‹ Thomas JeffersonChapitre 173 sur 212 · ADMIRATION DE JEFFERSON · texte numérisé non relu

ADMIRATION DE JEFFERSON

s’écriait-il, a le grand coryphée de cette bande de dupes et de coquins, voilà le premier corrupteur du christianisme 1 ! »

Platon , Calvin et Montesquieu partageaient avec saint Paul le privilège d’encourir la réprobation de Jefferson *. Si ce démocrate esprit fort n’était pas arrivé à trouver la formule précise de ses instincts philosophiques, il avait du moins su discerner avec un sens très-juste quels étaient, en métaphysique, en religion et en histoire, ses vrais ennemis et ses vrais amis. 11 admirait l’idéologie matérialiste et la politique républicaine de M. de Tracy de toute la haine qu’il portait aux grands représentants du spiritualisme, du protestantisme dogmatique et de la monarchie tempérée. Non-seulement il avait fait traduire en anglais Ylïssai sur le génie et les ouvrages de Montesquieu 1 comme le meilleur livre qui eût été écrit sur la science du gouvernement, mais il avait revu lui-même la traduction et exprimé ouvertement le désir de la voir dans les mains de toute la jeunesse américaine4. Malgré l’hyperbolique enthousiasme qu’il professait pour les

1 Work* of Jefferson, t. Vit, p. 156, 161 ; t. VI, p. 354.

a Work* of Jefferson , t. VII, p. 165, 280; t. V, p. 354; t. IV, p. 114, 374 , 376 ; t. V, p. 219. 535, 539.

s M. Destutt de Trary, qui connaissait bien le régime impérial, n’ayant pas osépublieraon livre en Europe et sous son nom, avait envoyé son manuscrit h Jefferson avec prière de le faire traduire et paraître en Amérique (1810). La traduction révisée ot patronnée par JefTerson fut ainsi publiée plusieurs années avant l’original ; et lorsque celui-ci parut à Liège en 1817, l’éditeur le donna pour une traduction de l’ouvrage « imprimé eu anglais sous les auspices du célèbre M. JefTerson. >

; Works of Jefferson, t. V, p. 335, 539, 551, 566 ; t. VI, p. 98, 109, 296, 541,568.

POUR r.A PHILOSOPHIE DE M. DF. TRACY. 349 ouvrages de M. de Traey, il ne pouvait cependant se départir assez complètement du bon sens naturel a sa race pour accepter les conséquences extrêmes des principes développés par son auteur favori. Peu lui importait que l’idée de la république une et indivisible et celle du directoire exécutif fussent des corollaires de la théorie démocratique, il les repoussait à première vue comme dangereuses et absurdes '. En vain la morale de l’intérêt se donnait-elle très-légitimement pour fille du matérialisme : il la rejetait comme inefficace et vaine, sans nul souci de la logique M. de Traey lui-même ne parvenait pas d'ailleurs à fixer longtemps l’attention de Jefferson sur de pures théories : « Je n’aime pas,» disait-il, « ce qui est uniquement abstrait et sans application immédiate à quelque science utile *. » Ce goût du positif se retrouve, principalement à la fin de sa vie, dans presque toutes ses appréciations littéraires. 11 lisait beaucoup et de tout, mais pour le plaisir d’apprendre bien plus que pour celui d’admirer ou d’être ému. Il ne comprenait bien les œuvres d’imagination que lorsqu’elles avaient, comme la comédie, la satire ou le conte moral, un caractère instructif. Tout écrit essentiellement romanesque lui paraissait plus ou moins ridicule ou dangereux, dangereux surtout pour les femmes, l’as de romans, peu de poésie, une élude approfondie du fran-

* Jefferson ît M. de Traey, ‘26javnier 1814. — Works of Jefferson, t. V, p. 507.

* Works of Jefferson , t. VII, p. 4, 39.

* Jefferson à J Adams, 14 octobre 1810. — Works of Jefferson, t. VI. p. 39.

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