‹ Thomas JeffersonChapitre 27 sur 212 · DUC DE CHOISEUL · texte numérisé non relu

DUC DE CHOISEUL

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leurs besoins; elle doit se rcslreindre à fournir au luxe, ce qui durera fort peu de temps, car le luxe amènera sûrement l’indépendance. 11 y aurait à raisonner sur cela pendant des années enlières; mais il est certain que tant que les vastes possessions américaines ne contribueront pas par des subsides au soutien de la métropole, les particuliers anglais s’enrichiront encore quelque temps avec le commerce de l’Amérique, mais l’État périra faute de moyens pour soulenir une puissance trop étendue; si , au contraire, l’Angleterre veut établir des impôts dans ses domaines américains , comme ils seront plus étendus et peut-être plus peuplés que la métropole, qu’ils ont la pêche, le bois, la navigation, le blé, le fer, etc , etc., ils se sépareront aisément de la métropole, sans crainte aucune de châtiment, car l’Angleterre ne pourrait pas entreprendre contre eux une guerre pour les châtier *. »

A ces mouvements impétueux de dépit et d’espérance, à cette foi impatiente dans la force des choses, à ces vues profondes bien qu’un peu confuses encore d’un esprit naturellement sagace et emporté, M. Durand opposait des considérations moins élevées, mais trèspolitiques. Provoqué à la contradiction par le duc de Choiseul qui craignait « d’abonder dans son propre sens, » il insistait à la fois sur les divers expédients auxquels le gouvernement anglais pouvait encore recourir pour satisfaire ou pour dompter les provinces rebelles, et sur les dangers auxquels s’exposerait la France en cédant à la tentation de les secourir ; il nf-

i Le duc de Choiseul à M. Durand. — Compü*gne, le 21 août 1767.— Documtnts hUtoriques, n° II.

52 CONSEILS DK M. DURAND (1707 .

Armait qu’il était imprudent « de calculer sur une révolution prochaine dans les colonies, 1 » plus imprudent encore de la fomenter; « car elle devrait avoir pour résultat de livrer les autres colonies de l’Europe à celles qu’un excès de force et de vigueur aurait détachées de la souche *. » — « Leur comité secret, » écrivaitil au duc de Choiseul, « lit passer, dans le fort de la contestation sur l’acte du timbre, un émissaire à Londres qui devait, dans de certaines circonstances politiques, se rendre en France. Je tiens ce détail d’un homme qui vit ici à qui j’ai répondu en riant et par forme d’acquit que nous ne contribuerions jamais a former une puissance qui serait redoutable à nos propres colonies, et (pie quand même elle nous offrirait l’Acadie entière pour y créer un établissement capable de défense pour nos îles, nous préférerions la paix avec l’Angleterre à des projets peut-être chimériques, et dont le succès pouvait tourner contre nous3.» Et M. de Choiseul s’empressait

1 M. Durand au duc de Choiseul. — Londres, le 30 août 1707.

' Documents historiques , n* II.

s M. Durand au duc do Choiseul. — Londres, le 3 septembre 1767.— Documents historiques, n* IL

* M. Durand au duc de Choiseul.- -Londres, le l*r décembre 1767. — Documents historiques, n* II. Conformant sa conduite à scs discours, M. Durand donnait à lord Shclburne, secrétaire d’Ktat dans le cabiuet de lord Chatham, les meilleurs conseils sur la conduite à tenir à l’égard des colonies : « Parlant du genre d’occupation qui avait consommé son temps, lord Slielburne mit dans le nombre les affaires d’Amérique. Je lui dis que celles-là étaient bien dignes de ses soins, que nous en verrions le succès avec plaisir, parce que nous sentions le # danger où seraient nos colonies, si celles de l'Angleterre rompaient jamais le lien qui les tenait unies à la métropole, qu'il était temps de faire entrer dans la constitution des parties devenues trop considérables pour être négligées, que la législa-

MISSION nu COLONEL HE KALI) (1768). 53

d’approuver M. Durand: « Vous avez très-sagement répondu »

On risquerait fort de se Iromper et sur les dispositions du peuple américain, et sur celles du gouvernement français, en attachant trop d'importance au « détail d raconté par M. Durand, et à la prudente réponse faite par le duc de Choiseul à la dépêche de son agent. Les Américains ne désiraient guère plus <|ue M. Durand l’intervention des puissances européennes dans leurs affaires ; M. de Choiseul ne voulait ni s’engager irrévocablement dans la voie où le poussait son instinct, ni renoncer définitivement à y entrer. Au mois d’octobre

1767, il avait envoyé en Amérique le colonel de Kalb pour étudier les ressources militaires des colons et les secrets desseins de leurs chefs. Au mois de janvier

1768, le colonel de Kalb lui écrivait de Philadelphie: « I/éloignement de ces peuples de leur gouvernement les rend libres et licencieux ; mais au fond ils ont peu de disposition à secouer cette domination par le moyen d’une puissance étrangère. Ce secours leur serait encore plus suspect pour leur liberté’. »

Ces renseignements étaient fort exacts. Le sentiment antifrançais était encore également vif en Amérique et en Angleterre. Une querelle entre la France et l’An-

tion à cet égard mise en ordre illustrerait le ministère anglais d’une manière bien plus solide et plus utile que des entreprises hardies, que des conquêtes. » — M. Durand au duc de Choi- • seul. — Londres, lp 14 août 1766.

* Le duc de Choiseul à M. Durand — Versailles, le 13 décembre 1767. — Documents historiques, n* II.

* Le lieutenant-colonel de Kalb au duc de Choiseul.— le 15 janvier 1768. — Documents historiques , n* III,

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