protectorat de la Grande-Bretagne. John Quincy Adams, le fils de l’ancien président, qui avait pour les ultra de son parti une inimitié héréditaire, accueillit et propagea ces rumeurs avec une haineuse crédulité, il s’était rapproché des républicains, etson nom donnait à ses assertions sur l’état intérieur du parti fédéraliste un certain poids. 11 affirmait confidentiellement à ses nouveaux amis de Washington que la conspiration était sérieuse, qu’elle avait de grandes chances de succès, et que, pour la déjouer, il ne fallait rien moins que la suppression de l’embargo. Un nouveau-venu dans le congrès, M. Joseph Story, homme d’esprit qui se donnait pour répu-

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