PUBLICATION DU SENS COMMUN
époque, révolté le sens moral d'une partie considérable de la nation : a Dans ce pays, » écrivait M. de Bonvouloir au comte de Guines, a beaucoup de gens tiennent encore au roi qui ne leur a pas fait assez de mal. Ils verraient avec inquiétude une nation étrangère se mêler de leurs affaires. Les lionnes têtes qui composent le conseil privé veulent gagner les esprits, et leur faire sentir le besoin qu'ils ont d’être aidés. En cela, je crois qu’ils sont prudents, Ils s'attendent d’avoir leurs villes détruites et leurs maisons brûlées, ce qui achèvera de faire abhorrer les léopards *. »
L’année 1776 s’ouvrit par le bombardement de Norfolk et la publication du pamphlet de Paine, intitulé le Sens commun \ Tous les sophismes inventés par les radicaux île tous les temps contre les institutions aristocratiques et monarchiques, toutes les raisons invoquées depuis trois mois [en faveur d’une séparation, étaient résumés dans ce petit écrit, publié à l’instigation de Franklin, avec une habile et populacière vivacité de langage. En quelques jours la haine de l’Angleterre et l’idée de l’indépendance firent de remarquables progrès dans les masses : « Encore quelques arguments enflammés comme ceux que l’on a lancés sur Norfolk, venant • appuyer la saine doctrine et les raisonnements irréfutables du Sens commun, » écrivait Washington le 3t janvier, «et le grand nombre ne sera plus en peine de se décider sur la convenance d’une séparation *. »
* M. de Bonvouloir au comte de Guines. Philadelphie, le 28 décembre 1775. Documenta historiques, n . IV.
* 1er janvier 1776. — 3 8 janvier 1776.
* Washington ù Joseph lleed. Cambridge, 31 janvier 1775.— Writings of Washington, t. III, p. 276.