ET SES COMPATRIOTES
tions étaient changées, les mœurs ne l’étaient point. C’était d’une réaction contre l’esprit de licence démocratique et d’égoïsme local qu’était sortie la constitution qui régit encore aujourd'hui les États-Unis; mais ce grand mouvement d’opinion, dont les résultats ont été si durables, était destiné à être lui-même éphémère comme toutes les réactions. Après s’être donné le frein qui le soutient et le contient dans ses écarts, le peuple américain devait se livrer de nouveau à sa pente avec plus d’assurance. Jefferson n’avait jamais cru aux dangers de la pente; il n’avait jamais cessé d’avoir confiance dans le déploiement naturel des forces et des {tassions nationales, et d’attribuer aune heureuse exubérance de vie les excès démocratiques qui avaient révélé aux auteurs de la constitution les périls contre lesquels il fallait défendre la société américaine, périls si grands que Madison avait pu s’écrier : « Si les leçons que nous avons reçues ne produisent pas sur l’esprit public l’impression convenable, ce sera la preuve que notre cas est désespéré1. » Jefferson n’avait vu que de loin le désordre intérieur auquel son ami faisait allusion, et, disait Washington, « il est presque impossible à ceux qui n’ont pas été sur les lieux de concevoir quels ont
été les dangers de notre situation' En formant
notre confédération, nous avions eu trop bonne opinion de la nature humaine. L’expérience nous a appris que, sans l’intervention d’un pouvoir coercitif, les hommes
1 Madison à Washington ; Richmond, 8 novembre 1786. — Writings of Washington , t. IX, p. 208.
* Washington à Jefferson, 31 août 1788.— Writings of Washington, t. IX, p. 427.