‹ Thomas JeffersonChapitre 49 sur 212 · LE PARTI UE L'ACTION · texte numérisé non relu

LE PARTI UE L'ACTION

voix. Après le vote, bien que toute observation fût contraire à l’ordre, il ne put s’empêcher de se lever et d’exprimer sa satisfaction en finissant par dire : Il n’y a dans ce papier, Monsieur le président, qu’un seul mot que je désapprouve; c’est le mot congrès. Sur quoi Benjamin Harrison se leva et dit : Et moi, Monsieur le président, il n’y a dans ce papier qu’un seul mot que j’approuve; c’est le mot congrès *

Au milieu de ces discussions un peu oiseuses sur le plus ou moins de vivacité de tel ou tel papier d’État, Franklin restait silencieux, ayant peu de goût pour la polémique, et encore moins de confiance dans son efficacité; mais il ne laissait ignorer ses sentiments à personne, pas même à ses amis anglais, et comme pour les avertir qu’il ne s’associait pas de cœur à la pétition du congrès, il écrivait à l’un d’entre eux :

« Philadelphie, 5 juillet 1775. »

« Monsieur Slrahan,

« Vous êtes un membre du parlement et de la majorité qui ont voué mon pays à la destruction. Vous avez commencé à brûler nos villes età massacrer noire peuple. Regardez vos mains; elles sont teintes du sang de vos proches. Vous et moi nous avons été longtemps amis ; vous êtes maintenant mon ennemi, etjesuisle vôtre.

« Iî. Franklin »

Voulant aussi marquer sa ligne aux yeux du congrès par une de ces démarches hardies qui, venant d’uu

• 8 juillet 1775, — Auiübioyraphy. — Works of Jejftrson, t. I, p. 11. — 5 Works of Franklin, t. VIII, p. 155.

DANS U-: UONGBKS.

homme de sa sagesse el de son importance, font plus d’impression que des discours, il soumit à l’examen dé rassemblée un plan détaillé de confédération entre les colonies \ C’était proposer l’indépendance sans en prononcer le nom. Son projet ne fut pas pris en considération, el il n’était d’ailleurs très-probablement destiné qu’à semeç des idées. Le tempérament du congrès ne lui permettait pas encore d’aborder de front d’aussi redoutables questions. Indigné de ces hésitations et de ces lenteurs, piqué au vif par l’insolente modération de Dickinson, John Adams n’étàil plus maître de lui : il écrivit au général Warren : « Je suis décidé pour le coup à vous parler librement; certain richard au génie étroit, dont le renom est partout trompetté, a donné uu sot caractère à toute notre conduite. Nous ne sommes ni chair ni poisson. Voilà un mois que nous devrions avoir pris en main tous les pouvoirs législatifs, exécutifs et judiciaires dans le continent tout entier, que nous devrions avoir complètement modelé une constitution, organisé une flotte, ouvert tous nos parts, arrêté tous les amis du gouvérnement en Amérique, pris des otages pour la sûreté des pauvres victimes de Boston, et ouvert alors les portes aussi largement que possible à la paix et à la réconciliation. Cela fait, on aurait pu pétitionner, négocier, rédiger des adresses tant qu’on aurait voulu. Tout ceci est-il extravagant? Tout ceci est-il chimérique? N’est-ce pas la [dus saine politique* ? »

La lettre fut interceptée par les Anglais. Aussitôt publiée à Boston par ordre du gouverneur royal

i 21 juillet 1775. — * John Adams à J urne* Warren. Philadelphie, 24 juillet 1775. — Works of John Adams, t. II, p. III.

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