‹ Thomas JeffersonChapitre 56 sur 212 · TIMIDITÉ DU CONGRÈS (FKY · texte numérisé non relu

TIMIDITÉ DU CONGRÈS (FKY

Le même esprit de temporisation et de tergiversation continuait cependant à paralyser la majorité du congrès, au grand détriment de l’armée qui manquait d’argent, de poudre, d’habits, de chaussures, de soldats, et au péril du pays qui restait livré à l’anarchie. Lorsqu’après deux mois de congé passés dans sa colonie natale, John Adams vint reprendre sa place dans l’assemblée, le 9 février 1776, il la trouva non moins rétive à ses conseils qu’au momeut où il l'avait quittée. Peu de jours avant son arrivée , les délégués du Maryland avaient reçu de leurs commettants l’interdiction formelle de se prononcer en faveur de l’indépendance 1 , et Franklin avait vainement fait de nouveaux efforts pour soumettre son plan de confédération à l’examen du congrès *. Malgré ses succès auprès du public, le parti de l’action était las et découragé dans l’assemblée. Malgré l’irréconciliable âpreté du discours prononcé par le roi, le 26 octobre 1775, à l’ouverture du Parlement, malgré l’acte du Parlement’ qui, assimilant les Américains à des ennemis, avait déclaré leurs vaisseaux de bonne prise, le parti de la conciliation s’acharnait encore à attendre les propositions des commissaires chargés, en vertu de la même loi, d’accepter la soumission des colonies repentantes et de gracier les rebelles venus à résipiscence. John Adams se remit en campagne avec une généreuse ardeur. L’évacuation de Boston par les Anglais ‘ vint bientôt rendre du cou-

i 11 janvier 1776.

* 16 janvier 1776. ,

* Décembre 1775.

08 I.E CONGRÈS OUVRE LES PORTS DES COLONIES, rage à scs amis et donner de l’autorité à ses brûlantes excitations. Chaque jour le fougueux athlète gagnait du terrain, mais pied à pied, et après d'amers débats. La course contre les Anglais fut autorisée1; les douanes britanniques furent supprimées; les ports américains furent ouverts à toutes les nations ; le commerce amé-> ricain fut déclaré libre , çt les derniers vestiges du vieux système colonial, les dernières marques de la dépendance coloniale, furent effacés *.

Ainsi entraînée à des actes qui supposaient la rupture de tout lien entre l’Amérique et la Grande-Bretagne ; la majorité du congrès n’en reculait pas moins devant la déclaration formelledu faitaccompli. Le mot de séparation éveillait en elle une sorte de terreur superstitieuse dont John Adams se raillait avec un amer dégoût dans une lettre écrite au général Gates , peu de jours avant l’adoption de la mesure décisive qu’il avait arrachée à ses collègues : « Nous avons fait jusqu’ici la gnerru à moitié ; vous verrez dans les journaux de demain qu’à l’avenir nous nous aventurerons probablement jusqu’à la faire aux trois quarts. La marine continentale, les marines provinciales, les corsaires sont autorisés à courir sus aux propriétés anglaises, dans toute l’étendue de l’Océan. Apprenez, pour votre gouverne, que ceci n’est pas l’indépendance. Bien loin de là! Si l’un des prochains courriers vous apporte la liberté illimitée du commerce avec toutes les nations, gardez-vous bien d’appeler cela l’iudépcndancç. Bien de pareil! L’indé-

1 23 mars 1776.

* 0 avril 1776.

DÉLIBÉRATIONS DI' GOUVERNEMENT FRANÇAIS. 99 pendancc est un spectre de si effroyable mine que sa seule vue donnerait des attaques à une personne délicate *. »

Les négociations avec les ennemis de la métropole sc poursuivaient cependant avec une félonne activité. •Le 3 mars 1770 , le comité de correspondance secrète avait pris sur lui d’envoyer à Paris M. Silas Deane, pour présenter directement à la France les offres d’amitié et les demandes de secours qu’il n’avait osé jusque-là faire parvenir à M. de Vergennes que par des voies détournées. Déjà transmises au gouvernement français, de Philadelphie par Bonvouloir*,,de Londres par Lee et par Beaumarchais 3 , de La Haye par Dumas les sollicitations des insurgent s américains étaient l’objet d’un sérieux examen dans les conseils de Louis XVI au moment où M. Silas Deane quittait l’Amérique.

M. de Raynevai, premier commis aux affaires étrangères, les résumait et les appuyait avec force dans un travail fait pour le ministre. La France avait , selon lui , beaucoup à gagner au démembrement de l’empire britannique, et n’avait rien à redouter, pour ses propres colonies, de l’indépendance américaine. Elle devait donc favoriser la cause des insurgents, d’abord

* John Adams au général Gates, 23 mars 1776. — Works of John Adams, t. I, p. 206.

s M. de Bonvouloir au comte, de Guines; Philadelphie, 28 décembre 1775. — Documents historiques, n° IV.- Celte lettre fut reçue le 27 février 1776.

3 Mémoire remis par Beaumarchais h M. de Vergennes, le 29 février 1776, pour être communiqué au roi. — Beaumarchais et son temps, par M. de Loménie, t. Il, p. 99.

* Dumas à Franklin, Utrecht, 30 avril 1776. — American diplomatie correspondence, t. IX, p. 260.

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