‹ Thomas JeffersonChapitre 18 sur 212 · CONVOCATION D'UN CONGRÈS (1T · texte numérisé non relu

CONVOCATION D'UN CONGRÈS (1T

L’nffuire eut un plein succès. La chambre vota par acclamation; elle fut immédiatement dissoute. Les membres se retirèrent dans la salle d’une taverne pour délibérer sur les moyens de mettre à prolit une semblable crise. Ils convinrent de recommander aux autres colonies la réunion d’un congrès général1, de remettre à une convenlion populaire le soin de choisir les délégués, et de faire coïncider le jour du jeûne avec celui des élections. Le V" juin V 77 V, les églises retentirent des plus patriotiques paroles: « Le peuple », raconte Jefferson, « s’y pressait en foule, la consternation peinte sur les visages. Ce fut dans toute la colonie comme un choc électrique, réveillant tous les hommes et les remettant sur leurs pieds. Tous les comtés envoyèrent

* L’idée d'un congrès général, pas plus que celle des comités de correspondance, n’était due aux hommes d'Etat virginiens ; mais c’est à eux que revient l’honneur de l’avoir réalisée. — Dès le mois de juin 1765, James O lût avait conseillé à l’assemblée du Massachusetts de répondre à l’acte du timbre par la convocation d’un congrès, et à l’invitation de cette province les délégués du neuf colonies sur treize s'étaient en effet réunis à New York la 7 octobre 1765. Mais cette assemblée incomplète des représentants de l'Amérique n’avait pu devenir le germe d’une institution permanente. Elle s’était bientôt dissoute, après avoir adopté des pétitions au roi et au parlement, .et l’idée d’un congre» général était retombée dans l'oubli. Ce fut le système de correspondance entre les colonies créé par lachambredes bourgeois de la Virginie, qui y conduisit de nouveau les esprits. Le 7 juillet 1773, quatre mois après cette création, Franklin écrivant de Londres à Thomas Cushing, président de l’assemblée du Massachusetts, exprimait l’espoir que des comités de correspondance sortirait un congrès, et le même jour dans une lettre officielle à rassemblée du Massachusetts, il proposait formellement la convocation d'un congrus général. Moins d'un an après, Jefferson et ses amis mettaient h exécution la pensée de Franklin.

JEFFEKSON N'EST PAS UN OKATEUK. 37

des députés à la convention. Moi-même je fus nommé par le mien »

Dans tout le cours de sa carrière, Jefferson conserva cette intelligence des masses, cette habileté à les remuer, et cette répugnance à s’adresser aux assemblées |>ul)lii|ues autrement que par écrit ou par intermédiaire. Aussi le bouillant et vaniteux John Adams, qui avait été un plus grand orateur et un politique moins habile que Jefferson, nous racontc-l-il dans ses mémoires, d’un ton à la fois victorieux et dénigrant, que son vainqueur dans les élections pour la présidence des États-Unis avait été l’un des membres les plus silencieux du congrès : «Je ne l’ai jamais entendu dire deux mots de suite *. Au reste » ajoulait-t-il en faisant un triste retour sur lui-même, « l’éloquence dans les assemblées politiques n’est pas le moyen le plus sùr de faire son chemin et sa réputation. L’exemple de Washington, de Jefferson et de Franklin suffit à prouver que le silence et la réserve en public sont plus efficaces que l’argumentation et l’art oratoire. Un homme qui, jour par jour, vient justifier ses mesures et répondre aux objections de ses adversaires, devient trop familier au public, et s’attire inévitablement des ennemis par ses sarcasmes et ses réparties ’. »

Aucun orateur n’a joué en effet dans la révolution américaine un aussi grand rôle que Jefferson, Franklin et Washington; mais John Adams nous a-t-il donné la vraie explication de ce fait? Je me permets d’en douter.

1 Autobiography. — Works of Jefferson, t. I, p.7.

* Autobiography. — Works of John Adams, t. If, p. 511. s Atitohiographv. — Works of John Adams, t. II, p. 511.

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