ETAT D’K.SPRIT DE SAMUEL ADAMS
Parmi les chefs (le l’opposition coloniale, Samuel Adams soûl avait le parti pris de secouer le joug de la * Grande-Bretagne, et depuis l'occupation de Boston par
les troupes anglaises en 1708, il poursuivait son dessein avec l’adroite prudence d’un politique et l’opiniâtreté inflexible d'un puritain ; mais, à Boston même, il était un phénomène isolé. Ni John Adams, ni Otis, ni Hancock, ne partageaient ses sentiments républicains, et en 1770, l’assemblée du Massachusetts conservait assez de modération et de sagesse pour nommer agent de la colonie a Londres Franklin, dont l’humeur conciliante et les ménagements pour le pouvoir étaient connus et excitaient même quelque méfiance parmi les patriotes peu éclairés.
Méüance très-injuste. Personne n’avait sur les droits des colonies et la nécessité de ne les compromettre par aucune concession de principe un avis plus arrêté. Personne ne savait plus Finement concilier l’accomplissement de ses devoirs officiels avec le soin de sa situation personnelle. Cette situation devenait d’ailleurs de plus en plus forte. Franklin avait désormais a parler ou nom de quatre colonies ; il se sentait saus cesse soutenu et poussé par ses commettants, et en môme temps que le bon vouloir du cabinet lui devenait plus indifférent et plus difficile à conserver, l’hostilité du Parlement pour les provinces américaines se marquait de jour en jour davantage, l’insolence des ministres dans leurs rapports avec le représentant des rebelles augmentait, les discussions s’envenimaient , et Franklin se sentait plus ardent pour la cause dont il était l’organe, moins bienveillant pour l’Angleterre, moins affligé par la perspec-
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tive d’une séparation. Mais, même après ce change* ment dans son attitude et dans ses dispositions intimes, il couserva longtemps le même rôle, celui de modérateur des Américains et de bon conseiller des ministres de George III ; « De la prudence, de la patience, de la discrétion, » écrivait-il sans cesse à ses amis ; « quand la catastrophe arrivera, il faut qu’il soit évident pour l’humanité tout entière que la faute n’est pas de notre côté a Et en 1773, trois mois avant l’émeute de Boston sur le thé, au moment où les passions et les vues de Samuel Adams commençaient à se manifester publiquement dans la Nouvelle-Angleterre, il écrivait encore : « D’après les journaux de Boston, il paraît y avoir parmi vous des esprits violents qui sont pour une rupture immédiate. J’espère que la prudence générale du pays saura voir que, dans une lutte prématurée, nous pourrions être écrasés, au point de ne pouvoir nous relever d'ici à un siècle. De même qu’entre amis tout affront ne vaut pas un duel, qu’entre nations toute injure ne vaut pas la guerre, de même entre les gouvernants et les gouvernés toute erreur de gouvernement, tout empiétement de droit ne vaut pas une révolte. Pour le moment il suffit, selon moi, de mettre en avant nos droits en toute occasion. N’en abandonnons jamais aucun, employons tous les moyens en notre pouvoir pour les faire comprendre par le peuple et lui en faire apprécier la valeur, cultivons l’harmonie entre les colonies, afin de leur donner un plus grand poids par leur union dans les mêmes senti-
1 Franklin au comité de correspondance dans le Massachusetts. Londres, le 15 mai 1771 Works of Franklin, t. VU, p. 522.