PROVISIONS DU
nique. Plein de méfiance et de rancune contre un ennemi naguère victorieux, inquiet sur ses dispositions, alarmé de l'extension de sa puissance, profondément ulcéré de ne pas se sentir encore en état de rompre ouvertement avec lui, il cherchait dans le monde entier, avec une fougue un peu désultoire, l’occasion de lui nuire; il donnait à l’ambassadeur du roi à Londres l’ordre de travailler « à mettre hors de place et de mesure de troubler la tranquillité de l’Europe lord Chatham, ce ministre tant à craindre par son caractère1; » il envoyait aux Indes et en Amérique, agent sur agent, « afin de mettre le roi en état de faire exécuter des opérations utiles contre ses ennemis’;» et il ne se consolait de ses efforts infructueux pour renverser lord Chatham qu’en suivant le déclin de sa popularité et de sa santé, de l’impuissance de la diplomatie française à susciter des embarras à la Grande Bretagne, qu'en recueillant avidement le récit des difficultés où la maladie de lord Chatham jetait ses collègues et des désordres causés par leur incapacité et leur faiblesse : « Nous ne sommes pas pressés, comme vous pensez bien de voir établir un ministère solide en Angleterre. J’espère que l’anarchie ne cessera pas de sitôt. Je voudrais quelle durât un siècle9 Le; bruit court ici qu’il y a eu au
1 Le duc de Choiaeul au comte de Guerchy, ambassadeur du roi à Londres. — Versailles, le 24 novembre 1766. — Document .« historiques j n* II.
* Le duc de Cboiseul à M. Durand. — Compiègne, le 16 septembre 1766. — Documejits historiques, n°II. Voyez encore une lettre du comte du Châtelet au duc de Cboiseul, du 22 avril 1768, et deux lettres du duc de Cboiseul au comte du Châtelet, du 25 avril et du 11 mai 1768.
s Le duc de Choiscul à M. Durand. — Compiègne, le 4 août 1767. — Documents historiques, n® II.
DUO DK CHOISEt'L.
sujet de l’élection de Wilkes une espèce d’action dans la ville de Londres où il a péri beaucoup de monde. Je n’ose me flatter que cela soit. Les Anglais ne se détruiront jamais entre eux autant que nous le voudrions1 La réflexion qui naît naturellement à l’oc-
casion de Wilkes est qu’il est singulier qu’une grande puissance comme la France ait des craintes d’un gouvernement assez faible pour n’oser corriger un membre de la lie de son peuple qui l’a insulté et qui le nargue *. » La fierté du duc de Choiseul s’emportait d’autant plus « contre les prétentions des Anglais à être les rois des mers et à réaliser à leur profit le fantôme de la monarchie universelle5. » Son bon sens se révoltait contre des vues « trop gigantesques pour être réalisables. » Il se refusait à croire leur puissance aussi grande que leur ambition, et dans son ardeur à chercher de mauvais présages, il voyait déjà l’édifice de la grandeur britannique dans l’Amérique et les Indes s’écroulant, sans pouvoi r découvri r comment s’accom plirai t la chute: « L’on a bien de la peine à gouverner les Étals dans le temps où nous vivons; encore plus de peine à gouverner ceux d’Amérique; la peine approche de l’impossibilité pour ceux d’Asie ‘...Je suis fort étonné que l’Angleterre, qui est un point très-petit dans l’Europe, domine sur plus
'Leduc de Choiseul au comte du ChAtelet. -Versailles, le 23 de mai 1768. — Documents historiques, n® II.
* Le duc de Choiseul au comte du Châtelet.— Versailles, lu 20 juin 1768. — Documents historiques, n* II.
a Le duc de Choiseul au comte du Châtelet. — Paris, le 5 mars 1763.— Documents historiques , n° IL
* Le duc de Choiseul à M. Durand.— Compïègne, le 4 août 1767 — Documents historiques, n* IL