‹ Thomas Sydenham: Sa vie et ses œuvresChapitre 12 sur 22 · PRET E · texte numérisé non relu

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ter, avait fondé en 1623 une chaire d’anatomie : l’un des statuts qui la concernaient visait la dissection d’un cadavre humain, à la session de Carême, si par bonheur et contre toute espérance, quelqu’un à cette époque s'était fait trancher la tête! « ... de cadavere humano, in assisis quadragesimalibus, si quem tum capite plecti contingeret (!) dissecando (1). » Thomas Clayton, premier professeur de cette chaire dès 1624, eut pour successeur son fils Thomas en 1647, et celui-ci céda la place à Guillaume Pettie en 1650.

En présence d’un enseignement médical aussi restreint, Thomas Sydenham dut demander beaucoup à ses propres efforts. Les circonstances vinrent bientôt lui permettre de se donner absolument à l’étude.

Au nombre des Collèges d'Oxford, il en était un de fondation grande et riche, et « d’un caractère exceptionnel à la fois par le nombre des légistes qu’il contenait, et par la totale exclusion des pensionnaires (2). » Il avait été fondé le 10 février 1437 par Thomas Chichley, archidiacre de Cantorbéry « en faveur de vingt écoliers ne disposant que de maigres ressources » et dont le nombre pouvait être doublé. Les statuts imposaient à ses membres de prier Dieu tous les jours « pour le salut éternel du roi Henri IV, d'Henri son père, de son aïeul Thomas, duc de Clarence. et surtout de ceux qui avaient donné leur sang et leur vie dans la lutte engagée depuis quelque temps contre la France pour la réduire en servitude (3). » Aussi le Collège avait-il reçu le nom de Coilegium omnium fidelium de Oxonia, et par abrévia-

niensia, Tit. IV, sect. 1, cap. 16. — (1) Wood, Historia, lib IL, p.44. — (2) Burrows, The Register, p. cxvi. — (3) Wood, His-

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tion Collegium omnium animarum (AI Souls’ College.)

Le Collège de-toutes-les-âmes avait donné à Charles I des preuves non équivoques de sa sympathie, durant la guerre civile. Une fois devenus les maîtres, les Parlemientariens « déversèrent sur ce Collège la pleine coupe de leur ire (1). » Le 2 octobre 1648, 16 de ses membres, au nombre desquels étaient deux agrégés, furent chassés (2), à raison de l’opiniâtre fermeté dont ils avaient fait preuve devant les visiteurs au mois de mai précédent {3}. Le lendemain dix nominations d’agrégés furent faites tout à la fois (4); l’une d’elles était en faveur de Sydenham ($).

Le Collège de-toutes-les-âmes se composait principalement d’agrégés ou de sociétaires (fellows) ayant un gardien (swarden) à leur tête. Il ne donnait aucun enseignement. En outre on y était assujetti à la vie commune; ses membres étaient résidents; du reste, en général, la non résidence ne procurait pas aux fellows de bien grands avantages. Thomas Sydenham y passa quelques années dans l’étude de la médecine (6); nous verrons plus loin à quelle époque il en sortit.

Thomas ne voulut pas se contenter des connaissances médicales qu’il avait acquises en Angleterre; il vint en

toria, lib. [, pp. 172-4 — (1) Burrows, The Register, pp. cxix-Cxx. — (2) Ibid., p. 194. — (3) Wood, Historia, lib. I, p.412. — (4) Burrows observe que ces mutations ne furent pas désavantageuses au collège, car elles lui valurent cinq agrégés distingués : Sydenham, Wren, le grand architecte; Millington, Pett et Trumbull (The Register, p. cxx). — (5) Ibid., p. 173. — (6) «Post annos aliquot in Palaestra academica insumptos... » Syd. Opera, ed. Gr., p.4. C’est probablement à cette période de sa vie que Sydenham fait allusion dans ce passage : «.. Medicus doctis- Simus candidissimusque Dr Doctor Millington (ejusdem mecum olim Collegii Socius, jam amicissimus).. » Ibid., p. 103. —

Chr France. L'Ecole de Montpellier était à cette époque une des plus célèbres du continent ; et si, en 1631, sarenom- “es n'eût pas volé jusqu’en Angleterre, le panégyrique qu'en fit alors le médecin Jacques Primerose dans une lettre publiée à Oxford (r), aurait suffi à exciter en faveur de cette école l’enthousiasme britannique. Né en France de parents écossais, Primerose avait étudié l’anatomie à l'Université de Paris sous la direction du fameux Riolan, puis il s'était fait recevoir docteur à Montpellier en 1617. Arrivé en Angleterre, après avoir obtenu la licence du Collège des Médecins (1629), ilavait voulu, au commencement de sa pratique médicale (1631), rendre publiquement aux Ecoles françaises l’hommage de sa reconnaissance. Il s’adressa donc à Thomas Clayton, le professeur royal de médecine à l'Université d'Oxford, et lui décrivitavec complaisance l’organisation de l’Académie de Montpellier, ses vénérables coutumes, pour en conclure qu’elle méritait d’être placée au premier rang : « scholam tam celebrem non nisi suo jure merito primatum inter cæteras sibi vendicare. » En vérité, on pouvait trouver ailleurs un bon enseignement: «etiamsi ab aliis exacte medicina doceatur ; » mais, ajoutait-il sur un ton qui pourrait passer pour celui de la réclame, on y traite les étrangers avec assez d’indulgence : « in gradibus tamen conferendis paulo sunt erga peregrinos indulgentiores ut quoslibet ad supremos honores admittant absque ullo severiori examine (2). »

(1) Academia Monspeliensis a Jacobo Primirosio Monspeliensi et Oxoniensi Doctore descripta. Ejusdem laurus Monspeliaca. Ad Clarissimum Doctorem Thomam Claytonem apud Oxonienses Medicinæ regium professorem, Oxoniæ, 1631.—.(2) Ibid.

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Et il ajoutait quelques échantillons de Pexamen subi par les récipiendaires. L'Ecole de Paris recueillait aussi des éloges, et fort délicats : « Habet quoque schola parisiensis suos ritus elegantissimos quibus nemo nisi Doctissimus admittitur ad medicinam (1). » La péroraison de cette lettre ne nous laissait rien à désirer: «.... Gallia nostra supremum artis fastigium est assecuta; nihil intenta tum reliquere, singulasque ejus parteis, ita ausim dicere, excoluere Galli ut principem in Medicinalocum obtineant.»

L'Ecole de Montpellier avait-elle conservé le droit aux mêmes éloges, vingt ans plus tard? Ce n’était pas l'avis de Jean Riolan, fils du célèbre anatomiste, lorsqu’en 1651 il publia contre cette Ecole sa diatribe violente et satirique des Curieuses Recherches, sous le voile de lanonyme (2). Mais il faut bien avouer que la fameuse querelle soulevée entre les docteurs de Paris et de Montpellier, lorsque Théophraste Renaudot, docteur de cette dernière école vint, au mépris du droit des docteurs parisiens, fonder au milieu d’eux son bureau de consultations gratuites en faveur des pauvres, avait excité démesurément la verve de Riolan, et qu’Astruc avait raison de trouver dans son livre les marques de la passion qui l'avait égaré (3).

Quoi qu'il en soit, un autre motif dut aussi attirer Sydenham à lEcole de Montpellier. Dès le milieu du xvu° siècle on y remarquait déjà un homme qui devait parvenir bientôt à une haute célébrité parmi les prati-

[Lettre-Préambule]. — (1) Ibid. — (2) Curieuses Recherches sur les Escholes en médecine de Paris et de Montpellier, Paris, 1051. — (3) J. Astruc a résumé cette dispute dans ses Mémoires pour servir à l'hist. de la Fac. de méd. de Montp., p. 262,

Line ciens. Charles Barbeyrac (1629-1699) était venu de son pays de Provence, pour faire couronner ses études de médecine à Montpellier par le doctorat, en 1649: c’est là qu’il s'établit. Sa qualité de protestant l’empéchait de prétendre à l’enseignement officiel. Néanmoins, en 1658, les chaires de Duranc et de Rivière étant devenues vacantes, Barbeyrac se mit sur les rangs. Les disputes qu'il soutint à cette occasion (1) «lui firent beaucoup d'honneur et sa réputation augmenta si fort qu’il fut en peu de temps le médecin de Montpellier le plus employé. Elle se répandit bientôt dans le royaume et dans les pays étrangers. On le consultait de toutes parts pour les cas les plus difficiles (2). » Me de Sévigné l’a immortalisé dans ses lettres. De Grignan, où la retenait la maladie de sa fille, elle avait prié le président de Moulceau de demander à Barbeyrac son avis sur les consultations qu’elle lui envoyait touchant cette maladie. « Votre ordonnance deM. Barbeyrac, » lui réponditelle, « et votre lettre ont eu des ailes, comme vous le souhaitiez; et il semble que cette petite fièvre qui paraissait si lente en ait eu aussi pour fuir aux approches seulement du nom de M. Barbeyrac (3). » L’enseignement privé de ce praticien était fort recherché: « La plupart des étudiants. tâchaient, autant qu’il leur était possible, de profiter de sa conversation. Il y en avait dix ou douze qui laccompagnaient tous les jours chez ses

Paris, 1767. [Ouv. posth. rev. et pub. par Lorry]. — (1) I en reste la trace dans la thèse suivante : Quæstiones medicæ duodecim.. quas, Deo favente, propugnabit. triduo integro sero et mane a die 4 mensis Dec. ad 0 inclusive, Carolus Barbeyrac..; Monspelii, 1658. — (2) L. Moreri, Le grand Dictionnaire historique, t. I, p- 1o1, Paris, 1759. — (3) Lettre du 4 fév. 1696: ne 1444 de l’éd.

malades. Il les entretenait, chemin faisant, de la maladie qu’ils venaient de voir et des remèdes qu’il avait ordonnés, et il leur répondait avec un jugement exquis et une présence d’esprit merveilleuses à une infinité de questions qu'ils lui faisaient sans cesse sur les plus importantes matières de la médecine : de sorte qu’on peut dire queles plus habiles médecins de l’Europe qui avaient fait leurs études à Montpellier de son vivant avaient été ses disciples. Il avait sur beaucoup de maladies des idées toutes nouvelles, mais claires et solides : sa pratique était admirable, fort simple et fort aisée; il l’avait débarrassée de quantité de remèdes inutiles qui étaient en usage avant lui, et qui ne servaient qu’à fatiguer les malades. Il n’en employait qu’un petit nombre de choisis et d’efficaces ; et c'était si à propos que jamais médecin n’a eu des succès plus heureux et plus surprenants... Il n'a laissé aucun écrit ni même des observations. il était si occupé qu’il ne lui était pas possible d’écrire… Le célèbre Locke, qui avait connu particulièrement Barbeyrac à Montpellier et qui était bon ami deSydenham, disait qu’il n'avait jamais vu deux hommes plus ressemblants dans la doctrine et les manières (1). »

Cette esquisse de Barbeyrac, la plus originale que nous connaissions, car Moreri en a emprunté le fond à des Mémoires manuscrits, vient appuyer les autres motifs de probabilité que l’on peut mettre en avant pour montrer que Barbeyrac et Sydenham ont eu des rapports immédiats. On ne saurait mettre en doute que Sydenham visità Montpellier: en 1733, P. Desault à fourni ce

Monmerque. V. aussi les ne 1441 et 1448. — (1) L. Moreri, loc.

témoignage précis d'un de ses vieux collègues: « Feu M. Emeric père... m'a dit avoir connu Sydenham à Montpellier, avec lequel il était d’une grande liaison, il avait même entretenu longtemps commerce de lettres avec lui; que c'était un homme d’un grand jugement et d’une probité reconnue, tel qu’on peut le juger par son estampe, mais bien mieux encore par ses ouvrages (1). » Devant la valeur historique de ce témoignage, nous avons quelque difficulté à concevoir qu’un professeur de l'Ecole de Montpellier (2) ait cru devoir être plus exigeant que les Anglais eux-mêmes (3). Les relations de Barbeyrac et de Sydenham n’ont pas été établies aussi nettement. Bouteille parlant de la méthode rafraichissante, dit que Sydenham « l’avait apprise à Montpellier de Barbeyrac (4). » En vérité, l'esprit si original et si pratique de Sydenham, tel qu’il apparaîtra dansla suite, pouvait-il mieux s’accommoder à Montpellier de tout autre que de Barbeyrac? Un moyen de preuve assurée eût été de comparer dans le détail les œuvres de ces deux grands praticiens. Malheureusement ‘ Barbeyrac n’a rien laissé lui-même. Tous les ouvrages publiés sous son nom (5), aussi bien que le manuscrit

cit. — (1) P. Desault, Dissertation sur les maladies vénériennes … avec deux Dissert., l'une sur la rage, l'autre sur la phthisie, p. 350, Bordeaux, 1733. — (2) J. Vignal, Comparer Sydenham et Stoll, et apprécier l'influence qu'ils ont exercée sur la médecine pratique, Th. d’agrég., p. 14, Montpellier, 1860. — (3) G. A. Greenhill, Vita Th. Syd., conscripta a C. G. Kühn, cum quibusdam auctis et emendatis, p. x (in : Th. Syd., Opera, ed. cit.) ; Latham, 7he Life., p. xx. — (4) Journal de Méd., Chir., Pharm., etc., par M. A. Roux, juin 1776, t. XLV, pp. 516-7, à Paris. — (5) V. dans Astruc (Mémoires, pp. 383-4) l’histoire du livre intitulé Traités nouveaus® de médecine, paru sans nom d’auteur à Lyon en 1684. Nous citerons à notre tour l’ouv. suivant dont Astruc ne parle pas:

ER en n° 467 de la Bibliothèque de l'Ecole de Montpellier (x), sont posthumes ; ils n’ont été composés que d'aprés lui. D'autre part, il serait imprudent de le vouloir juger uniquement sur sa thèse de concours.

L'époque précise du voyage de Sydenham à Montpellier est ignorée : il eut lieu vraisemblablement avant 1661, car les premières épidémies de Londres décrites par lui datent de cette année ; et dès lors, dans ses ouvrages, quiembrassent toute sa carrière de praticien, rien ne laisse supposer qu’il ait quitté son pays, même pour peu de temps. ;

Medicamentorum constitutio seu formulæ Caroli Barbeirac…. Editio altera, Lugduni, 1756, 2 vol. in-12. En réalité, cet ouvrage est un mélange des formules de Barbeyrac et de son neveu le Dr Sydobre ; et il n’est pas possible d’y faire la part de chacun. — (1) Observ. sur toutes les mal. selon le sent. et la prat. de Barbeyrac. In-4° sur pap. Ce manuscrit est du xvimte siècle.

poses

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