E ROLE DES ORATEURS
La dissémination des assemblées locales, les règlements du congrès, le caractère particulier de cette révolution qui dut sa victoire non h une lutte intestine de classes et de partis, mais à une guerre de puissance à puissance, s’opposaient à ce qu’un homme d’Élat conquît la première place en Amérique par la puissance de la parole. Chaque province, chaque ville avait son tribun; les États-Unis n’avaient point de tribune nationale d’où un orateur pût parler au pays tout entier: le congrès délibérait ii buis clos; ceux de ses membres qu’il chargeait de proclamer les résolutions qu’il avait prises avaient seuls l’occasion de faire connaître leurs services au public; l’acte par lequel il consomma la révolution, en mettant fin aux hésitations du peuple , mit aussi fin à tout grand débat intérieur, ne laissa plus subsister qu’une question de droit international, qui ne pouvait se décider que sur les champs de bataille ou dans les chancelleries, et lit désormais dépendre le succès de la révolution, non de la véhémence des discours, mais du courage des soldats et de la dextérité des diplomates. Abstraction faite de l’inégalité des mérites, les patriotes qui, dans les délibérations secrètes du grand conseil national, firent prévaloir par leur éloquence la politique de l’émancipation des colonies , ne pouvaient prétendre à un renom aussi universel que l’heureux écrivain qui a annoncé au monde la déclaration de l’indépendance, l’habile négociateur qui l’a fait accepter par l’Uurope et le vertueux général qui en a imposé la reconnaissance à la Grande-Bretagne.
Ce n’en est pas moins le devoir de l’histoire de mettre