LA GÜERKK
Jefferson donna son appui à la politique belliqueuse de Madison en 18H; la trouva-t-il bonne ou mauvaise? Elle était fort contraire au « système quaker ' » de gouvernement qu’il avait pratiqué luimême pendant huit ans, et qu’il avait depuis préconisé auprès de Madison comme le plus utile au pays et le plus commode pour le pouvoir. Amortir la dette publique, tel était à ses yeux le premier intérêt de la nation *; ne protéger le commerce américain contre les spoliations de la France et de l’Angleterre que par des embargos, ne répondre à l’insolence des belligérants que par des notes diplomatiques et des règlements de douane, louvoyer, gagner du temps, en attendant le rétablissement de la paix générale, telle était, suivant * lui, la seule conduite raisonnable à suivre dans les rapports avec l’Europe. Aussi ne regrettait-il guère dans le passé que les actes de son gouvernement par lesquels il avait, sous la pression populaire, dérogé à ces pacifiques principes ", se félicitant de n’avoir pas été entraîné lui-même à la guerre par ces fautes inévitables, et souhaitant à Madison une semblable bonne fortune sans trop y compter : « Si la paix peut être maintenue, » lui écrivait-il le 17 mars 1809, « j’espère et je compte que vous aurez une administration facile. Je ne connais aucun gouvernement qui fût plus embarrassant à conduire en temps de guerre que le nôtre, en partie à
1 Jefferson ii Kosciusko, 13 avril 1811. — IVort» of Jefferson, t. V, p. 586.
* Jefferson à Gallatin, Il octobre 180D. — It'url» of Jefferson, t. V, p. 477.
s Work» of Jefferson, t. V, p. 472. 511, 5Î9 ; t. Vf. p. 53, 61?.
pç 1812.
cause du caractère licencieux et munteuf dp nos journaux, niais beaucoup aussi à cause delà crédulité merveilleuse avec laquelle (es mepibrps du congrès accueillent tous les mensonges courants,... mal qqj va s'accroissant à mesure que les sessions se prolongent, el cp temps de guerre les sessions tendraient biep vj(p à deyenir permanentes '. » Le prudpnt Madisqn n’éta|t pas plus qup son prédécesseur pressé de se dopppr de tels embarras ; il sentait d’ailleurs fqrt bien qp’une guerre avec la Grande-Bretagne serait la condamnation (lu système de paix non armée auquel il avait donné sqp concours, qu’elle prouverait l'inefficacité des embargos, qu’elle trouverait l’Amérique tres-peu préparée à soutenir la lutte. La lutte n’en devenait pas moins de jour cn'jour plus difficile à éloigner. Le vice radical dp la politique adoptée par Jetferson était précisément de devoir, avec le temps, produire le mal qu’elle se proposait d’éviter à tout prix. Les- humiliations pt les sacrifices excessifs qu’elle imposait au pays pour le soustraire à la nécessité de tirer l’épée 11e pouvaient qu’accroître le mépris des Anglais pour l’Amérique et la haine des Américains pour l'Angleterre. Un parti de |a guerre puissant, irrésistible, se forma en effet au sejn même du parti républicain. Madison vit que sa réélection à la présidence serait compromise, s’il ne cédait pas au courant : il se laissa aller à la dérive. Gomme lui, Jefferson avait pour règle de ne jamais se séparer de la niasse, a de poursuivre le bien public en marchant, avec la foule, le long des chemins battus t. b U salua
i Works of Jefferson, t. V, p. 437.
* Works of Jefferson, t. V, p. 499.
LA GlERRK
la guerre avec enthousiasme, et son optimiste imagination lui représenta aussitôt les Anglais et les Espagnols chassés du continent américain *, la Grande-Bretagne bouleversée par une révolution intérieure, puis ramenée par ses épreuves au sentiment du droit, et ne pesant plus dans les affaires du monde que pour y maintenir l'équilibre et pour remettre à l’ordre « son ancienne rivale en scélératesse *. » Rien ne l’arrêtait dans ses rêves yictorieux. Sans doute l'ennemi serait maître de la mer, maison pouvait, on devait la lui livrer : les États- Unis n’avaient que faire d’une marine; des partisans de la Grande-Bretagne pouvaient seuls proposer de la combattre sur sou élément ; l’élément des Américains c’était la terre américaine, et sur la terre américaine ils étaient irrésistibles ’ ! L’invasion du Canada ne serait qu’une marche ; Halifax donnerait plus de mal à enlever, mais ce serait l’affaire de quelques mois; New- York pourrait être brûlé parla (lotte britannique, mais le gouvernement de l’Union ne pouvait-il pas à son tour faire brûler Londres par des mercenaires anglais, aisément recrutés au milieu d’une population affamée et corrompue ‘ ? L’épée était tirée ; il fallait que pleine justice fût faite. Point de trêve, point de relâche avant d’avoir obtenu le Canada en indemnité des mille navires
• Jefferson à Thomas Letre, H août 1812. — lV’orib of Jefferson, ». VI, p. 79.
» Jefferson au D' Crawford, 2 janvier 1812. — Works of Jeffercon, t. VI, p. 33.
•Jefferson au général Kosciusko, 28 juin 1812. — Works of Jefferson, t. VI, p. 68.
• Jefferson au colonel Duauc, 4 août 1812. — IVorlu of Jefferson, ». VI, p. 75.
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