‹ Thomas JeffersonChapitre 169 sur 212 · TENDRESSE DE JEFFERSON · texte numérisé non relu

TENDRESSE DE JEFFERSON

« Quand je pense aux joies ineffables de mon foyer, » écrivait-il de Philadelphie le 8 juin 1797 à sa fille aînée, madame Marjha Jefferson Randolph, « je suisde plus en plus harassé des jalousies, de la haine, des passions malignes, des rancunes de cette scène, et je regrette de m’être jamais laissé entraîner à me replacer sous le regard du public. La tranquillité, tel sera désormais mon but. J’ai assez éprouvé les honneurs publics pour savoir que ce ne sont que de splendides tourments. Quelque disposé qu’un homme puisse être à rendre des services auxquels un certain nombre de ses concitoyens attachent du prix, il peut bien, lorsqu’il voit tant d’autres hommes les regarder comme une calamité publique, concevoir des doutes sur leur importance, et ne pas trouver l'aiguillon du devoir bien puissant1. » Et un peu plus tard, en 1799 : « Me trouvant ici sans un seul objet qui ne me soit étranger, et sevré de toutes délices, » écrivait-il à sa fille cadette, madame Maria Jefferson Eppes, qui venait de se marier, «je rêve avec plaisir à votre situation au milieu d’une bonne famille, qui vous aime et qui mérite tout votre amour. Continuez, ma chérie, à développer l’inestimable trésor de leur tendresse. Le cercle de nos proches est le seul dans lequel puisse se rencontrer une affection fidèle et durable, une de ces affections capables de résister à tous les changements et à toutes les chances. C'est à vrai dire l’unique sol sur lequel il vaille la peine de prodiguer la culture*. » Resté veuf à trente-neuf ans, et appelé à tenir lieu

i Randal), t. Il, p. 358.

s Handall, t. Il, p. 481.

POUK SES FILLES.

de mère à deux filles ^encore eu bas âge, seules survivantes de six enfants, Jefferson les avait élevées avec la tendresse la plus grave, la plus vigilante et la plus sensée, « comptant sur elles, » comme il le leur disait lui- même, « pour rendre heureux et serein le soir d’une vie dont le malin avait été assombri par tant de pertes*. » Son espoir ne fut pas déçu ; elles devinrent pour lui de charmantes et modestes compagnes, trop respectées pour recevoir souvent la confidence de ses intrigues, de ses calculs et de ses haines politiques, mais assez aimées pour avoir le privilège de provoquer l'épanchement de ses sentiments les plus élevés et les plus aimables.

Malgré les dénégations répétées de la famille et des amis de Jefferson, ses adversaires persistent à affirmer tpic ces nobles affections ne lui suffisaient pas, et qu’il recherchait de subalternes plaisirs dans la compagnie de ses servantes. Je ne veux ni ne puis me prononcer sur cette question tant débattue, et à laquelle je ne fais allusion que parce qu’elle a tenu autrefois une grande place dans la polémique des journaux américains, polémique choquante, mais dont l’histoire ne peut se dispenser de Taire mention, ne fût-ce que pour rendre odieuse la grossièreté des habitudes politiques du temps.

Ce n’était pas seulement dans les secrètes profondeurs de la vie privée que les partis allaient chercher des armes, c’était dans les profondeurs plus obscures encore des âmes elles-mêmes qu'ils prétendaient intro-

• R»nd»ll, 1. 1, p. 469.

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