CHAPITRE Il
Ce fut vers 1656 que Sydenham quitta le Collège de toutes-les-âmes pour aller exercer la profession médicale à Westminster, l’un des quartiers de Londres : cette date est indiquée dans une lettre latine adressée par Sydenham au docteur Goodall en 1686 (1).
Trois sectes médicales régnaient à cette époque: « Les Galénistes dans le midi de l’Europe et dans la plus grande partie de la France, construisaient l’édifice entier de la Médecine sur les quatre qualités, et sur les remèdes qui leur étaient contraires. Mais parce que le commun des malades se plaignait deleur polypharmacie et de la faiblesse de leurs ressources contre les affections les plus violentes, il s’éleva en Allemagne une secte dite chimique, qui dédaigna de s’occuper des causes des maladies, jeta par-dessus bord les quatre qualités et ne fit que peu de fond sur la diététique. Cette secte faisait consister la perfection de la médecine dans de certains médicaments énergiques préparés par la chimie ; ses partisans abhorraient la section de la veine et la méthode
(1) «.. licet triginta annorum,et quod excurrit, spatium, quibus ego nonindiligenter in morborum observatione versabar.. » Opera,
PAIE purgative de Galien ; ils usaient de préférence des médicaments chauds, échauffants ou sudorifiques. La troisième secte dite de Sylvius, résultat du mélange de la secte chimique et de la théorie cartésienne, commençait vers cette époque à prévaloir en Belgique; peu de temps après elle régna même en Allemagne ; cette secte faisait consister les causes des maladies dans des fefments viciés, surtout dans l’âcreté et la viscosité, et elle recourait à des remèdes estimés contraires à ces causes: les alcalis fixes ou volatils, les substances aromatiques, les essences, plus tard les atténuants et le thé en infusion (1). »
Mais Sydenham « qui abordait la médecine avec un jugement droit et sans préjugé, et qui observait sans opinion préconçue (2), » reconnut bientôt que le meilleur moyen de sinstruire dans l'art médical était de le pratiquer, et «que le médecin qui mettrait toute l’application et tout le soin possibles à observer les phénomènes spontanés des différentes maladies serait le plus capable de tracer les véritables indications curatives. Telle est, » ajoutait-il, «la méthode que jai suivie sans réserve, bien assuré qu’en prenant la nature pour guide, je ne pourrais m'écarter jamais du droit chemin, de la simple largeur de longle, quand même elle me conduirait à travers des régions tout à fait inconnues (3). »
En 1660, Sydenham eut à souffrir de la goutte. Dès l’âge de vingt-cinq ans (1649) il en avait senti les premières attaques, mais cette fois les accès furent plus prolongés et plus douloureux qu'auparavant: « Pendant
ed. Gr., p. 482. — (1) Albert de Haller, Bibliotheca medicinæ practicæ, t. ll, p. 188, Berne, 1779. — (2) Ibid. — (3) Opera, ed. Gr.
deux mois de l’été, je dus tantôt m'aliter, tantôt me jeter sur mon lit. A la fin de l'attaque, je commençai à éprouver dans le rein gauche, — parfois aussi dans le droit, mais plus rarement, — une douleur sourde et obtuse. Après la convalescence, cette douleur me resta, plus vive à de certains intervalles, quoique toujours tolérable : je n'avais jamais eu de ces accès de coliques néphrétiques, accompagnés d’une violente douleur se propageant le long de l’uretère du côté de la vessie, et d'énormes vomissements. Mais malgré l’absence des signes d’un calcul rénal, j'avais des raisons de croire qu’une pierre assez volumineuse était logée dans le bassinet d’un de mes reins, que sa grosseur l’empêchait de pénétrer dans l’'uretère, et qu’elle était la cause des symptômes dont je viens de parler (1). »
Depuis plus d’un siècle, il n’était permis à personne de pratiquer la médecine à Londres, sans subir un examen spécial devant le Collège des médecins de cette ville. Afin de réprimer l’audace des charlatans qui pullulaient à son époque, Henri VIIT, pressé par les sollicitations de Thomas Linacre, avait, par des lettres patentes (2) datées du 23 septembre 1518, incorporé en un Collège perpétuel tous les hommes graves et instruits qui exerçaient alors la profession médicale à Londres et aux alentours dans un rayon de sept mille pas (3). Désormais personne ne pouvait plus, en dehors des membres du Collège, pratiquer la médecine à Londres p. 4 — (1) Ibid., p. 521. — (2) V. Munk, The Roll. t. [, pp. 2-6. — (3) En 1540, Henri VIII réunit les chirurgiens à la corporation des barbiers établie en 1272 par Edouard Ier, et il confera
au collège des chirurgiens-barbiers des privilèges semblables à ceux du collège des Médecins. (CF. Demog. et Mont., op. cit, pp.
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et à sept milles alentour, s’il n’en obtenait la licence à la suite d’un examen subi devant quatre censeurs élus annuellement au sein du collège (1). Quatre ans plus tard, afin d’obvier à quelques inconvénients que les lettres patentes n'avaient pas prévus, un statut d'Henri VIII vint étendre leur dispositif: le roi, sur la demande des membres du Collège, établissait qu’à l’avenir il ne serait accordé à personne de pratiquer la médecine en Angleterre, avant d’avoir été examiné à Londres par le président et trois membres élus ; seuls les gradués d'Oxford et de Cambridge étaient exempts de cette disposition nouvelle (2), du moins hors de Londres.
Sydenham se présenta aux censeurs du collège en 1663, et subit trois épreuves, le 24 avril, le 8 mai et les juin; il fut admis à la licence le 25 juin (3). On se demandera peut-être comment il put sans cette licence exercer son art durant sept ans : il est probable que, sous le protectorat de Cromwell, il dut à l’influence de son frère ainé de pouvoir s’en dispenser, et que sous Charles IT, de 1660 à 1663, la réputation honorable qu’il commençait à acquérir (4) était une garantie morale suffisante pour que l’examen des censeurs ne lui fût pas imposé incontinent.
Sydenham s'était appliqué tout d’abord à l’observation des fièvres (5) ; après de longues et de pénibles recherches il avait découvertune méthode de traitement si heureuse qu’elle lui avait valu les plus éclatants succès.
603-6). — (1) V. sur les origines du Collège : Munk, The Roll. t. L, initio. — (2) Ibid., pp. 7-10. — (3) Ibid., p. 309. — (4) Wood, Athenæ, t. I, col. 839. — (5) Opera, ed. Gr., p 4.
Ses amis le pressaient de la publier (1): il céda enfin et fit paraître à Londres, en 1666, l’ouvrage intitulé : Methodus curandi febres propriis observationibus superstructa, avec cette épigraphe : « Multa egerunt qui ante nos fuerunt, sed non peregerunt : multum adhuc restat operæ, multumque restabit : neque ulli nato post mille sæcula præcidetur occasio aliquid adhuc adjiciendi. » Seneca (2). L'ouvrage était divisé en quatre sections. 1. De febribus continuis. IT. De symptomatibus febres continuas comitantibus. TT. De Febribus intermittentibus. IV. De Variolis.Is’ouvrait parune dédicace fort élogieuse adressée au trés iilustre et très excellent Robert Boyle (3). Sydenham payait ainsi une dette de reconnaissance : c'était d’après le conseil du savant naturaliste qu’il s'était fixé à Londres, et celui-ci lui avait donné des preuves de sa sympathie en l’accompagnant à plusieurs reprises dans la visite de ses malades (4). Venait ensuite une courte préface où, dès les premières lignes, il montrait au médecin toute limportance des devoirs attachés à sa grande mission, et cela avec une élévation d’idées et une majesté de langage qui rappellent le beau serment d’Hippocrate : « Qui medicinæ dat operam, hæc secum ut serio perpendat oportet. Primo, se de ægrorum vita ipsius curæ commissa rationem aliquando
(1) Ibid. — (2) [bid., p. xvir. — (3) Latham(7he Life., p. xxx) trouve ces éloges excessifs. Mais Boyle était fort considéré de ses contemporains. Il fut un des principaux personnages à qui la Société royale de Londres dut sa naissance et ses progrès, et il resta toute sa vie l’un de ses membres utiles (Cf. The Works of R:3ert Boyle in six volumes. À new ed., t. 1, p. Lxix, London, 1772). D’ailleurs le savant Boerhaave, dont les éloges n'avaient rien de commandé, apprécie Boyle de la façon la plus flatteuse (Methodus discendi artem medicam [auctore Herm. Boerhaave], pp. 152-3, Londini, 1744). — (4) Opera, ed. Gr., pp. 7,8.
De
supremo Judici redditurum. Deinde quicquid artis aut scientiæ Divino beneficio consecutus est, imprimis ad summi Numinis laudem atque humani generis salutem esse dirigendum ; indignum autem esse ut cœlestia illa dona vel avaritiæ vel ambitus studio inserviant. Porro se non ignobilis alicujus aut contemnendi animalis curam suscepisse : ut enim humani generis pretium agnoscas, Unigenitus Dei Filius homo factus est, adeoque naturam assumptam sua dignatione nobilitavit. Denique, nec se commun ; sorte exceptum esse, sed iisdem legibus mortalitatis, iisdem casibus et ærumnis obnoxium atque expositum, quibus alii quilibet; quo diligentius, et quidem teneriori cum aflectu, ipse plane époiomaû ægrotantibus opem feïre conetur (1). »
Quant à la méthode de traitement des fièvres qu’il venait proposer, il pouvait « déclarer en toute assurance qu’elle avait reçu le contrôle d’une expérience multipliée (2). » Elle n’était point l’œuvre de l’empirisme : au contraire, il croyait l’avoir établie sur des raisons solides (3). « J'ai tout raconté, » dit-il, « avec franchise et sans aft (4). » |
Dès le début de son livre, Sydenham traçait avec soin les indications de la saignée, des vomitifs, des calmants, des purgatifs et des cordiaux, puis il ajoutait : « La fiëvre est l’instrument dont se sert la nature pour séparer les parties impures du corps des parties restées pures. Au début de la maladie, et même à sa période d’acmé, cette séparation ne s’accomplit que d’une manière imperceptible ; maisau déclin elle devient manifeste, comme
(1) Ibid., p.22. — (2) Ibid., p. 23. — (3)Ibid.,p, 39, note 1. — (4) Ibid., p. 22.
le témoigne urine. La coction de la matière fébrile n’est pas aûtre chose que ce mouvement de séparation. » Puis, faisant allusion à la pratique inconséquente des médecins de son temps : « Si vous voulez, » dit-il, « hâter cette séparation, n’allez pas vous jeter avec empressement sur je ne sais quels remèdes tempérants ; abandonnez à lui-même le mouvement fébrile, aussi longtemps qu’il ne mettra pas le malade en danger ; est au déclin de la fièvre, lorsque la séparation de la matière morbide sera visible, qu’il faudra par des remèdes plus chauds ressaisir le mouvement fébrile, afin de mener à bout cette séparation avec plus de rapidité et d’assurance (1). » Au reste, la méthode qu’il proposait n’était pas rigoureusement uniforme. Il fallait savoir la modifier suivant la saison, le caractère médical de l’année, le tempérament des malades (2); ainsi l'usage de la saignée dans les fièvres du printemps était bien loin d’exiger les mêmes précautions que dans les fièvres d'automne (3).
Si le manque d'observations individuelles ne permet pas de déterminer précisément à quelles espèces morbides appartenaient les fièvres continues qui font l’objet de la première section, il est probable cependant que les affections typhoïdes y avaient au moins autant de part que les affections palustres. Depuis iongtemps les mœurs hygiéniques de la cité étaient déplorables. « Les maisons étaient pour la plupart en bois, noires, irrégulières et mal construites; chaque étage supérieur dépassait l'étage
(1) Ibid., pp. 49-50. — (2) Ibid., p. 68, note, col. 1. — G)#ibid,, p. 66, note, col. 2.
NT inférieur, de sorte qu’elles se touchaient presque par le haut, et fermaient l'accès à un air pur et aux rayôns du soleil (x). » En outre, les rues étaient « tortueuses, coudées ; le plus grand nombre étaient non pavées (2). » Erasme nous apprend de quelle façon elles étaient tenues : le témoignage du célèbre érudit est d'autant plus précieux qu’il affectionnait l'Angleterre; il avait longtemps professé les lettres dans ses Universités, et il avait conservé pour l'esprit et les mœurs de ses habitants une telle sympathie qu'il va jusqu’à écrire plus d’une fois dans ses lettres qu’il se sent tout transformé en Anglais. Or, écrivant un jour à François, médecin du cardinal Wolsey, il s’épanchait confidentiellement en regrets sur la malsaine architecture de Londres et la saleté de ses rues. « Presque partout, » dit-il, « le sol est fait d’une argile servant de matrice à des joncs de marais; et cela forme une croûte qui reste parfois intacte pendant vingt ans, conservant sous elle des crachats, des matières vomies, de l’urine des hommes et des chiens, de la bière, des restants de poisson, et d’autres ordures que je ne veux pas nommer. Le temps vient-il à changer ? Il se dégage d’un sol pareil une vapeur que je ne crois pas du tout salutaire. » Malgré cela, les Anglais « n’ontpas le moindre souci de lexposition qu’ils donnent à leurs portes ou à leurs fenêtres. La plupart des chambres sont disposées de telle façon que la ventilation en est tout à fait impossible. leurs parois sont garnies de carreaux de verre qui donnent bien accès à la lumière mais non pas au grand air; tandis qu’à travers les fentes de ces mêmes parois il filtre
(1) A.-M. Bureaud-Riofrey, Londres ancien et moderne., p. 33. Paris, 1839. — (2) Ibid.
une brise parfois pestilentielle, que les chambres conservent longtemps (1). »
En outre « il y avait peu d’égouts et de conduits souterrains. Dans quelques rues étroites où les immondices étaient accumulées, des chaînes étaient tendues à l'entrée pour indiquer qu’on ne pouvait les traverser (2). » Il y avait en effet dans le centre même de la ville un grand nombre de voieries (/ay-stalls) ou places où l’on permettait d’accumuler les boues et les immondices (3). De temps en temps, quand les amas étaient en quantité sufhsante, des chariots passaient pour les enlever. « Dans plusieurs endroits de la ville existaient des mares stagnantes et infectes (4). » Les personnes riches ne manquaient pas de porter sur elles des objets imprégnés de substances aromatiques ou de vinaigre pour se prémunir contre les exhalaisons malsaines. Malcolm raconte que lorsque le cardinal Wolsey quittait son appartement privé « il avait en main, suivant sa constante habitude, une orange vidée de son contenu, et garnie d’une éponge imprégnée de vinaigre, afin de se préserver de l’infection quand il traversait la foule que sa splendeur attirait près de lui (5).» Il n’y avait pas là simplement un excès de délicatesse de la part du trop fastueux cardinal : « Sous le règne de Jacques If", les environs de la Cour même étaient si sales que les dames
(1) Desid Erasmus Rot. Opera omnia, t. II, pars post., in app. col. 1815. Ep. ccccxxxu [S. 1. n. d.], Lugduni-Batavorum, 1703-6. — (2) Bureaud-Riofrey, loc. cit. — (3) Blane, Observations on the comparative Prevalence, Mortality & Treatment of different Diseases (Medico-chirurgical Transactions, vol. IV, pp. 102-3, London, 1813). — (4) Bureaud-Riofrey, loc. cit. — (5) J.-P. Malcolm, Anecdotes of the manners and customs of London, t. 1,
DA N qui s’y rendaient se plaignaient de ne pouvoir les traverser sans de grands inconvénients, et surtout sans emporter sur elles ces insectes parasites qui sont ordinairement le partage de la misère (1). »
L’approvisionnement d’eau à Londres ne laissait pas moins à désirer. Sous le règne de Jacques I, « il s’operait de trois façons. Une partie de l’eau arrivait aux conduits publics... par des tuyaux souterrains, de Tyburn; une autre était puisée dans la Tamise, au moyen de roues hydrauliques et d’autres instruments de ce genre ; cette eau était polluée, comme devait l'être de l’eau puisée au Pont-de-Londres. La troisième source d’approvisionnement était encore plus dangereuse: dans tous les faubourgs et probablement aussi dans un grand nombre de maisons de la cité même, le peuple demeurait sur des puits. Or, ce que deviennent les puits au milieu des habitations, et surtout d’habitations sales, nous le savons à présent (2). »
La deuxième section de la Méthode était consacrée à étude des syndromes qui Viennent compliquer les fièvres continues : Phrenitis ; Pleuritis ; Febris Symptomatica Vernalis ; Tussis ; Narium hœmorrhagia; Singultus ; Diarrhæa ; Ileus.
La troisième section traitait des fièvres intermittentes. Sydenham les divisait en deux classes, les vernales etles autumnales, et les étudiait séparément, car, disait-il, « je n'hésite pas à croire qu’il y a entre ces deux classes
pp. 159-160, London, 1811. — (1) Bureaud-Riofrey, loc. cit. — (2) W.-J. Loftie, À history-of London, in two vol., t. [, p. 354, London, 1883.—V. aussi: T. Bateman, Reports on the diseases of Lon-
node de fièvres une différence de nature, c’est-à-dire une diffé rence essentielle (1). »
Les fièvres intermittentes étaient depuis longtemps en Angleterre un véritable fléau. En 1558, dit-on, elles « étaient si communes et si meurtrières que l’on ne pouvait trouver assez d’hommes pour faire la moisson, et une partie de la récolte fut perdue faute de mains pour la recueillir (2). » Parfois, elles étaient épidémiques. A Londres et dans les contrées voisines, au temps de Sydenham, elles étaient assurément endémiques: il y avait en particulier dans le voisinage de la cité un vaste marais appelé Moorfeld. Jusqu'à l’époque du grand incendie de Londres, en 1666, les fièvres intermittentes
furent une cause puissante de mortalité ; plusieurs grands personnages y succombèrent, entre autres Jacques I et Cromwell. Après cette époque, elles devinrent très rares : « La ville était sortie de son enceinte; des constructions nombreuses commençaient à lier Londres et les villages voisins, et presque toutes les terres marécageuses » y compris le ‘vaste marais de Moorfield « étaient desséchées et couvertes d'habitations (3). » Ces événements, comme l’observe Lombard, déplacèrent le maximum de la mortalité saisonnière. Jusque-là « les fièvres d’accès occasionnaient un grand nombre de décès surtout en été et en automne (4). » L'hiver était la saison la plus saine; puis venaient, par ordre de salubrité décroissante, le printemps, l'été et lautomne. Après le dessèchement des marais, la mortalité finit par devenir
don, p. 16. London, 1819. — (1) Opera, ed. Gr., p.72. — (2) Bureaud-Riofrey, Londres, p. 38. — (3) Ibid., p.42. — (4) H -C. Lombard, Traité de Climatologie médicale, t. IV, p. 554
SLA hivernale, comme dans le reste de l’Angleterre, et l'été devint l’époque de la plus faible léthalité. Lombard observe, en s'appuyant sur des tableaux mensuels publiés par Süssmilch, de 1732 à 1747, qu’à cette époque le déplacement de la mortalité maxima s'était réalisé (1).
Il est une autre cause de l’abaissement de la léthalité due aux fièvres intermittentes, et dont les climatologistes ne semblent pas avoir beaucoup tenu compte : c’est lintroduction de lécorce du quinquina dans la thérapeutique de ces fièvres. Nous trouverons plus loin une occasion de revenir sur ce point.
La quatrième section de la Méthode traitait de la variole. Sydenham le premier en distinguait deux espèces : la discrète et la confluente. On sait le beau commentaire qu’a donné Trousseau (2) de cette description si pleine d’exactitude. Le traitement que proposait Sydenham n’était pas moins remarquable. S’élevant avec force contre la pratique de son temps, il mettait nettement en relief les fâcheux effets du régime chaud sous toutes ses formes (malades trop couverts; remèdes chauds, cordiaux), et à quelque moment que ce soit de la maladie (3). Les arguments qu’il puisait dans l’observation la plus vulgaire n'étaient pas ceux de moindre valeur ; que d’exemples il connaissait de malades en délire qui s’étaient arrachés à la mort en s’exposant d'eux-mêmes au froid de la nuit, ou en buvant del’eau fraiche (4) ! Et il cite le fait suivant. Un jeune homme encore dans la fleur de l’âge était tombé malade de la
Genève, 1877-80. — (1) Loc. cit., ett. [, p. 440. — (2) Clinique médicale de l'Hôtel-Dieu de Paris, 3e éd., t. I, pp. 1-35, Paris, 1868. — (3) Opera, ed. Gr.; pp. 133-4. — (4) Ibid, p. 145.
y variole ; en peu de temps il survint du délire. La garde, obligée de s'éloigner momentanément, avait confié le malade à des voisins. Ceux-ci ne tardèrent pas à constater la mort. Il faisait chaud : le cadavre du jeune homme était gras; afin de prévenir la mauvaise odeur, on le retira du lit et on l’exposa nu sur une table, couvert d’un simple linceul. Cependant la garde revient, reçoit la pénible nouvelle, et, pour rassasier sa tristesse, découvre le linceul... Mais voici qu’elle croit apercevoir sur ce visage de légers signes de vie ! Aussitôt elle reporte dans son lit le prétendu cadavre, et à force d’industrie elle finit par le ramener à la vie. Peu de jours après, le jeune homme était en pleine santé (r).
Ce fut entre le 24 mars et le 7 mai de l’année 1666, que parut la Méthode. Elle porte, en effet, simplement la date de cette année; or, l’année anglaise, à cette époque, commençait le 24 mars (2); néanmoins, afin de se mettre en accord avec les Etats catholiques qui avaient accepté en 1582 la réforme du Calendrier grégorien, on désignait par une double date le millésime des mois de janvier, de février et de mars : la première des deux, parti-
A notre avis, c’est bien assez de cette déclaration pour n’avoir pas à tenir compte de la réclamation de priorité formulée par le Dr Crane, en faveur de l’un de ses aïeux, praticien de Cambridge, mort en 1652. (V. la lettre du Dr Crane insérée dans 7'ke Gentlemans Magazine for June 17090, p. 509). Le praticien en question, J. Crane, « apothicaire renommé, » avait guéri de la variole, en 1628, Edouard Hyde, comte de Clarendon, alors âgé de vingt ans. (V. Mémoires de lord Clarendon [traduits par F. Guizot],t. I, p. 13. Paris, 1823-4) — (1) Opera, ed. Gr., pp. 145-6. — (2) Aux premiers temps du christianisme, l’équinoxe du printemps était fixé aw#25 mars. On sait qu'Hippocrate plaçait le commencement de l’année médicale au 21 mars. Romulus prit le rer mars pour le premier jour de l'année civile ; après lui Numa Pompilius y subs-
ot culière aux Anglais, rattachait ces mois à l’année précédente. — D’autre part, le 7 mai 1666, les Transactions Philosophiques (Philosophical Transactions), publièrent le compte-rendu de la Méthode; c'était une marque de considération. Les Transactions étaient l’organe de la Société Royale de Londres. Cette compagnie célèbre avait existé en germe, dès 1645, lorsque quelques savants de Londres s’assemblèrent en réunions privées « pour examiner et discuter, à exclusion des questions politiques ou théologiques, des sujets de philosophie, et de toutce qui, dans les autres sciences, pourrait s’y rapporter... Après diverses vicissitudes.... la société avait pris un nouvel essor sous la Restauration en 1660 (1). » Charles IT, après lui avoir offert d’être l’un de ses membres (2) (16 oct. 1661), l’avait incorporée par lettrespatentes du 15 juillet 1662, en lui donnant le nom qu’elle devait porter désormais de Regalis Societas (3). Les Philosophical Transactions, dont on décida la publication mensuelle le 1% mars 1664-65, parurent cinq jours après (4). Eîles étaient donc dans la seconde année de leur existence lorsque parut la Méthode. Soit l'influence de Robert Boyle, membre du Conseil de la société, soit la nouveauté remarquable du livre, le savant recueil n'avait pas tardé à faire à celui-ci les honneurs d’un compte-rendu (5). Mais celui qui l'avait rédigé ne pouvait pas être plus sobre d’éloges à l'égard d’un auteur qui avait déjà signalé l’application de sa méthode par de
titua le 1er janvier. — (1) T. Birch, Z'he history of the Royal Society of London, €t. I, pp. 2-3, London, 1756-7. — (2)Ibid., p. 50. — (3) Ibid, p. 88: — (4) Ibid., t. Il, p° 18. — (5) Pxrlo-
sophical Transactions giving some accompt of the present undertakings, studies, ans Labours of the Ingenious in many considerable
M RCE nombreux succès ; surtout, l’œuvre de Sydenham, encadrée dans cette pâle analyse, y apparaissait incomplète : les principes qui servaient de base au célèbre guérisseur des fièvres n'étaient pas mis suffisamment en relief. Cette notice était l’œuvre d’un homme ignoré, Oldenbourg, du moins si l’on s’en rapporte aux décisions du Conseil de la société qui confiaient au secrétaire le soin de rédiger les Transactions, sauf examen des numéros par quelques membres du Conseil qui accordaient ensuite la permission d'imprimer (r).
La Méthode ne tarda pas à se répandre; dès 1666, on limprimait à Amsterdam. se
Plus tard, Sydenham fit la connaissance de deux hommes avec qui il conserva jusqu’à la fin les rapports d’une franche amitie : Jean Locke, celui-là même que rendit célèbre en philosophie son système sensualiste, et un médecin de Londres, Jean Mapletoft.
Né en 1632, Locke (2) étudia d’abord à l’école de Westminster (1646-1652), puis il entra à l’Eglise-du- Christ (Christ Church, Ædes Christi), l’un des collèges d'Oxford, avec la qualité de fils de gentilhomme « generosi filius. » [l y demeura huit ans. On le regardait « comme le plus habile et le plus ingénieux jeune homme qui fût dans le collège (3). » C'était particulièrement dans les études de médecine et de physique générale
party of the World, t. I, 1665-6, Munday, 7 mai, p. 210. — (1) Birch, The history., t. Il, p. 18 — (2) V. sur Locke : Wood, Athenæ, t. Il, col. 1046; Jean Le Clerc, Bibliothèque choisie, t. VI pp. 342 etsuiv., Amsterdam, 1705; W. W. Grenville, Oxford and Locke, London, 1820; King, The Life of John Locke... new ed., in two vol., London, 1830; John Brown, Locke and Sydenham (Horæ subseciræ, ed. cit.) ; et surtout F. Bourne, op. cit. — (3) Le Clerc, op. cit., p. 346. :