ET PÈRE DE L'UNIVERSITÉ DR LA VIRGINIE
Bien des fonctions élevées et des actes importants sont à dessein omis dans cette épitaphe, qui ne touche qu’aux deux termes extrêmes d’une carrière longue et heureuse. En cherchant à retracer la vie et le rôle d» Jefferson, nous le verrons successivement réformateur radical de la législation encore aristocratique de la Virginie, et gouverneur de cet État; ministre du congrès à Paris au moment de la chute de l’ancien régime, et conseiller sagace des révolutionnaires français pendant qu’à leur exemple il se livrait lui-même aux rêveries les plus déréglées; secrétaire d’État sous la présidence de Washington, vice-président sous celle de John Adams, et chef d’une opposition factieuse contre le gouvernement dont il était l’un des principaux et des [dus habiles fonctionnaires; deux fois président, et ayant su manier avec assez de dextérité le pouvoir au profit de ses idées et de son parti pour le transmettre à l’un de ses lieutenants ; puis se retirant dans sa terre de Monlicello pour y vivre jusqu’à l'àge de quatre-vingttrois ans, entouré du respect des générations nouvelles, et y mourir en laissant les siens dans l'abandon. Telle
i Life o f Jefferson, by George Tucker, t. II, p. 555.
4 NAISSANCE DE JEFFERSON (ï AVRIL 1743). fut en résumé la destinée de cet homme singulier, politique aussi habile dans l’action que chimérique dans la spéculation; libre penseur humanitaire de l’école du xvm* siècle, qui a réussi à se faire l’idole d'une nation anglo-saxonne et chrétienne ; chef d’Etat expérimenté et moraliste souvent élevé qui n’en a pas moins caractérisé lui-même ses sentiments intimes sur la politique et la religion par ces paroles : « Je n’ai différé, de Washington qu’en un point; j’avais plus de confiance que lui dans l’intégrité et la discrétion naturelle du peuple... Je ne suis pas d’accord avec Jésus-Christ sur tous les points. Je suis un matérialiste : Jésus-Christ avait pris le parti du spiritualisme '.»
Le 2 avril 1743, trente-sept ans après Franklin et onze ans après Washington, Thomas Jefferson naissait en Virginie, dans l’habitation rustique d’un planteur, aux avant-postes de la civilisation, sur le territoire montagneux et sauvage du comté de Goochland, dont son père avait été l’un des premiers occupants. Pierre Jefferson était un grand propriétaire, dont la famille, galloise d’origine, était depuis longtemps déjà américaine d’habitudes et de mœurs ; c’était un hardi colon, d’un jugement droit, d’unesprit ferme, actif et curieux, qui axait réparé par la lecture les lacunes d’une éducation trop simple et trop rude, et qui savait assez le prix des lettres pour faire enseigner à son fils le français, le latin et le grec, chez un pasteur écossais, son voisin. 11 mourut dans la force de l’àge, laissant à sa
m ' Worh ofjefferton, t. VI, p. 97; t.VH, p. J50.