JOHN DICKINSON
alors plus qu’il ^accélérait la marche (les esprits. Tne polémique bientôt habituelle et amère s’engagea entre lui et John Dickinson, l’un fies délégués de la Pensylvaoie elle principal représentant de la politique de conciliation dans le congrès, homme considérable par sa grande fortune, par son renom de vertu, d’habileté et de patriotisme, par sa longue expérience du tempérament des provinces centrales, vrai personnage, très- ménagé par ses collègues, peut-être même un peu gâté par la déférence avee laquelle ses avis étaient habituellement écoutés, susceptible, méticuleux, facile à effaroucher et à buter. Sa conscience, sa prudence, son amour-propre se révoltaient à la fois contre la résistance que l’obscur représentant d'une province turbulente opposait à ses efforts pour éviter la révolution ou tout au moins pour ki rendre légitime aux yeux de tous ; il s’engagea d’honneur contre les tendances que représentait John Adams, et ces discussions prématurées contribuèrent beaucoup à empêcher le congrès d’abandonner la politique purement défensive aussi promptement que les intérêts du pays l’auraient exigé.
Cette politique avait déjà prévalu dans l’assemblée au moment où Jefferson vint y siéger pour la première fois *, en remplacement de Peyton Randolph que les fonctions de président de la chambre des bourgeois avaient rappelé à Williamsburg. Après de longues hésitations, le congrès s'était décidé à décréter la mise en état de défense des colonies *, à autoriser la formation d’un gouvernement provisoire dans le Massachusetts’, à adopter l’armée qui s’était spontanément réunie autour
1 21 juin 1775.—-* 20 mai 1775. — 3 9 juin 1775.
Hi ROLE DE JEFFERSON DANS IX CONGRÈS.
de Boston et à lui donner Washington pour commandant en chef . Mais, voulant en même temps circonscrire la guerre dans la province où elle était née, et conserver à la résistance de l’Amérique un caractère scrupuleusement constitutionnel, il avait recommandé à la cité de New- York de ne pas s’opposer au débarquement des troupes anglaises qu’on attendait dans cette ville J, et de respecter l’autorité du gouverneur royal; il avait résolu qu’une nouvelle pétition serait adressée au roi *.
Quelle que pût être l’opinion de Jefferson sur cette conduite un peu incertaine, il ne tomba pas dans la même faute que John Adains. Jeune , animé , sociable, sans prétention, toujours dispos, toujours prêt à mettre sa plume au service du congrès, et à sacrifier les ornements ou les emportements de son style pour aplanir les difficultés, il devint bientôt trèspopulaire dans l’assemblée où il était déjà connu comme l’auteur d’un spirituel pamphlet sur les droits de l'Amérique, et d’une réponse habile faite par la chambre des bourgeois de la Virginie au plan de conciliation de lord North *. 11 ne siégeait pas depuis huit
i H juin 1775. — * 15 juin 1775. — * 15 mai 1775. — * 26 mai 1775.
3 Après le rejet par le parlement du plan de conciliation préparé par lord C'hatham et Franklin (janvier 1775), le chef du cabinet anglais, lord North, en avait proposé et fait adopter un autre dont le vrai but était de diviser les colonies, en amenant des négociations séparées avec chacune d'entre elles. L'assemblée de la Virginie ayant eu à se prononcer la première sur les propositions insidieuses de lord North, les rejeta et chargea Jefferson d’exposer, dans une déclaration publique, les motifs de cette décision (juin 1 775). La pièce eut un si grand succès que lorsqu’un mois après, le congrès eut à statuer lui» même sur les propositions de lord North, Jefferson fut choisi pour rédiger la réponse de l’Amérique (22 juillet 1775).