‹ Thomas JeffersonChapitre 179 sur 212 · DE · texte numérisé non relu

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saisis par les croiseurs britanniques et des six mille matelots enlevés par la presse, avant d’avoir assuré pleine sécurité pour l’avenir à tout homme naviguant sous le pavillon américain! Cela fait, la paix avec la Grande- Bretagne et la guerre avec la France 1 !

Quelques semaines s’étaient à peine écoulées que l’événement dissipait ces flatteuses illusions d’un patriotisme un peu puéril et donnait tort à ces vues hasardées sur la conduite de la guerre. Pendant presque tout le cours des hostilités, Jefferson eut à déclamer contre « la trahison, l’incapacité ou la couardise * » des généraux dont il avait célébré à l’avance la marche triomphale, et à se réjouir, non sans quelque effort, de la gloire conquise par la petite marine dont il avait toujours comprimé le développement et prédit l’insuccès Son ardeur belliqueuse tomba vite; ileessa de prédire la chute de la domination anglaise dans 'l’Amérique septentrionale pour parler avec amertume de la ruine des planteurs, du poids des taxes, de « l’extravagance financière » du congrès \ des « sottes vanteries de la presse ‘, » et lorsque la cité de Washington fut prise et brûlée presque sans résistance sous les yeux mêmes du président, le vieux patriote en était arrivé à soupirer

* Jefferson à M. Wright, 8 août 1812. — Works of Jefferson , t. VI, p. 78.

* Jefferson au colonel Duane, 4 avril 1813. — Works of Jefferson, t. VI, p. 110, 80, 106.

4 Works of Jefferson, t. VI, p. 106, 110,112.

1 Jefferson à Short, 28 novembre 1814. — Works of Jefferson, t. VI, p. 400.

5 Jefferson au colonel Monroc, l*r janvier 1815. — Works of Jefferson , t. VI, p. 408.

LA Gl’E KH K

après la paix avec assez d’impatience pour regarder ce honteux échec comme une tnortiflcalion salutaire Le 22 novembre 181 1, il écriv ait â M. Slioi l avec une tristesse courageuse : « Tout ce que j’attends de cette guerre, le voici : beaucoup de souffrances, de dures privations, et pour tout avantage celui d’apprendre à notre ennemi qu’il n’a rien à gagner avec nous par des injures gratuites. Quant à moi, cet état de choses m’oblige à faire le sacrifice de toute tranquillité et de tout confort pour le reste de mes jours, car bien que la faiblesse de l’ége hie rende impropre aux services et aux souffrances des camps, grâce à la dépréciation absolue des produits qui devaient me procurer la subsistance et l’indépendance, je serai, comme Tantale, avec de l’eau jusqu’aux épaules et mourant de soif... Mais nous avons beau n’étre pas tout à fait insensibles, nous n’aurons pas de faiblesse. Disons, comme lors de la guerre révolutionnaire : « Les maux de la résistance sont grands, ceux de la soumission seraient pires*! » — Et à M. Corna de Serra, le 27 décembre 181 1 : « Mon espoir est dans la paix... Notre devise, au début de cette guerre, était : indemnité pour le passé, sécurité pour V avenir. Il faut renvoyer ce programmeàla prochaine guerre, lorsque, désarmé et ayant fait banqueroute, notre ennemi sera moins capable d’insulter et de piller impunément le inonde. Cela ne sera pas de mon temps. Une guerre comme celle de notre révolution, c’est assez dans une vie. La mienne s’est trop prolongée, puisqu’elle m’en a

1 Work a of Jefferson, t. VI, p. 408.

* Jefferson à Short, 28 novembre 1814. — Works uf Jefferson, t. VI, p. 400, 401.

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