ACQUISITION
glelerre aurait encore suffi à réconcilier les colonies et la métropole, à imposer silence aux factions qui troublaient alors la tranquillité de Londres, et à réunir de nouveau toutes les forces de l’ein pire britannique contre l’ennemi commun, avant qu’il fût prêta recommencer la lutte'. Il y avait là un grand danger que AI. de Choiscul sentait très- vivement, mais contre lequel il se rassurait par son dédain pour les ministres dont lord Chatham n’était plus que le chef nominal : « J’espère qu’ils n’ont pas en eux le ressort nécessaire pour se servir do ce remède *, » et au moment oii il se montrait décidé à éviter avant tout une rupture immédiate, il ne craignait point de leur faire éprouver un amer déplaisir en s’emparant de la Corse: u Le public est occupé en Amérique», se disait-il « le gouvernement est faible, nous pouvons beaucoup tenter. » S’emparer de la Corse, c’était beaucoup tenter en effet, c’était mettre la patience d’un ennemi puissant à la plus rude épreuve qu'elle fût en état de supporter; mais ou ne va jamais ainsi jusqu’au bout de ce qu’on peut impunément entreprendre sans une secrète inquiétude. Celle de M. de Choiseul perçait dans
1 Le 18 novembre 1708, le comte du Châtelet, ambassadeur du roi à Londres, qui souhaitait une guerre avec l’Angleterre et une alliancu avec lea colonies américaines, écrivait lui mémo au duc de Choiseul, « que toute démarche précipitée de notre part pourrait réconcilier les colonies et la métropole et les réunir contre un danger commun. Mais, » ajoutait-il, « si la querelle peut aller jusqu’où elle à l’air de vouloir s’engager, il est impossible qu’il ne se présente pas mille circonstances dont il serait sans doute décisif de pouvoir profiter, et qui mettraient l’Angleterre au point de ne pouvoir jamais s’en relever. * — Voy. aussi Works of Franklin , t. VIII, p. 68.
* Le duc de Choiseul au comte du Châtelet. — Versailles, le 23 mai 1768.
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ses dépêches au comte du Châtelet, le nouvel ambassadeur du roi à Londres: « J’ai à vous rappeler combien il est essentiel que vous veilliez avec attention aux mouvements de la marine anglaise, afin que nous soyons avertis à temps. Au surplus, vous devez chercher à employer tous vos talents pour persuader le désir sincère du roi de prolonger la paix. » Puis il engageait le comte du Châtelet à se concerter avec le duc de Bedford, le négociateur du traité de 1703 et l’un des chefs du parti de l’administration, grand seigneur qui , par indolence, avait refusé une place dans le cabinet où il avait fait entrer ses clients, et qui par fidélité politique leur donnait parfois des conseils qui ressemblaient à des injonctions : « Dites lui que nous ne pouvons pas nous persuader que dans le moment où il tient et doit tenir le limon des affaires en Angleterre, il permette pour une misère de celte importance (l’affaire de Corse) la rupture entre deux nations qui ont besoin de la paix et qui la lui doivent. Si vous parvenezâ l'échauffer sur ce point, je crois, en cas qu’il ne soit pas changé, que vous pourriez le porter jusqu’à vous promettre qu’il fera tout ce qui est en lui pour empêcher cette rupture, d’autant plus que vous saurez bien écarter de son esprit, par la connaissance qu’il croit avoir de mon caractère, le soupçon de méfiance que l’on peut avoir cherché à lui donner sur mon compte*. »
Le gouvernement anglais ne manifesta sa sympathie intéressée pour les Corses qu’en leur envoyant des secours secrets qui restèrent infructueux, et n’eurent
1 Le duc de Choiseul au comte du Châtelet. — Versailles, 20 juin 1768. — Documents historiques , n* II.
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d’autre effet que de lui enlever le droit de reprocher à la France sa politique à l’égard de l’Amérique. De jour en jour la tentation de se mêler des affaires américaines devenait plus forte pour M. de Choiseul, et le comte du Châtelet se montrait à la fois un observateur plus sagace et un meilleur courtisan que M. Durand en écrivant à son ministre : « Il serait bien à propos d’avoir sur les lieux quelqu’un d’assez prudent et d’assez instruit pour pouvoir souffler un feu qui couve sous la cendre et qui ne demande qu’à éclater... S’il se trouvait dans la Nouvelle-York un homme du génie de Cromwell, cette république serait plus facile à établir que celle dont cet usurpateur fut le chef. Peut-être cet homme existe-t-il, peut-être ne manque-t-il plus que de quelques circonstances heureuses pour le placer sur un plus grand théâtre. C’est à la France et à l’Espagne à tâcher de les faire naître1. » — M. de Choiseul répondait :« Le roi a écouté avec plaisir le détail que vous me faites. Monsieur, dans votre lettre des connaissances que vous avez acquises sur les colonies anglaises. Sa Majesté me charge de vous mander de ne nous laisser rien ignorer de ce qui vous parviendra sur un sujet aussi intéressant *. »
1 Lo comte itu ChAielet au duc de Choiseul. — Londres, 12 mars 1708. — Documents historiques, n° II.
* Le duc de Choiseul un comte du Châtelet* -- Versailles 21 mars 1768. — Documents historiques, n* II. Peu de mois après, M. d i Châtelet obtenait de son ministre une approbation peutêtre plus explicite enrore de ses vues. Il avait écrit à M. de Choiseul : « Dans le cas d’une rupture, même prématurée et ouverte, entre les colonies et la Grande-Bretagne, la France et l'Espagne pourraient-elles rester spectatrices oisives d'une occasion qu’elles ne retrouveraient peut-être jamais?.... Avant