CHAPITRE PREMIER
Ce que les radicaux américain» pensent de Jefferson. — Ce qu’il # fut. — Sa naissance. — Son éducation. — Mademoiselle AovOeo. — Jefferson éconduit et satisfait. — Son optimisme systématique. — Ses goûts encyclopédique*. — Le xvin* siècle en Amérique.
Washington a conquis l’indépendance nationale et fondé le gouvernement de l'Unioii américaine ; Jeflerson a établi au sein de ce gouvernement le culte des libertés locales et l’empire des principes démocratiques. Washington a vaincu l’Angleterre et tiré les États-Unis de l’impuissance et de l’anarchie ; Jefferson a vaincu le parti fédéraliste et étouffé dans son pays tout germe de centralisation et de monarchie. Washington a fait la révolution de 1770 et celle de 178!*; Jefferson a fait celle de 1801 Si je ne me trompe, c’est ainsi que
1 Ce que l'on entend en Amérique par la révolution fa 1770, c’est l'affranchissement des colonies; par la révolution de 1789, <?est la mise en vigueur de la Constitution actuelle des États-Unis {voyez Works of HamUt on, v. 4561; par la révolution de 1801, c’est le triomphe définitif du parti démocratique.
■2 ROLE DE JEFFERSON
les radicaux américains établissent les étals de service des deux hommes dont le nom et les exemples sont le plus souvent invoqués aux États-Unis.
Tout en se défendant avec une modestie calculée d’avoir accompli « à lui seul 1 » d’aussi grandes choses, Jefferson aimait à représenter son avènement à la présidence en 1801 comme « une révolution pacifique, aussi réelle que celle de 1770, révolution non dans la forme des pouvoirs, mais dans les principes du gouvernement, qui avait fait sortir le vaisseau de l’État du courant monarchique où l’avait engagé pendant le sommeil du peuple une faction d’énerguinèncs, anglomanes, royalistes et aristocrates, et qui l’avait replacé dans sa voie naturelle, la voie républicaine et démocratique *. » Avoir chassé du pouvoir les amis de Washington, avoir donné pleine satisfaction aux passions que Washington avait cherché à modérer, c’était ce que Jefferson, avant, avant de mourir, une faveur suprême à demander à ses concitoyens, faisait valoir auprès d’eux comme son plus grand titre à la reconnaissance nationale s. Tel n’a pas été cependant son dernier mot sur ce qu’il avait fait pour son pays. Peut-être avait-il senti lui-même que pousser les États-Unis sur leur pente, cela ne pouvait paraître aux hommes sensés et impartiaux une œuvre bien originale ni bien glorieuse,
* Jefferson h William T. lîarry , '2 juillet 1822. — IVorki of Jefferson, t. VII, p. 255.
» Works of Jefferson, t. IV, p. 139, 198, 375, t. Vil, p. 133, 154, t. IX, p. 88, 97, 507, 508.
1 En février 182(1, lorsqu'il demanda à la législature de la
Virginie l'autorisation de mettre ses biens en loterie.
Thoughts on Lottenes. — VVorts of Jefferson, t. ÏX , p. 507, 508.