AMOUR- PROPRE NATIONAL
fait souvent injure; nos compatriotes abusent de cette vertu. Us ne se doutent pas assez de leur supériorité » Exagération imprudente, qui, dans toute autre bouche, passerait pour de l’ironie ! Jefferson la prenait fort au sérieux, et il attachait tant d’importance à trouver des arguments en faveur de sa thèse, qu’il invoquait à son profit les réformes comme les abus de l’ancien régime, l edit de 1787 pour rendre l’état civil aux protestants comme la révocation de l’édit de Nantes, et au lieu de savoir gré à Louis XVI du premier pas qu’il avait fait pour se rapprocher du principe de la liberté religieuse, il se donnait l’orgueilleux plaisir de montrer combien la France était encore éloignée du but que l'Amérique avait atteint : « L’édit sur les protestants, si longtemps attendu, vient enfin de paraître, » écrivait-il. «En voici une analyse. 11 reconnaît aux protestants le droit d’engendrer des entants, le droit de mourir, le droit de nuire à la salubrité publique quand on ne les enterre pas (jusqu'ici les lois leur refusaient ces divers privilèges). L’édit ne les autorise ni à penser, ni à parler, ni à prier Dieu. 11 énumère toutes les humiliations qu’ils continueront à subir, tous les fardeaux injustesqu’ils auront à supporter. Üue faut-il penser de la condition de l’esprit humain dans un pays où une aussi misérable coucession a causé des convulsions au sein de l'État? Et combien nous devons bénir notre situation, nous qui vivons dans un pays dont le plus ignorant campagnard est un Solon en comparaison des auteurs de cette loi * ! *
* Jefferson » William Kutledge; Paris, 2 février 178H. — Works of Jtjfenon, t. II, 350.
* Ibid.
DE JEFFERSON