‹ Thomas JeffersonChapitre 170 sur 212 · INSTINCTS RELIGIEUX · texte numérisé non relu

INSTINCTS RELIGIEUX

duire un public habitué à soumettre la pureté de la foi aussi bien que la pureté des mœurs aux épreuves d’une sorte d’inquisition populaire. Jefferson était sans cesse cité à la barre de l’opinion pour répondre de ses sentiments religieux. De semblables atteintes aux droits de la conscience le révoltaient et le troublaient également *. Pas assez hardi pour affronter le pieux despotisme de l’opinion, et trop fier néanmoins pour s’y soumettre, il ne savait protester contre ces perüdes enquêtes sur l’état de son âme que par un silence systématique. Même au milieu des siens, il parlait fort peu de scs croyances personnelles, autant par égard pour la liberté de ses enfants que par souci de la sienne propre. Quelques banalités respectueuses sur les bienfaits du christianisme, insérées dans ses messages et ses adresses au congrès, telles étaient les seules professions de foi qu’il eût livrées à la méticuleuse analyse des théologiens. Né d’ailleurs au sein de l’Église épiscopale, il suivait assidûment les exercices du culte anglican, il contribuait régulièrement au soutien du pasteur de sa paroisse, il souscrivait généreusement en faveur de l’érection et de l’entretien des temples dans son comté; mais cette participation extérieure aux devoirs religieux Détrompait personne. On ne pouvait oublier les rapports intimes qu’il avait eus en France avec la coterie philosophique, la bienveillance excessive qu’au grand déplaisir de ses filles elles-mêmes, il avait témoignée, pendant son administration, à Thomas l’aine, l'amitié qu’il avait professée pour Priestley,

t Work » of Jefferson , t. IV, p. 477, 478, 480.

DE JEFFERSON

l’obstination avec laquelle il s’était refusé à décréter, comme président, des jeûnes et des prières publiques, enfin l'acharnement qu’il avait mis à opérer en Virginie la séparation absolue de l’Eglise et de l’État. Jefferson passait donc pour un « infidèle, ® et, comme tel, il était souvent exposé à être outragé dans la chaire chrétienne ou à être poursuivi jusque dans sa retraite par la sainte bienveillance d’obstinés convertisseurs. L’air impassible, il paraissait n’opposer aux insultes qu’une dédaigneuse indifférence, aux indiscrétions du zèle qu'une courtoise réserve ; mais, pour être contenue. sa colère intérieure contre le clergé n’en était pas moins forte : elle allait parfois jusqu’à la rage. Tout le vieux vocabulaire d’injures amassé par les libertins de tous les temps était secrètement à son usage, et il ne se consolait « de laisser à des esprits plus enthousiastes l’honneur d'exercer leur don-quichottisme contre la folie religieuse de leurs semblables, 1 * * * » qu’en appelant tout bas « nécromanciens, saltimbanques, charlatans et pharisiens * » ceux qui le qualifiaient a d’athée, de déiste et de diable. 5 » M. Short, son ancien secrétaire de légation à Paris, et John Adams, son rival de 1801, redevenit son ami, avaient surtout le privilège de lire ses imprécations confidentielles contre les Églises et les sociétés chrétiennes de toute sorte.

l Jefferson àM. Charles Cass, 29 janvier 1815. — Works of Jeffer-

son, t. VI, p. 413. — Jefferson au Dr Walerhousc, 29 juillet 1822.

— Works of Jefferson, 1. VII, p. 257.

* Works of Jefferson, t. VI, p. 413.

5 Jefferson k madame M. Harncon Smith, 6 aoûl 1816. — Works of Jefferson, t. VII, p. *28.

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