‹ Thomas JeffersonChapitre 7 sur 212 · ET MUSICAI. DE JEFFERSON. 1S · texte numérisé non relu

ET MUSICAI. DE JEFFERSON. 1S

mais atteint sous la main de l'homme à un semblable degré d 'élévation. Je confesse sans honte qu’à mes yeux ce rude barde du nord est le plus grand poète qui ait jamais existé. Rien que pour le plaisir de lire ses œuvres, je veux apprendre la langue dans laquelle il a chanté et posséder ses chants dans leur forme originale. .. Je vous prie donc de vouloir bien vous employer auprès de M. Mac Pherson afin d’obtenir en ma faveur l’autorisation de faire prendre une copie manuscrite des originaux qui sont entre ses mains. Je la voudrais écrile d’une belle main ronde, sur du beau papier, avec une bonne marge, reliée aussi élégamment que possible en parchemin, le titre sur le dos, et la tranche dorée ou marbrée. Peu m’importe ladépense... Le rayonnement chaleureux d’une belle pensée est pour moi d’un plus grand prix que l’argent. 1 »

11 n’y avait nulle affectation dans ces mouvements d’amour désintéressé pour les lettres, et si plus lard Jefferson se montre un peu plus préoccupé de se donner à bon marché les nobles plaisirs des arts, c’est qu’on est au milieu de la guerre de l’indépendance, et que, dans ces temps critiques, il faut bien ou se refuser absolument toute fantaisie trop coûteuse, ou tourner habilement la difficulté. Voulant se procurer l’agrément d’avoir chez lui des concerts économiques, il invente un procédé dont un Européen ne se serait certainement point avisé : « S’il est une jouissance que j’envie à un peuple quelconque en ce monde, c’est bien celle d’enleudre de la bonne musique, que

* 25 février 1773. — Works of Jefferson, t. I, p. 195,

U LF. XVIII' SIÈCLE

l’on goûte dans votre pays. I.a musique, c’est la passion favorite de mon âme, et le sort m’a jeté dans un pays où elle est encore dans un état déplorable de barbarie... Les limites d'une fortune américaine • ne nous permettent pas de prendre à notre service une troupe de musiciens; mais j’ai pensé que la passion pour la musique pouvait se combiner avec cette économie qui nous est imposée. Au nombre de mes gens à gages, j’ai un jardinier, un tisserand, un ébéniste et un tailleur; je voudrais avoir en outre un vigneron. Dans un pays comme le vôtre, où la musique est cultivée et pratiquée dans toutes les classes, je pense qu’il ne serait point difficile de trouver des ouvriers de ces diverses professions qui sussent jouer du cor de chasse, de la clarinette, du hautbois et du basson. On pourrait ainsi avoir un orchestre composé de deux cors de chasse, de deux clarinettes, de deux hautbois et d’un basson, sans rien ajouter à sa dépense domestique *. »

Idée assez plaisante, qui ne pouvait naître qu’au sein de la barbarie, mais qui n’en est pas moins inspirée par un besoin élevé des jouissances que donnent les arls en parfaite harmonie avec les goûts et les prétentions de la bonne compagnie européenne au xvme siècle! Jefferson ne voit l’Europe que de loin. Malgré son désir de rùniter, il n’est ni bien vite ni bien exactement au courant de ce qui s’y passe; mais il suit le mouvement général qui emporte les esprits dans l’ancien monde; le souffle philosophique du xvm* siècle l’ani-

I 8 juin 1*778. — Works of Jefferson, t. I, p. 209.

Page 1