‹ Thomas JeffersonChapitre 183 sur 212 · JEFFERSON RESTE PROFONDEMENT RADICAL · texte numérisé non relu

JEFFERSON RESTE PROFONDEMENT RADICAL

agraire \ » que la meilleure république est celle oii « chaque citoyen a une part égale dans la direction des affaires *, » que les meilleurs gouvernements sont ceux que le peuple réduit au rôle d'agents s; et il se prononçait en conséquence pour le principe du suffrage universel * du mandat impératif ‘ et des élections à court terme *. Tombées de ses lèvres ou de sa plume, même sur le ton de la confidence, de telles professions de foi ne pouvaient rester ignorées du public. Et pourtant l'indiscret, mais sagace politique, sentait fort bien luimême qu’elles a devaient révolter beaucoup de braves gens ’, » en Virginie, et nuire aux deux seuls projets qu’il eût vraiment à cœur, aux deux mesures qu’il regardait comme les ancres de salut de la république, et dont il se disait décidé à poursuivre la réalisation « jusqu’à son dernier soupir : » le développement de l’instruction publique et la subdivision des comtés en districts municipaux *.

Ces deux questions se rattachaient depuis longtemps l’une à l’autre dans son esprit. I)e 1776 à 1779, lorsqu’il

i Works of Jefferson, t. V, p. 584, 588; t. VII, p. 110.

« Jefferson à Samuel Kerchival, 12 juillet 1816. — Works o f Jefferson, t. Vil, p. 10.

* Works of Jefferson, t. VI, p. 213, 604-608; t. VII, p. 9-17

♦Jefferson à Samuel Kerchival, 12 juillet 1816.— Works of

Jefferson, t. Vil, p. 13.

* Jefferson à John Taylor, 28 mai 1816. — Works of Jefferson, t. VI, p. 605.

« Works of Jefferson, t. VI, p. 213; t. VU, p- U. 12i Works of Jefferson, t. VII, p. 35.

« Jefferson à J. C. Cabell, 31janvier 1814. — U'orlu of Jefferson, t. VI, p 311; t. V, p. 525.

SES PLANS D'INSTRUCTION PUBLIQUE. 369 s’occupait, avec MM, Pendlcton, Lee, Mason et Wythe, de mettre la vieille législation de la Virginie en harmonie avec ses institutions nouvelles, il avait fait le plan d’un système général d’instruction publique, d’après lequel chaque comté aurait été partagé en districts d’une dimension telle que la population de tout district fût à portée de l’école primaire qui devait y être établie. Mais le bill n’avait été voté qu’en 479t>, Jefferson n’avait pu en surveiller l’élaboration définitive, et la législature y avait introduit une disposition qui le rendait illusoire; elle avait en effet conféré implicitement aux cours de comté le droit de ne pas exécuter la loi en les chargeant de fixer elles-mêmes le jour où elle serait appliquée dans leur circonscription \ acte de faiblesse d’autant plus imprudent que la population des comtés n’avait aucun moyen d’action sur ses magistrats, et que ceux-ci se montraient en général peu zélés pour la cause de l’instruction primaire.

Le système communal de la Nouvelle-Angleterre, tel que l’a si bien décrit M. de Tocqueville, ne peut donner aucune idée de l’organisation administrative qu'avait alors la Virginie. Entre l’État et le citoyen, point d’autre pouvoir intermédiaire que la cour de comté, corps judiciaire et administratif que sa constitution rendait à la fois tout-puissant et irresponsable. Composé de magistrats nommés par lui-même, il était'seul chargé, dans une circonscription souvent plus étendue qu’un arrondissement français, de la justice, de la police, des routes, des milices, de la nomination aux petits emplois adini-

I Autobiogritplir. — B'orfci of Jefferum, I. I, p. 47. AS.

r.ù JEFFERSON TRAVAILLE AU DEVELOPPEMENT nistratifs et militaires, du Tote et de l'assiette des taxes locales ; il gouvernait seul et sans contrôle toutes les affaires du comté *. L'ne telle combinaison prêtait assurément a la critique. Le pouvoir municipal s'exerçait de trop loin et par une petite oligarchie trop étroite et trop absolue : les interets et les sentiments des administrés pouvaient trop facilement cire ignorés ou méconnus par l’administration, la vie commuuale était nulle, l’indifférence [aditique assez générale dans les masses; mais la Virginie avait l’babitude et le goût de ce régime aristocratique. En fait, les abus étaient rares; la non-exécution de la loi sur reuseiguemeut primaire était beaucoup plus imputable à la législature qu'aux cours de comté, et quand même le contraire eût été vrai, ou lie pouvait que compromettre la cause des écoles en la liant ouvertement a celle d’une réforme radicale dans l'administration de l'État; on ne pouvait que susciter des obstacles a la création des districts scolaires en avouant qu’on les destinait à devenir les noyaux de petites communes plus démocratiques encore dans leur organisation que celles du Massachusetts. Ce fut la faute commise par Jefferson ; il moutra trop à scs amis virginiens la profondeur de son dessein, et malgré le soin qu’il prit de s’adresser à leurs sentiments de rivalité a l’égard du Nord, malgré l’habileté avec laquelle il leur (icignit l’action vivifiante que les libertés municipales exerçaient dans la Nouvelle-Angleterre et la force agressive que l’intervention constante des niasses

* Life of Jefferson, by Tucker, t. II, p. 419. — Works ofjeffer • son, t. VI, p. GOiî ; t. VII, p. 10.

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