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La quatrième section exposait la constitution épidémique de 1669 à partir du mois d’août, et de 1670, 1671, 1672. (Cap. 1). Plusieurs maladies s’y montrerent dans l’ordre suivant : 1° Un choléra-morbus qui ne dépassa pas les premières semaines du mois de septembre 1869 (Cap. 11). 2° Une dyssentérie qui commença à peu près en même temps, mais qui dura pendant toute la constitution actuelle. En même temps se montrèrent, mais seulement jusqu’à l’entrée de l’hiver de 1669, des tranchées sans déjections (Cap. 11). 3° Avec les tranchées et la dyssentérie parut une fièvre d’un nouveau genre : « À la réserve des évacuations alvines et des symptômes qui en dépendent, cette fièvre semblait tout à fait de même nature que la dyssentérie (1). » En outre « elle eut la même durée (2). » De là le nomque Sydenham lui a donné, de fièvre dyssentérique (Cap. 1v). 4° Vers le mois de janvier 1670-71 se montra une rougeole qui disparut en juillet (Cap. v); cette rougeole frayait la voie à $° une variole d’un caractère nouveau, très différente des varioles de la constitution précédente, et que Sydenham appela variole anomale de la constitution dyssentérique (3). « Pendant toute la durée de cette constitution si fortement caractérisée par la dyssentérie épidémique, les varioles traitées par un régime trop échauffant se terminaient par une dyssentérie ; je n’avais, » dit-il, « jamais vu le fait, même une seule fois (4). » Apparue presque en même temps que la rougeole, cette variole anomale se prolongea durant toute la constitu-
(1) Ibid., p. 178.— (2) Ibid., p. 181.— (3) Ibid., p.161.—(4)lbid., PP. 19o-1.
tion; mais, aussi bien que la fièvre dyssentérique, elle écai à la dyssentérie, car on en trouvait encore quelques cas disséminés de forme bénigne au commencement de l’été de 1673 (1) (Cap. vi). Sydenham termine par l'étude d’une maladie chronique : la colique bilieuse des années 1670, 1671, 1672, parce qu’elle était précédée des mêmes symptômes fébriles que la dyssentérie d'alors, quand elle n’en était pas une terminaison (2) (Cap. vin).
Sydenham prend occasion des services que lui rendit le laudanum liquide combiné aux purgations, dans la dyssentérie de la constitution précédente, pour faire l’eloge de ce médicament : « De tous les remèdes, » dit-il, « que le Tout-Puissant a donnés au genre humain pour adoucir ses misères, il n’en est point qui ait, au même titre que l’opium, la propriété de combattre un aussi grand nombre de maladies ou même de les guérir... sans lui, la médecine serait boiteuse et manchote ; le médecin qui saura s’en servir obtiendra des résultats dépassant toutes les espérances qu’on a jamais pu fonder sur un seul médicament. Car il serait bien peu au courant des vertus de ce remède, celui qui ne lui en accorderait pas d’autres que de procurer le sommeil, de calmer la douleur, et d'arrêter la diarrhée; comme le glaive de Delphes, il peut servir à bien d’autres usages ; c’est le meilleur des cordiaux, pour ne pas dire le seul, que nous connaïssions à présent (3). »: La formule du laudanum liquide em-
(1) Ibid., p.352. — (2) Ibid., p. 194. — (3) Ibid., pp. 174-5. T. Search, au siècle dernier, a écrit que « Sydenham était appelé opiophilos. » (V. The Gentleman’s Magax., for January 1788, p. 34.
ployé de préférence par Sydenham, ramenée aux poids français, répond à peu près à celle-ci :
Vin d’Espagne . . . . . . . 490 grammes OPERA 62 — SAÉTAN SRE Phone MEET ESC 31 —
Poudre de cannelle.
— declousde girofle . RARES
Faites infuser le tout au bain-marie pendant 2 ou 3 jours jusqu’à consistance sufhsante ; filtrez et gardez pour l'usage (1).
La section v des Observationes traçait l’histoire de la constitution épidémique pendant l’année 1673 à partir de juillet, et pendant les années 1674, 1675 (Cap. 1).
était la constitution la plus irrégulière que Sydenham eût vue jusque-là; elle durait encore au moment où il écrivait. 1° La fiévre continue qui la caractérisait se terminait le 14° jour ou au plus tard le 21°, quand elle était convenablement traitée. Au premier rang des symptômes était un état comateux qui dans certains cas se prolongeait pendant plusieurs semaines; d’autres fois, c'était un délire tranquille (2). Sydenham qualifiait cette fièvre du nom de comateuse (3) (Cap. 11). 2° Au mois de janvier 1673-74 apparut une rougeole, différente de la rougeole régulière de la constitution précédente : l’éruption s’y faisait, non plus exactement le 4° jour, mais plus tôt ou plus tard; en outre, elle commençait par les épaules et le tronc, au lieu de la face (4) (Cap. ). 3° Comme la rougeole de 1670, elle fut bientôt suivie de la variole; celle-ci offrait les particularités sui-
(1) Opera, ed. Gr., p.174. — (2) Ibid., pp. 207-8. — (3) [bid., p. 217. — (4) Ibid.
op ee , vantes : « Les pustules parvenues à maturité répandaient une telle odeur que Sydenham pouvait à peine s’approcher des malades ; leur évolution était plus lente ; enfin elles mettaient à disparaître beaucoup plus de temps que Sydenham n'avait jamais vu (1) (Cap. 1v). 4° Vient enfin la description d’une toux épidémique survenue au commencement de novembre 1675; Sydenham estime qu’elle n’était pas d’une autre nature que la fièvre continue décrite précédemment, parce qu’elle commençait, comme elle, par de la douieur de la tête, du dos et des membres (2) (Cap. v). Il termine par un ensemble de considérations sur la difficulté de reconnaitre exactement la nature de la fièvre caractéristique de telle constitution. Souvent l’examen des maladies épidémiques qui règnent au même moment pourra tirer d’embarras. Mais dans les cas difficiles, il faut recourir aux finesses de la clinique; et c’est alors aux médecins les plus capables de découvrir les symptômes les plus délicats et de peser avec soin toute leur valeur, qu’il appartient de juger en dernier ressort : « cautissimis et minutissima quæque pensiculatim trutinantibus (3). » Jusque-là Sydenham avait étudié les fièvres stationnaires, essentiellement dépendantes des constitutions épidémiques, et durant comme elles un certain nombre d'années. Dans la section v, il étudie un autre genre de fièvres « se mêlant indifféremment aux précédentes, et les unes aux autres, dans le cours de la même année (4); » il les appelle pour cela fièvres intercurrentes. Ce sont : la fièvre scarlatine (Cap. n) ; la pleurésie
(1) Ibid., p.219.— (2) Ibid., p. 226.—(3) Ibid., p. 236.—(4)Ibid., p. 230.
Se (Cap. nr); la fausse péripneumonie (pneumonie pseudo-lobaire d'aujourd'hui, — Cap. 1v); le rhumatisme (Cap. v); l'érysipèle (Cap. vi) ; langine (Cap. vu), et quelques autres fièvres auxquelles d'habitude on ne donne pas ce nom, bien qu’en réalité le symptôme sous lequel elles sont voilées serve de conclusion à un état fébrile (1) : Sydenham n’étudie, de ce dernier groupe, que lépistaxis et l’hémoptisie.
L'ouvrage se terminait par une table analytique composée soigneusement par l’auteur.
Sydenham avait-il eu sous les yeux un modèle des Observationes ? on ne le peut afhrmer. Guillaume Baillou, au siècle précédent, avait écrit l’histoire des épidémies qui régnèrent à Paris de 1570 à 1579; la première édition des œuvres complètes du célèbre médecin français ne parut qu'en 163$; êt cinq ans après l’érudit Thévart faisait imprimer à part les deux-livres d’Epidé- . mies et d'Ephémérides (2). Pour notre part, peu disposé que nous sommes à refuser à Sydenham les avantages d’une érudition médicale telle qu’on la peut supposer dans une aussi belle intelligence, nous croyons que Sydenham avait eu connaissance des œuvres de Baillou ; mais cela n’enlève rien à l'originalité profonde des vues exprimées par Sydenham dans ses Observationes. Nous ne nous arrêterons pas à discuter la priorité de cet ouvrage sur le récit des constitutions médicales de Londres laissé par des contemporains de Sydenham, Willis et Morton, quoiqu'ils aient pris de plus haut
(1) Ibid., p. 267. — (2) G. Ballonii.…. Epidemiorum et Ephemeridum Libri duo..., Parisiis, 1640.
l'histoire de ces constitutions (1) : leurs œuvres ne furent publiées qu'après les siennes, celles de Willis en 1682, celles de Morton en 1696.
S'il est vrai que l’œuvre de Sydenham parut la même année à Strasbourg (2), Locke qui séjournait encore dans le midi de la France ne put avoir néanmoins que longtemps après un exemplaire des Observationes. Il avait quitté Montpellier depuis quelques mois, lorsqu'il écrivit de Paris, le 22 juin 1677, au D' Mapletoft, résidant au collège Gresham: « Mes devoirs, je vous prie, à tous mes amis sur votre chemin, et particulièrement au D' Sydenham. Le temps me durait jusqu’au moment où j'ai laissé Montpellier. Car malgré toute l’habileté et toute l’industrie que j'aie pu mettre en œuvre, il m'a été impossible de me procurer son ouvrage à Montpellier, mais seulement la semaine après mon départ. Je me réjouis d'apprendre qu’il gagne chaque jour du terrain, quoique ce ne soit pas toujours le sort de la vérité, surtout quand on commence à la répandre. Peut-être pourrai-je lui raconter ce que pensent ici de cet ouvrage quelques hommes de talent. Au reste, j'imagine qu'il est trop satisfait de la vérité de son livre, et du dessein qui le lui a fait publier, pour se
(1) Willis signale, vers l’automne de 1657, une fièvre épidémique qu’il met au nombre des intermittentes; au printemps suivant, une fièvre catarrhale qui dura un mois et demi; et, au commencement de l'automne de 1658, une fièvre qui se montra dans toute l’Angleterre, et dont il fait aussi une fièvre intermittente (Thomæ Willis. Opera omnia,t. I, pp. 138-148, Amstelædami, 1682). Morton fait l’histoire d’une fièvre synoque ou rémittente dont il fut lui-même atteint, et qui dura de 1658 à 1664. (Opera medica, pp.319-320, Lugduni 1606).— (2) D’après J.-J Man-
get, Bibliotheca scriptorum medicorum veterum atque recentiorum, t. IV, p. 334, Genevæ, 1731.
A mettre en peine du bien qu’on en pense. Cependant on goûte d'ordinaire une vive et louable satisfaction à voir les arbres que nous avons plantés nous-mêmes jeter leurs racines et grandir (1). »
Peu de temps après la publication de son livre, Sydenham, malgré soh indifférence pour les honneurs académiques, voulut consacrer son œuvre aux yeux de ses rivaux en se faisant recevoir docteur en médecine. A cette époque Guillaume son fils aîné étudiait depuis environ deux ans à l’Université de Cambridge, dans le collège Pembroke où il était pensionnaire (commoner) (2). Sydenham s’y rendit. Nous ignorons s'il eut à subir épreuve des leçons solennelles ou improvisées que les candidats au doctorat avaient à faire sans doute à Cambridge, comme à Oxford, sur les textes de Galien. Mais assurément ses œuvres aussi bien que les succès professionnels qui l’avaient rendu célèbre dans le monde médical lui avaient valu depuis longtemps le jus incipiendi in faculiate medicine (3). Il fut donc admis au degré du doctorat le 17 mai 1676. Le diplôme était ainsi libellé : « 17 mai 1676.Thomas Sydenham ex Aula Magd. infra Universitatem Oxoniensem admissus ad gradum Baccalaurii in Medicina in prædicta Universitate 14° die mensis aprilis À. D. 1648, in Colleoium nostrum admissus est die et anno supra scriptis » (4).
(1) The European Magaz., 1789 (Vol. XV), p. 10.— (2) Cf. Munk, The Roll, t. I, p. 475; et Latham, The Life... p. xxxvi. — (3) C'est-à-dire « de commencer dans la faculté de médecine, de lire, de disputer, et de remplir toutes les autres fonctions qui appartiennent au grade de docteur... suivant la formule latine que prononce encore aujourd’hui le vice-chancelier en posant le livre
sur la tête de l’admissible. » Demog. et Montucci, De l'enseign., p. 98. — (4) Latham, The Life., p. xxxvir.
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L'année suivante, 1677, Sydenham tomba malade. « Au commencement de cette année, » dit-il, « je fus atteint d’une hématurie fort pénible qui reparaissait au moindre mouvement ; peu de temps après, la goutte me tourmenta de ses plus cruelles douleurs : elle était moins articulaire que viscérale ; il s’y joignait de la prostration des forces, de la perte d’appétit, de l’œdèmedes membres inférieurs, et quelques autres symptômes de la même gravité. Je m’abandonnai à mon mal, convaincu que s’il devait m'être funeste, je serais ainsi délivré des malheurs de la vie plutôt que privé de ses biens. Je passai donc trois mois sans sortir ; ensuite j’allai passer à peu près le même temps à la campagne, afin de me rétablir. À l’automne je retournai au sein de ma famille ; mais ’état de ma santé ne me permit pas de reprendre la visite des malades pour le reste de l’année (x). » Ailleurs il nous donne de plus longs détails sur sa maladie: « Dans l’hiver de 1676, je m'étais promené longtemps à la suite d’un grand dégel; bientôt après je rendis de l’urine sanglante. Le même fait se reproduisait toutes les fois que je voulais fournir une longue course à pied, ou aller en voiture sur le pavé, pour si lente que fût l'allure des chevaux ; il cessait au contraire lorsque j'allais en voiture sur la grande route, même pour un long trajet. Il semblait, chose effrayante, que je rendisse du sang presque pur ; mais peu de temps après la miction le sang se rassemblait en grumeaux au fond du vase, tandis que les couches supérieures devenaient limpides et prenaient l’aspect de l’urine. Je me fis faire une sai-
(1) Opera, ed. Gr., p.279.
gnée du bras assez abondante; et, après quelques purgations générales, je pris des remèdes rafraîchissants et analeptiques ; en même temps je me mis à un régime convenable, évitant les liqueurs acides, âcres, et affaiblissantes. Mais ces remèdes et bien d’autres qu’il serait trop long d’énumérer, furent inutiles; d’autre part je craignais d'employer les eaux ferrugineuses pour solliciter l'issue d’un calcul trop volumineux; surtout j'avais vu quelques vieillards de ma connaissance se donner la mort en recourant vainement à des eaux de ce genre; je perdis donc tout espoir et me décidai à ne plus rien essayer ; je me contentai seulement, pour prévenir le retour de ces hématuries, d'éviter autant que possible tout mouvement corporel. Mais un jour je me rappelai combien on m'avait vanté la vertu lithontriplique de la semence de frêne, et je vins à penser que si telle était la vertu de la semence il était vraisemblable que la manne de frêne possédait cette vertu encore davantage... Je fis donc dissoudre deux onces et demie de manne dans deux livres de petit-lait que je me mis à boire, enavalantde temps en temps un peu de suc de limons... C’est à peine si je puis dire combien le remède soulagea la sensation pénible que j’éprouvais dans la région des reins : car jy avais auparavant, non pas une douleur continuelle, mais une sorte de sentiment pénible, de forme gravative. En présence d’un tel résultat, je repris le même purgatif deux fois par semaine à jour fixe pendant quelques mois; après chaque purgation je me sentais mieux. Enfin, je devins capable de supporter de rudes cahots en voiture, et l’hématurie cessa (1). »
(2) Ibid., pp. 521-3.
RL
Locke ayant appris l’état de son ami écrivit de Paris au D' Mapletoft le 9 août 1677 : « J'apprends de vous et d’autres personnes que notre bon ami le D' Sydenham 2 eu beaucoup à souffrir de plus d’une maladie. J'espère qu’à cette heure il est entièrement remis, et qu’il est retourné à ses anciennes occupations et à sa clientèle. J’en ai grand souci, et pour le public et pour mon propre intérêt. Veuillez me rappeler bien aimablement à lui, et dans votre prochaine lettre, ayez la bonté de me dire comment il va... » Il était sans doute au moment de recevoir de meilleures nouvelles, car on lit dans le post-scriptu@m: « Je suis bien aise d'apprendre que le D' Sydenham est débarrassé de ce long accès. Rappelez-moi très amicalement, je vous prie, à son souvenir... (1) »
Nous ne savons rien de Sydenham depuis ce moment jusqu’en décembre 1679. Le 30 de ce mois, un de ses amis, le D' Robert Brady (2), professeur regius de médecine à l'Université de Cambridge, lui écrivit (3) pour le féliciter de ses Observations, lui demander s’il avait continué cette histoire si intéressante des constitutions médicales de Londres, et dans ce cas d’en faire part au. public ; linterroger sur ce que l’expérience lui avait appris touchant les indications du quinquina, dont il se servait lui-même depuis environ vingt ans; et lui demander enfin s’il ne pouvait pas lui indiquer un autre traitement du rhumatisme que celui de la saignée, mentionné dans les Observationes.
— (2) V. sur R.
1) The European Magaz., 1789 (Vol. XV), p. 89. — (2) V. A : Munk, The Roll., t, I, p. 418. — (3) Th. Syd. Opera, ed. Gr., pp. 273-4.
Sydenham répondit de Londres à son ami sur ces différents points, le 7 février suivant (1679-80) (x). Il traçait d’abord année par année l’histoire des maladies épidémiques qui avaient régné à Londres depuis le commencement de l’année 1676 jusqu’à celui de l’année 1680. Toutefois il ne dit rien de l’année 1677, car une hématurie grave l’avait enlevé entièrement à ses occupations professionnelles durant toute cette année (2). A propos de la recrudescence des fièvres intermittentes en 1678, il fait l’histoire médicale du quinquina (3). Il termine par un chapitre sur le traitement du rhumatisme, où il a « substitué avantageusement à la saignée la diète de petit-lait (4). »
Il est curieux de comparer le jugement que Sydenham portait sur le quinquina dans son épitre à Brady, avec ce qu’il avait écrit sur la précieuse écorce dans ses œuvres antécédentes. Ce rapprochement, pour être compris, veut être commenté avec les événements contemporains.
Le quinquina avait été importé du Pérou en Espagne en 1632 (5), mais les médecins espagnols ne l’administrèrent pour la première fois qu’en 1639 ; ils continuèrent à n'y faire pas grande attention. En 1643 l'écorce arriva à Rome sous les auspices du cardinal espagnol Jean de Lugo; et le premier médecin du pape, apres plusieurs essais, prononça sur elle un jugement favorable. L’année du grand jubilé 1650 permit aux Pères Jésuites d’aller puiser à Rome dans les provisions
(1) L’autographe de cette lettre est conservé à la bibliothèque du collège Caïus à Cambridge (Latham, The Life., p. Lvu). — (2) Opera, ed. Gr., p. 279. — (3) Ibid., pp. 281-292. — (4) Ibid.,
pp. 299-300.— (5) Sébastien Badus, Anastasis corticis Peruviæ, seu Chinæ Chinæ defensio.…, p. 202, Genuæ, 1663.
CES considérables d’écorce qu'avait apportées le provincial d'Amérique, et de la disséminer en Europe à leur retour. Toutefois le quinquina ne semble avoir été introduit en Angleterre que vers 1655. Autant que Sydenham s’en souvient, on l’employait à Londres à cette époque contre les fièvres intermittentes, surtout les quartes. Mais il ne tarda pas à tomber en désuétude, car on le donnait alors peu d'heures avant l’accès, et dans ces conditions il tuait parfois le malade; en outre, ceux dont l'accès avait été prévenu à temps n’arrivaient pas au quatorzième jour sans avoir une récidive (1). Badus ajoute, en l’appuyant d’une fine histoire (2), une troisième raison qu'il tenait du légat de Gênes auprès de Charles II, Jean Durazzo, et qui a été confirmée par Morton (3). Le quinquina était entré en Angleterre sous le nom de Poudre des Jésuites, ce qui l’avait fait passer aux yeux des protestants anglais pour un remède diabolique. Combien de temps dura la disgrâce du quinquina en Angleterre? Il est &’autant plus difficile de le dire que pendant quelque temps les praticiens conçurent à son égard des opinions divergentes. En 1659, Brady commençait à l’employer à Cambridge avec succès (4) ; et
(1) Opera, ed. Gr., pp. 282-3. — (2) Il s’agit de deux dames anglaises atteintes de fièvres intermittentes, et qui après avoir essayé bien des remèdes, et consulté bien des médecins, n’osèrent pendant longtemps recourir à la poudre, pensant que rien ne pouvait sortir de bon des Jésuites. Mais pressées par le al, elles finirent par s’en servir, et la fièvre céda comme par enchantement. Elles en conclurent que les Jésuites n'étaient donc pas si mauvais que les ministres le leur avaient dit, et qu’ils méritaient une meilleure opinion. (Cf. Sébastien Badus, op. cit., pp. 149-150); — (3) Opera, ed. Lugd. cit., p.213. — (4) Th. Syd., Opera, ed. Gr.,
en 1663, au témoignage de Morton «il prenait rang parmi les médicaments salutaires et des plus efficaces (1). » En revanche, Sydenham, dans la Méthode de 1666, la trouvait insuffisante à prévenir les retours d’accès, dangereuse dans certains cas, pouvant, il est vrai, rendre des services, mais plutôt à la phase de déclin de la fièvre, aux époques de moindre épidémie, et à la condition d’être prudemment et habilement maniée (2). Et il adjurait l’homme, — s’il y en avait un, — qui avait le secret de guérir radicalement les fièvres intermit tentes, de le publier pour le bien de lhumanité (3).
Il semble que Sydenham visait par là un ancien apprenti d’un pharmacien de Cambridge, qui se servait avec succès d’une préparation secrète de quinquina dans le pays marécageux de l’Essex (4). En 1671, Talbor, — c'était son nom, — quitta ce pays pour venir fixer sa résidence à Londres (5); Sydenham, dans cet intervalle, avait maintenu dans la Méthode de 1668 ce qu'il disait du quinquina dans l’édition précédente (6). Ce fut en 1675, dans les Observationes que Sydenham commença à exprimer à l'égard de l'écorce du Pérou une meilleure opinion : il la donnait alors en prises fréquentes, de faible quantité, et assez loin des accès (7). Dans ces conditions le remède procurait au malade deux ou trois semaines de répit ; mais il demeurait toujours incapable de prévenir les récidives (8). Enfin lEpitre à
(1) Opera, ed. Lugd. cit., p. 217. — (2) Opera, ed. Gr., p. 80, note. — (3) [bid., p. 79: — (4) Georges Baker, Observations on the late intermittent fevers; to which is added a short history of the Peruvian Bark (Medical Transactions published by the college of Physicians in London, t. III, p. 207. London, 1785). — (5) Ibid., pp.
207-8. — (6) Opera, ed. Gr., p. 80, note. — (7) Ibid., pp. 82-3. — (8) [bid., p. 82.
Brady vint montrer que l'opinion de Sydenham était bien changée: ses recherches à l’occasion des fièvres intermittentes de 1678 l’avaient conduit à mettre dans le quinquina son espoir le plus assuré ; il allait même jusqu’à le louer dans des termes qui contredisaient la déclaration de 1666. « Je puis bien affirmer, » disait-il, « contre le préjugé du vulgaire et d’un très petit nombre de savants, que je n’ai jamais vu aucun accident survenir aux malades, de par son usage, ou que pareille chose ne saurait être raisonnablement soupçonnée (1). » Sydenham usait alors, dans l’administration de l'écorce, d’une méthode nouvelle. Il donnait dans les quartes, par exemple, une once de poudre à distribuer de quatre en quatre heures pendant toute la durée des jours d’intermission (2).
Une contradiction semblable est fort surprenante dans les œuvres de Sydenham; et il n’est pas improbable que la faveur considérable dont jouit écorce du Pérou, à la Cour de Charles IT, puis en France, ait été pour quelque chose dans ce revirement d’opinion. Sydenham, il est vrai, fait remonter à 1678 les succès qu’il avait obtenus par l’administration de l'écorce, mais son prononcé de jugement date de 1680. Or, dès l’année précédente, Talbor quittant Londres avait emporté à Paris son remède secret, et sous le nom de l'Anglais (3) il n'avait pas tardé à y acquérir de la renommée par plusieurs cures brillantes opérées sur des grands de la Cour. Me de Sevigné écrivant au comte de Guitaut, le 25 août 1679, se plaint de ce qu’on ait laissé mourir le cardinal de Retz
(t) Ibid., p. 281. — (2) Ibid., pp. 284-6. — (3) M de Sévigné
lui donne toujours ce nom dans ses lettres.