JEFFERSON" AIME LA CONVERSATION
souvent à la discrétion d’interlocuteurs peu dignes de sa confiance. La moindre parole d’assentiment excitait sa sympathie et échauffait son esprit; la contradiction au contraire le refroidissait. Jefferson n’aimait pas la polémique ; il s’était fait toute sa vie une règle de politique et de politesse d’éviter dans le monde toute discussion directe, se croyant plus propre à agir par voie d’influence que par voie d’argumentation, et craignant beaucoup, pour lui-même comme pour les autres, les petits froissements qui naissent de la controverse. Aussi établissait-il en principe « qu’un homme de bonne compagnie ne doit jamais contredire personne. » — « Voilà, » écrivait-il à son petit-fils, M. Thomas Jefferson Randolph , « la règle de conduite qui avait fait du D' Franklin l’homme le plus aimable de son temps. 11 ne donnait son avis qu’en pçsapt des questions, comme pour s’instruire, ou eu suggérant des doutes. Quand j’entends une autre personne exprimer une opinion qui n’est pas la mienne, je me dis qu elle a droit à son opinion comme moi à la mienne. Et pourquoi mettrais-je son idée en question ? Son erreur ne me fait aucun tort. Et qu'ai-je à faire de me transformer en don Quichotte voulant contraindre par la force d’un argument tous les hommes à n’avoir qu’une même pensée ? Mon interlocuteur rapporle-t-il inexactement un fait, je suppose qu’il trouve du plaisir à croire son récit vrai, et je n’ai pas le droit de lui enlever cette satisfaction. S’il sent le besoin de s'instruire, il me le dira, et alors je le renseignerai en termes mesurés ; mais s’il veut encore croire sa propre histoire, et s’il se montre disposé à disputer du fait avec moi, je l’écoute sans mot