PREMIER POINT
L’Angleterre a soudoyé 17,000 hommes en Allemagne; elle y a joint 20 et quelques mille de troupes nationales; ainsi elle aura en Amérique une armée de moins de 40,000 hommes. Les colonies, de leur côté, ont actuellement sur pied 50,000 hommes de troupes régulières, bien vêtues, bien armées, bien disciplinées, bien commandées. Elles ont presque autant de volontaires qui ne reçoivent pas de solde, et qui ne demandent qu'à combattre; elles auront en incr, au printemps prochain, au delà de 30 vaisseaux de 40 jusqu'à 12 canons; enlin elles ont un traité de neutralité, et en cas de besoin, d’alliance avec cinq nations sauvages qui détestent les Anglais. Mais elles manquent lu de provisions de guerre; 2" d’argent comptant; 3° d’une bonne marine. Ainsi pour assister efficacement les Américains, il serait nécessaire de pourvoir à ces trois objets dans le cas où l’on admettrait leur demande à cet égard.
Ils enverraient dans nos poils leurs bâtiments chargés de denrées, et prendraient en échange des armes et des munitions, en payant la mieux-valuc de ces articles, non en argent comptant, mais en denrées à livrer soit à Saint-Domingue, soit dans quelqu’un de nos ports en Europe. Ce commerce d’échange pourrait se faire sans que le gouvernement y parût; il suffirait d’un négociant intelligent, lidèle et discret dans chacun des ports où les bâtiments américains viendraient aborder. Ce négociant traiterait directement avec les capitaines de ces bâtiments, et ils masqueraient les envois pour éviter les reproches de la cour de Londres. Le sort de ces envois nous intéresserait d’autant moins qu’ils seraient faits aux riques, périls et fortune des Américains.
Quant à la demande d’argent, elle présente du premier coup d’œil d’assez grandes difficultés; cependant il parait
impossible de la rejeter tout à fait ; il ne s’agirait que Je la nioditier et de la restreindre. Voici les réflexions que cet objet présente : Les colonies ont établi du papier pour leurs besoins intérieurs; ce papier circule avec facilité, et semble devoir se soutenir ; ainsi ce n’est pas pour l’intérieur de leurs provinces que les Américains auraient besoin d’espèces sonnantes. Ils ne sont dans le cas d’en employer que pour leurs opérations au-dehors, c’est-à-dire pour la solde de leurs achats. On pourrait, ce semble, diminuer leurs dépenses à cet égard en leur fournissant, autant qu’on le pourrait, les objets qu’ils sont dans le cas de se procurer de chez l’étranger, et en recevante!! échange des denrées, sauf à leur donner en espèces la somme qui leur serait, outre cela, nécessaire pour soutenir leurs affaires en bon état.
L’article de la marine ne sera pas aussi facile à remplir que les deux précédents. On ne pourrait tenir des vaisseaux en mer sans se déclarer ouvertement en faveur des colonies, et par conséquent sans. s’attirer la guerre avec la Grande- Bretagne, et, en leur fournissant sous main, la cour de Londres en l’apprenant nous accuserait à juste titre d’être les fauteurs clandestins de la rébellion de ses colonies. La conséquence qui résulte de ces observations est que la première démarche ne pourrait avoir lieu qu’à l’époque où les circonstances exigeraient que nous lissions la guerre aux Anglais, et que la seconde offre de grands inconvénients si l’on veut la dérober à la cour de Londres. Mais il y aurait un moyen d’y suppléer : ce sciait de faire passer à Saint- Domingue, ou dans tel autre point dont on conviendrait, des bâtiments marchands propres pour la guerre ; les Américains iraient les chercher à leurs risques, et ils passeraient un contrat simulé avec le capitaine français. De cette manière les insurgents pourraient augmenter leur marine avec notre secours, sans que nous y paraissions en la moindre chose.
DECX1Ù1B POINT.
Époque à laquelle la France devrait assister ouvertement les colonies.
Suivant nos relations, les insurgent s sont dans ce momentçi en état de résister aux forces que l’Angleterre fait passer
en Amérique; ils ont des armes et des munitions; ainsi on n’aurait, quant à présent, lien à leur fournir. Mais il est à craindre qu’ils ne voient bientôt l'épuisement de leurs moyens, ainsi que la difliculté de les réparer, et que cette crainte n'affaiblisse leur courage et ne les porte à abandonner la partie, en offrant de se soumettre avant qu'ils y soient forcés par leur impuissance. Il est donc essentiel que la France dirige dès à présent ses soins vers ce point de vue; v elle doit alimenter le courage et la persévérance des insur-
yents en les flattant de l’espoir d’une assistance efficace lorsque les circonstances le permettront. Elle leur ferait entendre que l’époque de cette assistance dépend de leur succès, cl elle leur donnera surtout lieu de croire qu elle pourra être fixée, au plus tard, à la fin de la campagne prochaine. De cette manière la France ne se compromettrait ni vis-à-vis des insurgents ni vis-à-vis de la cour de Londres, et elle se mettrait en mesure de frapper des coups décisifs lorsque les choses lui paraîtront suffisamment préparées pour cet clfel.
TROISIKMB l'OINT.
Quels effets notre assistance entrainera-t-elle après soi?
En parlant du principe que nous devons favoriser l’indépendance des colonies, il s’ensuit nécessairement que nous devons les assister dès que nous croirons pouvoir le faire avec succès ; or, c’est un point précis qu’il s’agira de remarquer et de saisir, l’nur avoir une donnée à cet égard, il conviendra d’attendre l’effet que produiront les efforts que la cour de Londres se propose de faire au printemps prochain; ses préparatifs sont immenses, et ils épuisent, ou peut s'en faut, les ressources de la Grande-Bretagne. Si la cour n’a pas dès son début des succès qui pronostiquent la soumission ou la destruction des colonies, il faudra en conclure que la Grande- Bretagne n'a pas de moyens suffisants pour remplir celte tâche, et alors la Franec risquerait d’autant moins d’entrer en cause, c’est-à-dire de faire la guerre, que les forces seules des Américains auront suffi pour arrêter leurs armées, et qu’en les augmentant elle doit assurer l’effet de leur triomphe.
Mais mettons de côté ce plan offensif, cl supposons que la France reste absolument tranquille, c’est-à-dire que non seulement elle n’assistera pas ouvertement les colonies, mais qu’elle ne leur donnera pas même le moindre secours secret; cette conduite nous garantira-t-elle de la guerre ? Les alTaires d'Amérique présentent deux hypothèses : selon la première, l’Angleterre triomphera des Américains et les soumettra ; selon la seconde, cette puissance sera repoussée [>ar eux et obligée de souscrire à leur indépendance. Dans l’un comme dans l’autre cas, il est possible que la cour de Londres croie devoir attaquer nos colonies ; dans le premier pour se venger des secours qu’elle supposera que nous avons donnes aux colonies (car elle fera celte supposition si son intérêt cl ses vues l’exigent, quelque passive qu'aura été notre conduite), et dans le second pour s’indemniser à nos dépens, ou aux dépens de l'F.spagnc, des frais immenses qu’elle aura faits pour tirer raison de ses colonies. Celte expédition paraîtra facile aux Anglais, et elle le sera en effet, vu les forces tant de terre que de mer qu'ils vont avoir en Amérique; d’ailleurs, elle paraîtra nécessaire aux ministres britanniques, soit pour établir leur réputation et leur gloire, soit pour atténuer les reproches que la nation ne manquerait pas de leur faire au cas de nonréussite, et peut-être même pour sauver leur tête de l'échafaud.
Ainsi, sous quelque point de vue qu’on envisage l'issue des différends de l’Amérique, et quelle que soit notre conduite dans cette conjoncture, elle ne saurait nous garantir la durée delà paix; nous ne pouvons donc pas prendre sa conservation pour base de notre politique, et dès que la nature même des choses, sous quelque point de vue qu’on l’envisage, semble devoir nous conduire à la guerre, la prudence veut que uous préparions d’avance les moyens de la faire avec succès et avec avantage : on ose penser que les plus essentiels de ces moyens seraient de s’assurer des colonies et do faire en cas de besoin cause commune avec clics.
Considérations
La position de l’Angleterre -vis-à-vis de ses colonies de l’Amérique septentrionale et les suites possibles et probables de l’issue quelconque de celte querelle méritent sans doute, à toutes sortes de titres, l’attention la plus sérieuse de la part de la France et de l’Espagne.
Les calculs politiques qu’on peut former sur cette grande crise sont en effet tels qu’il est peut-être problématique si elles doivent désirer l'assujettissement ou l’indépendance des colonies anglaises, et qu’elles se trouvent menacées dans l’une et dans l’autre hypothèse de dangers qu’il n’est peut-être pas dans l’ordre de la prévoyance humaine de prévenir ni de détourner.
Un ne se livrera point à la discussion qu’exigerait le développement de ces réflexions; on se bornera à les rendre sensibles, en observant que si l’on peut d’un côté regarder la continuation de la guerre civile comme infiniment avantageuse aux deux couronnes, puisqu'elle épuisera les vainqueurs et les vaincus, on peut craindre d’un autre côté : 1° que le ministère anglais sentant l’insuffisance de ses moyensnc donne les mains à une conciliation ; i‘ que le roi d'Angleterre en conquérant l’Amérique anglaise ne s’en fasse un instrument pour subjuguer également l’Angleterre européenne; 3° que le ministère anglais battu sur le continent de l’Amérique ne cherche un dédommagement aux dépens de la France et de l’Espagne, ce qui effacerait à la fois fa honte et lui donnerait un moyen de conciliation avec les insurgents, auxquels il offrirait le commerce et l'approvisionnement des Iles ; que les colonies devenues indépendantes, et ne conservant aucun lien avec l’Angleterre, ne deviennent conquérantes par nécessité, et que, surchargées de denrées, elles n’en cherchent un débouché forcé dans les îles à sucre cl dans l’Amérique espagnole, ce qui détruirait les liens qui attachent nos colonies à leur métropole.
Ces différentes suppositionspeuvent presque également con-
1 Mémoire au roi du comte de Vergciinea.
DOCUMENTS HISTORIQUES. 4Stf
duire à une guerre plus ou moins éloignée avec la France et avec l’Espagne. La première, parce qu’avec les forces que la cour de Londres a préparées, elle peut être tentée de les employer à la conquête trop facile que les Indes occidentales lui offrent. La deuxième, parce que l’asservissement de la métropole ne pourrait s’opérer qu'en flattant la haine et la jalousie nationale par une guerre dont la durée la formerait au joug, et dont les succès l’assureraient: la troisième, enfin, par le désespoir et par la nécessité de sauver les tètes du ministère, et peut-être la personne même du Koi de la rage du peuple anglais, en lui procurant une conquête aussi utile nue brillante, qui sauverait la honte d’un accommodement plâtré par une acquisition qui serait ou le prix de la victoire ou l'indemnité de la défaite ou le gage de la réconciliation.
Tgl est en elTel l’état des colonies des deux nations qu’à l’exception de la Havane, peut-être aucune n’est en état de résister à la moindre partie des forces que l'Angleterre envoie en Amérique, et la possibilité physique delà conquête ne parait que trop évidente.
Quant à la probabilité morale d’un envahissement que rien ne provoquerait et qui serait contraire à la foi publique et aux traités, ce serait s'abuser étrangement que de croire les Anglais susceptibles d’être retenus par de pareils motifs; la reconnaissance ou un juste retour de procédés n’aurait pas plus de pouvoir sur eux que les lois sacrées de la morale. Ils ne semblent applaudir à la nôtre qu’avec une sorte de dérision. L’expérience n’a que trop prouvé qu’ils croient juste et honorable tout ce qu’ils regardent comme avantageux à leur nation et destructif pour ses rivaux. On connaît les maximes de la plupart de leurs hommes d’Etat qui ne calculent pas le mal actuel que lu France leur fuit, mais celui qu'elle pourra leur faire un jour. Ils sentent que si l’Angleterre s’épuise par la guerre actuelle, et que la France et l’Espagne prenuenl les mesures que leur puissance et leur sagesse leur prescrivent, ils se trouveront au sortir du combat hors d’état de lutter contre ces deux puissances. Déjà cette réflexion a été faite; déjà le parti de l’opposition a paru se réunir dans ces maximes générales à celui du ministère actuel ; déjà on a lieu de craindre que celui-ci sentant sa faiblesse ne saisisse le seul moyen de se tirer du labyrinthe où il s’est engagé, en cédant les rênes à l’opposition, et les lords Cbatharo, Shel-
49fi DOCl'MEXTS HISTORIQUES.
burnc, Waymoulh, Sandwich et Itichmond espéreront également de maintenir leur popularité et de dominer en s'accommodant avec l’Amérique, et en employant la masse énorme de forces mises en activité pour rectifier les conditions du dernier traité de paix contre lequel ils n’ont cessé de s’élever avec acharnement. Les Anglais de tous les partis paraissent unanimement persuadés qu’une guerre populaire contre la France ou l’envahissement du Mexique terminerait, ou du moins assoupirait leurs discussious domestiques, et éteindrait leur dette nationale.
Au milieu de tant d’écueils, l’amour de préférence que le roi de France et le roi d’Espagne ont pour la continuation de la tranquillité semble prescrire la marche la plus mesurée. Si les dispositions de ces deux princes étaient guerrières, s’ils étaient disposés à se livrer à l’impulsion de leurs intérêts, et peut-être de la justice de leur cause qui est celle de l’humanité si souvent offensée par l’Anglcrrc; si leurs moyens militaires et pécuniaires étaient au point de développement et d’énergie convenable, et proportionnés à leur puissance effective, il faudrait sans doute leur dire que la Providence a marqué ce moment pour l’humiliation de l’Angleterre, qu’elle l’a frappée de l’aveuglement qui est le précurseur le plus certain ue la destruction, et qu’il est temps de venger sur cette nation les menaces qu’elle a faites depuis le commencement du siècle à ceux qui ont eu le malheur d’être ses voisins et ses rivaux; il faudrait alors ne négliger aucun des moyens possibles pour rendre la campagne prochaine aussi vive qu’il se pourrait, et pour procurer des avantages aux Américains. Le degré d’acharnement et d’épuisement des deux partis qui en résulterait déterminerait alors l’instant de frapper des coups décisifs qui feraient rentrer l’Angleterre dans l’ordre des puissances secondaires, lui raviraient l’empire qu’elle prétend exercer dans les quatre parties du monde avec autant a’orgueil que d’injustice, et délivreraient l’univers d’un tyran avide qui veut à la fois engloutir tout le pouvoir et toutes les richesses.
Mais ce n’est pas là le point de vue où les deux monarques veulent se placer, et leur rôle parait, dans la conjoncture actuelle, devoir se borner à une prévoyance circonspecte mais active.
Si cette maxime est adoptée , il restera à déterminer
quelle est la conduite la plus convenable pour remplir ce but.
On doit, ce semble, avant de prononcer, établir quelques résultatsde l’exposé succinct qui vient d'être fait: 1" On doit éviter de se compromettre et ne point provoquer les maux qu’on veut prévenir. 2" Il ne faut pas se flatter néanmoins que rinaction la plus absolue et la plus rigoureuse nous garantisse de tout soupçon. Nous savons que notre conduite actuelle n’en est pas exempte. Les Anglais, habitués à se conduire par l’impulsionde leur intérêt et à juger des autres par eux-mêmes, croiront toujours que nous ne laissons pas échapper une si belle occasion de leur nuire ; quand même ils ne le croiraient pas, ils le feindraient s’ils avaient besoin de nous attaquer, et l’Europe serait persuadée de la vérité de leur imputation malgré nos dénégations. 3° La continuation de la guerre, au moins pendant un an, parait désirable pour les deux courennes, soit parce qu’il faut que les forces qui vont passer en Amérique trouvent de l’emploi contre les colonies, soit parce
3ue le ministère changerait nécessairement, si l’accommoement devait se faire actuellement; soit parce que l’armée anglaise, affaiblie par ses victoires ou par ses défaites, sera hors d’état de faire une entreprise vigoureuse ; soit enfin parce qu’une année de gagnée pour des mesures de vigueur et de prévoyance peut à beaucoup d’égards changer la face des affaires. 4° Le moyen le plus assuré de remplir ce but serait, d'un côté, d'entretenir le ministère anglais dans la persuasion que les intentions de la France et de l’Espagne sont pacifiques, afin qu’il ne craigne pas de s’embarquer dans les opérations d’une campagne vive et dispendieuse, tandis que, de l’autre côté, on soutiendrait le courage des Américains par quelques faveurs secrètes et par des espérances vagues qui préviendraient les démarches qu’on cherche à les induire de faire pour un accommodement, et qui contribueraient à faire éclore les idées d’indépendance qui ne germent encore que sourdement parmi eux. Les maux que les Anglais leur feront éprouver aigriront les esprits ; on s’acharnera davantage à la guerre, et dans le cas où la métropole serait victorieuse, elle auiait pendant longtemps besoin de toutes ses forces pour dompter l’esprit d’indépendance des Américains, et elle n’oserait s’exposer aux efforts combinés avec un ennemi étranger qu’ils feraient pour recouvrer leur liberté.
Si toutes ces considérations étaient jugées aussi vraies et
aussi solides qu’elles sont probables, les inductions naturelles sembleraient être :
1“ Qu’on devrait continuer à entretenir avec dextérité la sécurité du ministère anglais sur les intentions de la France et de l’Espagne;
2° Qu’il conviendrait de donncraux insurqetits des secours secrets en munitions et en argent, et l'utilité présupposée justifierait ce petit sacrifice, et nulle raison de dignité ni d'équilé ne s’y opposerait;
3U Qu’il ne serait pas de la dignité du Roi ni de son intérêt de pactiser avec les insurgent». Quelques réflexions prises dans une foule d’autres semblent le démontrer. Ce pacte, en effet, ne vaudrait qu’autant qu’ils se rendraient indépendants et qu’ils ne trouveraient pas leur intérêt à le rompre ; que le régime ne changerait pas dans une administration mobile, et qui sera nécessairement orageuse; enfin que l’acte de navigation ne devint pas la hase de la réunion de la métropole et des colonies. Un arrangement semblable ne peut être solidement fondé que sur l’intérêt respectif, et il semble qu’il ne serait temps d'examiner cette question que lorsque la liberté de l’Amérique anglaise aurait pris consistance positive;
A” Que si la France et l’Espagne donnent des secours, elles ne doivent en chercher le prix que dans le but politique momentané qu’elles se proposent, sauf à se déterminer dans la suite d’après les événements et selon les conjonctures.
5° Peut-être faudrait-il considérer, en bonne politique, qu’une apathie trop marquée dans la crise actuelle sera interprétée comme l’effet de la crainte, et de cet amour immodéré delà paix qui, depuis peu d’années, a produit tant de maux et d’injustices, et que l’Angleterre, jugeant que la nullité de nos moyens et la pusillanimité quelle nous supposera lui seront garants l’un de l’autre, lie devienne plus exigeante encore qu’elle ne l’est iléjà, et qu’elle n’ose tout, soit directement et à face découverte, soit par l’insolence et l’injustice de ses visites et de ses croisières, et par des insultes de détail qu’elle no voudra ni ne pourra réparer et que nous ne pourrons ni ne voudrons dévorer. Les Anglais ne respectlent que ceux qui peuventse faire craindre,
ü» l.c résultat que l’ensemble et l’encliainemenl des faits et des réflexions semble présenter avec le plus d'évidence,
4tK)
c’est la nécessite de se mettre dans une position qui puisse ou contenir les Anglais, ou rendre leurs attaques incertaines, ou assurer les moyens de les punir. Des moyens de prévoyance sagement combinés, qui élèveraient les forces effectives et actives des deux monarchies au niveau de leur puissance réelle, seraient dans tous les temps utiles et convenables ; mais dans un moment où la chose publique périclite en tant de manières, cette prévoyante activité devient peut-être indispensable. Elle semble offrir le seul moyen qui puisse à la fois prévenir efficacement les maux possibles et réparer ceux qu’on n'aura pu prévenir J d’autant que de toutes les conjectures vraisemblables que la circonstance peut autoriser, la moins apparente est celle que h paix puisse être conservée, quelle que soit l’issue de la guerre actuelle entre l’Angleterre et ses colonies.
Tels sont les principaux points de vue dont ce problème si important a paru susceptible et qu’on s’est simplement proposé d’indiquer à la sagesse et à la pénétration du Roi et de son conseil.
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