WJ ARRIVEE DE JEFFERSON
tudier avec soin pour comprendre le rôle que Jefferson joua plus lard dans son pays, à la tête du parti démocratique. Ce fut à Paris qu’il apprit à détester la vieille organisation sociale de l’Europe et tout ce qui s’y rattachait encore en Amérique; ce fut à Paris qu’il prit en haine la puissance de l’aristocratie et du clergé qu’il avait jusque-là attaquée sans colère; ce fut à Paris qu’emporté par le mouvement philosophique du xvme siècle, cet çsprit naturellement aventureux s’enhardit jusqu’à la folie. Tout est mis en question sous ses yeux. Les grands problèmes de la science politique sont posés devant lui, et il les aborde avec une intrépidité présomptueuse et une assurance dogmatique qui tiennent autant de la légèreté que de la force, et qui indiquent plus de goût que d’aptitude pour les généralisations philosophiques. 11 veut se rendre compte de ses idées, de ses passions, de ses instincts, et il les exagère en les traduisant par des maximes tranchantes et hasardées qu’il a le bon sens de ne pas prendre trop au sérieux; il se lance dans des théories chimériques et anarchiques, sans perdre jamais entièrement, en présence des faits, dans le conseil ou dans l’action, cet esprit politique et cette intelligence de la liberté qu’il avait reçus en héritage de ses itères, et qui ont manqué à tous les radicaux français.
Il arriva le 6 août 1784 à Paris, porteur de ses instructions. Franklin ne put s’empêcher de leur faire un accueil un peu ironique : « Vous voyez, » écrivait-il à John Adams, a qu’on nous a taillé bien de la besogne. Nous avons à conclure en deux ans des traités avec quelque chose comme une vingtaine de puissances :