PIEUSE PRIÈRE
<^Paternoster. Ave Maria. Credo. 0 sainte Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit, trois personnes égales et coéternelles en un seul Dieu tout-puissant , aie pitié de moi , pauvre misérable pécheur , reconnaissant humblement devant ta haute majesté toute ma vie pécheresse, depuis mon enfance jusqu'à présent. {Examen de soi-même.)
« Et maintenant, bon et gracieux Seigneur, comme tu m'as accordé ta grâce pour connaître et avouer mes péchés , accorde-moi aussi , non les paroles du repentir, mais la contrition du cœur, afin que je renonce au péché pour toujours. Pardonne ces péchés, ainsi que ceux que ma raison , aveuglée par les sens , ne peut distinguer comme péchés. Illumine mon cœur, Dieu de bonté , et donne-moi ta grâce pour connaître mes fautes et m'en repentir; pardonne -moi celles que j'ai oubliées par négligence, et rends-les moi présentes à l'esprit, avec la grâce de les confesser sincèrement devant toi.
« Dieu glorieux , accorde-moi , malgré tout respect mondain , de reposer si fermement mon cœur en toi , que je puisse dire avec Paul, le saint apôtre : Le monde est crucifié pour moi, et je le suis pour lui. Vivre, pour moi, c'est la passion, et mourir c'est le salut. J'ai hâte de mourir pour me trouver avec Jésus- Christ.
« 0 Père tout-puissant, enseigne-moi à faire ta volonté. Fais-moi prendre le chemin de ta douceur. Prends-moi par la main droite, et conduis-moi dans le droit chemin , à cause de mes ennemis; car j'ai dit que je retiendrais ma langue comme avec une bride.
« 0 Dieu glorieux, ôte-moi toute crainte du péché, tout chagrin et toute pensée du péché, toute
espérance de péché, toute gaieté et toute joie de péché ; et, d'un autre côté, quant aux craintes, au chagrin, à l'oppression, au bien-être, à la consolation et au contentement qui peuvent être de quelque ayantage pour mon àme , agis envers moi , Seigneur , selon ta bonté infinie.
« Dieu de bonté, accorde-moi la grâce, dans toutes mes craintes et mes agonies, d'avoir recours à cette grande crainte et à cette merveilleuse agonie que tu éprouvas , mon divin Sauveur, sur le mont des Oliviers avant ta très-amère passion ; et dans la méditation dont elles seront l'objet, laisse-moi trouver un soulagement et une consolation salutaire pour mon àme.
« Dieu tout-puissant , enlève-moi tout esprit de vanité , de gloire ; tout appétit de louanges , toute envie , toute avidité , toute paresse , toute soif de vengeance , tout désir, toute satisfaction du mal d'autrui , tout plaisir à provoquer mes semblables à la colère , tout désir de blâme , d'insulte envers ceux qui sont dans la calamité et l'affliction.
« Donne-moi, bon Seigneur, un cœur humble, soumis , tranquille , paisible , patient , charitable , tendre et compatissant ; et puissent mes travaux , mes paroles, mes pensées être inspirés par ton saint Esprit.
« Donne- moi, bon Seigneur, une foi pleine, une
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ferme espérance , et une fervente charité , un amour pour toi, ô bon Seigneur, incomparablement audessus de l'amour pour moi, et que je ne puisse avoir d'affection qui te déplaise, mais que j'aime toutes choses pour l'amour de toi.
« Donne-moi, bon Seigneur, le désir d'être auprès de toi , non pour me soustraire aux calamités de ce misérable monde ou aux peines du purgatoire, ni même à celles de l'enfer, ni pour jouir des joies du ciel, ni pour aucun intérêt personnel, mais seulement pour l'amour de toi.
« Et accorde-moi , bon Seigneur, ton amour et ta faveur, que inon amour pour toi, quelque grand qu'il soit, ne pourrait pas mériter. Pardonne-moi, bon Seigneur, d'avoir la hardiesse de t'adresser une supplication si haute , étant si vil et si plein de péchés, et si indigne d'obtenir la moindre chose. 3Iais néanmoins, bon Seigneur, tel est le but de mes désirs, que je serais bien plus près d'atteindre si mes innombrables péchés ne m'en tenaient éloigné ; desquels, ô mon glorieux Sauveur, daigne, dans ta bonté, me laver avec le sang sacré qui s'est écoulé de ton côté divin pendant les longues souffrances de ton agonie pleine d'amertume.
« Délivre -moi, bon Seigneur, de cette tiédeur ou plutôt de cette froideur glaciale de méditation, et
de cette négligence dans mes prières. Donne-moi le ravissement, la chaleur et la vivacité quand je pense à toi. Et accorde-moi ta grâce pour que je désire tes saints sacrements, et surtout pour que je me réjouisse en la présence de ton corps divin , pour te remercier de ta gracieuse Visitation, et y participer virtuellement en ce jour, pouvant ainsi devenir un membre zélé de ton saint corps mystique, l'Église catholique - « Dieu tout-puissant , en considération de mon affection sincère , prends pitié de N. et de iV. , avec souvenir de tous mes amis selon l'occasion. Dieu tout-puissant, prends pitié de iV. et de iV. , et de tous ceux qui me gardent rancune ou qui me souhaitent du mal. Daigne corriger et redresser leurs fautes, ainsi que les miennes, parles moyens faciles, tendres et miséricordieux que ta sagesse infinie jugera les plus convenables, pour que nos âmes, ainsi purifiées , puissent se rejoindre dans le ciel , où nous te chérirons éternellement et vivrons avec toi et tes saints bienheureux. Accorde ces choses, ô glorieuse Trinité, pour l'amour de la passion amère de notre doux Sauveur Jésus-Christ. Donne-moi la patience dans les tribulations , et ta grâce pour conformer en toutes choses ma volonté à la tienne. Accorde-moi la grâce, Dieu de bonté , de travailler aux choses pour lesquelles je prie. Daigne, ô Seigneur, me garder en ce jour
du péché. Aie pitié de moi, ô Seigneur, selon ta grande miséricorde. Que ta miséricorde soit sur nous , comme nous avons espéré en toi. J'ai eu confiance en toi, ô mon Dieu; accorde-moi la grâce de ne jamais être confondu. »
Lorsque le lieutenant de la Tour entra à l'heure convenue, il le trouva tout prêt à le recevoir; mais voyant la belle robe de soie dont il était revêtu , il lui conseilla de l'ôter; car, dit-il, celui qui devait en profiter était un vaurien. « Comment, M. le lieutenant, dit Morus, dois -je considérer comme un vaurien celui qui doit me rendre aujourd'hui un si grand service ? Quand même ma robe serait de drap d'or, je trouverais convenable de lui en faire cadeau , ainsi qu'en agit saint Cyprien , qui donna au bourreau trente pièces d'or. >> Néanmoins, Morus céda aux représentations du lieutenant, ne voulant pas, par amitié, lui refuser une chose aussi peu importante (car les habits du prisonnier lui appartenaient) , et il mit une robe de frise. Cependant , du peu d'argent qui lui restait, il envoya un ange au bourreau ' .
A l'heure désignée (9 heures) il fut conduit au lieu du supplice, à Tower- Hill. Il avait, dit son
' L'ange était une monnaie d'or de la valeur de douze francs.
petit-fils , la barbe longue , le visage pâle et abattu ; mais son œil avait conservé toute sa vivacité. Il avait à la main une croix rouge et portait souvent ses regards au ciel. Arrivé au pied de l'échafaud, il le regarda d'un œil assuré , et comme il ne paraissait pas avoir beaucoup de force, il dit en souriant au lieutenant , en lui mettant la main sur l'épaule : « Je vous prie , Monsieur, de m'aider à monter j quant à descendre, cela me regarde. » Lorsqu'il fut sur l'échafaud il adressa quelques mots au peuple, qui s'était rassemblé en grande foule pour le voir et l'entendre ; mais il fut interrompu par le schérif . C'est pourquoi , en peu de mots , il demanda au peuple de prier pour lui et de porter témoignage qu'il mourait dans la foi et pour la foi de la sainte Église catholique, et loyal serviteur de Dieu et du roi. Ensuite il se mit à genoux et récita avec une dévotion fervente le psaume Miserere. Après quoi il se leva d'un air joyeux, et l'exécuteur s'étant avancé pour lui demander pardon , Morus l'embrassa et dit : « En vérité, tu vas me rendre aujourd'hui le plus grand service qu'aucun mortel puisse me rendre. Rassemble ton courage , ami , et n'aie pas peur de faire ton devoir. Vous voyez, ajouta- t-il, que mon cou est court, prenez donc garde de ne pas frapper à faux, pour l'honneur de votre réputation. » Lorsque le bour-
reau voulut lui bander les yeux , il dit : « Attendez , je vais le faire moi-même, » ce qu'il fit avec un mouchoir qu'il avait apporté exprès. Ensuite il s'agenouilla et exposa le cou sur le billot ; mais après un moment il releva la tête, et on l'entendit dire en dérangeant sa barbe : « Celle-ci , du moins , n'a pas commis de trahison. »
« Ce fut avec cette sérénité et cette joie spirituelle, ajoute son petit-fils, qu'il reçut le coup fatal, qui n'eut pas plutôt séparé sa tête du tronc, que son âme fut transportée par les anges dans le séjour de la gloire éternelle , où elle reçut la couronne du martyre , qui ne peut jamais périr ni se faner. »
Le vieux Cambden, malgré tous ses préjugés, est forcé de convenir que la conduite de Morus dans cette circonstance n'aurait pas été indigne des siècles primitifs de l'Église chrétienne. En parlant de sa sérénité dans ce moment d'épreuve, un autre écrivain remarque « avec quel enjouement il se déshabilla pour jouir du repos éternel. »
« La vertu souffrante , dit le père Southwell , ressemble aux précieuses gommes de l'Arabie, qui n'exhalent jamais plus de parfum que lorsqu'elles sont brisées et consumées. « Morus a été accusé de légèreté dans ce moment solennel. C'est une calomnie injurieuse qui ne mériterait que peu d'égard si elle
n'eût donné lieu à quelques phrases pleines des plus nobles pensées. « L'innocente gaieté par laquelle il s'était fait remarquer pendant sa vie ne l'abandonna pas à ses derniers moments. Sa mort fut en harmonie avec le reste de son existence ; on n'y découvrit rien de nouveau, de forcé ou d'affecté. 11 ne considéra pas sa décapitation comme une circonstance qui pût produire le moindre changement dans la disposition de son esprit ; et comme il mourut avec la ferme espérance de l'immortalité , il crut indigne de lui de manifester plus de chagrin et d'inquiétude que dans tout autre cas de sa vie ordinaire. » {Spectateur, n" 349. ) Selon , l'usage barbare de la loi , qui s'efforçait d'étendre sa cruauté au delà de la tombe , la tête de sir Thomas Morus fut placée sur le pont de Londres. Sa fille chérie, Marguerite , eut le courage de la faire descendre , afin de pouvoir nourrir son affection à la vue d'une tête si chère. Pour que le tombeau même respectât son amour, elle voulut qu'on l'enterrât avec elle après sa mort , qui arriva neuf ans plus tard. On dit que les restes de cette précieuse relique ont été retrouvés depuis dans le cimetière , conservant la place qu'ils avaient occupée autrefois sur son sein ' .
' Les détails suivants touchant cette intéressante relique pourront offrir quelque intérêt. Crésaire dit : « Après que sa tête fut restée environ un mois sur le pont de Londres , et lorsqu'on était sur le
Crésaire nous apprend que le corps de Morus fut , par ordre, enterré dans la chapelle de Saint-Pierre , dans l'intérieur de la Tour, près du corps du saint martyr Tévêque Fisher , qui avait été exécuté quinze jours auparavant. Hall dit qu'il fut enterré dans la même tombe que son ami et compagnon d'infortune , qui , de même que Morus , s'était assigné pendant
point de la jeter dans la Tamise pour faire place à d'autres qui souffrirent le martyre à cause de la suprématie , elle fut achetée par sa fille Marguerite, de crainte (comme elle l'aiïirma courageusement devant le conseil , lorsque celui-ci la fit appeler pour l'interroger à ce sujet) qu'elle ne devînt la proie des poissons. Elle l'enterra où elle le jugea convenable. La tète était bien reconnaissable par la vive expression du visage , qui pendant tout ce temps n'avait pas sensiblement changé. »
Le précis et véridique Wood (1G50) dit: « La tête fut secrètement achetée par ladite Marguerite et conservée précieusement par elle pendant quelque temps dans une boîte de plomb , où elle se trouve encore, dans le cercueil de Marguerite sa fille. «
Un écrivain du Gentlerrt.en's Magasine (1837) fait les remarques suivantes sur cette relique. « Dans le charnier de l'église de Saint- Dunstan (Cantorbery) , se trouve la sépulture de la famille des Uoper Par suite de quelques réparations , cette voûte a été récemment ouverte, et voulant m'assurer si le crâne de sir Thomas Morus y était réellement , je descendis dans le caveau , et le trouvai encore placé dans une niche , où on le voyait , depuis plusieurs années, enfermé dans une boîte de plomb ouverte par devant et garnie d'une grille de fer. » Cette notice est accompagnée d'une gravure sur bois représentant la niche grillée et le crâne qu'elle renferme.
sa vie une tombe que son corps ne devait jamais occuper.
Nous citons avec plaisir l'éloquent éloge qu'a fait de sir Thomas le savant et libéral Mackintosh. « De tous les hommes approchant de la perfection , sir Thomas Morus eut surtout un caractère particulier. Ses singularités , quoiqu'elles le distinguassent des autres hommes, ne dégénérèrent jamais en défauts. Il ne suffît pas de dire, en parlant de lui , qu'il était sans affectation , qu'il était simple , qu'il était naturel j le plus grand nombre des hommes vraiment grands l'ont été. Mais il y a quelque chose de particulier dans Morus , qu'on ne rencontre guère chez aucun autre et qui donne à toutes ses facultés et à toutes ses qualités l'apparence de produits indigènes. La simplicité de son enjouement met à l'abri du reproche d'ostentation. Il monta sur l'échafaud sans autre appareil que sa bonté domestique. La bienveillance sans raffinement avec laquelle il gouvernait son établissement patriarcal de Ghelsea , le mit à môme de contempler la hache sans être troublé par le moindre sentiment de haine contre le tyran. Ce fut ainsi qu'il accomplit de grandes actions avec simplicité et qu'il exprimait des pensées sublimes, parce qu'elles lui étaient familières. 11 semblait que ce caractère intime et ces vertus privées dussent perdre tout leur charme par la culture. Ce sont
ces qualités mêmes qui dépouillent de toute ambiguïté l'idée que nous nous formons de lui , et qui enlèvent à son genre de perfection cette froideur et cette généralité dont on revêt toujours l'homme parfait que l'on veut peindre. Ce qui tendra à exciter naturellement et bien profondément le regret des hommes vertueux de tous les siècles, c'est que la vie de cet homme admirable ait été soumise au pouvoir de celui qui se laissa rarement surpasser en méchanceté. Mais ce fut l'exécrable Henri lui-même qui servit à rehausser la magnanimité, le courage et la douceur de Morus. Si Henri eût été un monarque juste et miséricordieux, nous n'aurions pu apprendre à quelle hauteur peut s'élever la nature humaine. Les catholiques devraient voir, par l'exemple de Morus, que la douceur et la candeur sont les véritables ornements de toute croyance. Les protestants devraient apprendre l'humilité et la charité par l'exemple du meilleur et du plus sage des hommes, tombant dans ce qu'ils considèrent comme des erreurs fatales. Tous les hommes, dans les luttes terribles de factions ennemies, devraient, d'après un tel exemple, acquérir assez de sagesse pour craindre, en écrasant le plus exécré de leurs antagonistes , de rencontrer un Thomas Morus ; car assurément la vertu n'est pas Fapanage exclusif d'un seul parti ; et Morus nous offre une preuve évidente que les hommes qui approchent le
plus de la perfection ne sont pas à l'abri de l'erreur. Ceci doit donc nous convaincre du danger de haïr les hommes à cause de leurs opinions, ou d'adopter leurs doctrines par la seule raison que nous aimons et vénérons leurs vertus. »