‹ ThorvaldsenChapitre 198 sur 207 · V. |». SI · texte numérisé non relu

V. |». SI

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Une seule fois peut-être Thorvaldsen s’est permis lu fantaisie : c’est quand il a modelé la Statue équestre de Poniatowski , statue qui devait surmonter une fontaine à Varsovie. Le cheval est représenté reculant effrayé devant les eaux de la fontaine, (pii sont prises là pour les flots de l'Elster, tandis que Poniatowski, voulant mourir, enfonce l’éperon dans les flancs du cheval 1 .

Cette fantaisie, qui touche à la grandeur, est une exception chez Thorvaldsen, car, en général, il y a chez lui peu d’invention; mais, en revanche, il y a heaucoup de métier, en ce sens que Thorvaldsen avait acquis une science d’arrangement qui le servait toujours à propos, et l'empêchait de jamais tomber dans des fautes considérables. Malheureusement , je le dis avec franchise, il laisse voir trop de choses apprises par cœur, et à propos de celte combinaison des lignes dont je vous parlais plus haut, je ne puis m’empêcher de remarquer que le besoin de compensation qui l’occupait sans cesse, et que je retrouve dans tous ses ouvrages, l’a conduit un peu trop loin. Il faut sacrifier sans doute a l’équilibre de la composition, et, pour nu? servir d'une expression vulgaire que vous me pardonnerez, il faut savoir boucher les trous , mais il importe aussi de ne pas glacer son audace, de ne pas refroidir son œuvre a force de pondérution.

Vous comprenez , mon ami , pourquoi Thorvaldsen a dû exceller dans l’art du bas-relief, dans cet art éminemment classique où la sagesse et la convention tiennent tant de place. Elevé dans la vénération des Grecs, Thorvaldsen ne s’est pas écarté des principes devinés par le génie de Phidias. Il se fût bien gardé de multiplier les plans et de tomber, comme tant d’autres , dans ces imitations de tableaux qui semblent percer les murailles et rompre toute la gravité des lignes générales de l'édifice. Il va une fort belle figure de vieille femme dans son bas-relief de l'Hiver , et d’admirables morceaux dans celui de Némésis, ou je ne trouve à blâmer que le style un peu mesquin des chevaux. Quant â la frise où Thorvaldsen a représenté le Triomphe d' Alexandre , elle est regardée comme un chef-d’œuvre.

Thorvaldsen a modelé sur le mur ou taillé dans le marbre des figures tranquilles aux contours irréprochables et remplies de convenance. Dans le Triomphe d' Alexandre , les figures sont belles et fières, mais elles ne se meuvent point, ou, si vous aimez mieux, elles ne sauraient se mouvoir. Imaginez-vous des héros qu’une autre espèce de daguerréotype aurait fixés sur les murailles du monument, et qui demeureraient ii jamais immobiles, dans l’état même où la pensée de l’artiste les aurait

' Voir t.i «lr-rri|ilioii au C.ilalo;>ni-.

AP PENDICES.

saisis. Je conviens, du reste, que ce calme étrusque u bien aussi sa solennité et sa grandeur.

Mais dans les frises du Parthénon je sens vivre les cavaliers athéniens, je comprends à leur souplesse qu’ils devront se mouvoir, et je les vois, pour ainsi dire, s’avancer et continuer leur marche, de sorte que mon imagination me les représente encore dans leurs mouvements futurs après que mon œil les a embrassés dans leur allure présente.

Voilà l’expression bien franche de mon opinion sur le grand sculpteur qui vient de mourir. N’y voyez d’autre mérite que celui d'une parfaite sincérité.

J’ai lu, mon ami , avec plaisir et avec orgueil le récit des pompeuses funérailles qui ont été faites à notre illustre associé de l’Institut. Jamais, je crois, depuis Périclès, de pareils honneurs n'avaient été rendus à un artiste. Aussi, je vous le répète, j’ai senti revivre en mon âme la noble idée que j’avais toujours conçue de l’art statuaire, et je me réjouis d’apprendre qu’il s'est relevé à ce point dans l’esprit des hommes, que des rois et des princes ont suivi jusqu’au bout le convoi du fils d’un ouvrier islandais.

David (d’Angers),

Menthrr itr l'fn \tilul .

TESTAMENT DE THORVALDSEN.

« Ad nom de Dieu! Amen!

« Etant parfaitement sain d'esprit et de corps, je vais rédiger ci-dessous mes dernières volontés et disposer des ressources que je possède à présent et que je pourrais acquérir dans la suite.

« 1° Je lègue à ma ville natale de Copenhague tous les objets d’art que j’ai déjà envoyés à cette ville et qui s’y trouvent actuellement, ainsi que tous ceux qui sont encore chez moi et que je posséderai au moment de ma mort, consistant en peintures, sculptures, dessins, gravures, lithographies, médailles et autres choses semblables, tant antiques que modernes, pierres gravées, pûtes, bijoux et bronzes antiques, vases étrusques, terres cuites, livres, antiquités grecques et égyptiennes, et tout autre objet quelconque ayant trait aux sciences et aux beaux-arts. ■ A ce legs, j’attache expressément les conditions suivantes :

» a Tous les objets ci-dessus mentionnés formeront un musée qui portera mon nom. Ce musée ne sera jamais réuni i» aucune autre collection , ni par conséquent amoindri, morcelé et modifié sous aucun prétexte quelconque.

« i La ville de Copenhague sera tenue de fournir un local convenable et offrant la plus grande sécurité possible.

« c Les statues et les bas-reliefs qui se trouveront inachevés à l’époque de ma mort , seront terminés, aux frais de ma succession , par M. le professeur Freund et par M. Pielro Galli, mon élève.

•* d II sera établi un modique droit d’entrée pour les personnes qui voudront visiter le Musée ; les artistes de tout genre en seront exempts ; ils seront admis gratuitement. Le produit des recettes sera employé en partie ou en totalité au fonds nécessaire pour payer un gardien qui sera nommé par la ville et chargé de la surveillance et de la propreté du Musée.

» 2° Vu que conformement h la très-gracieuse approbation obtenue le 12 mars 1835, j'ai adopté Elise-Sophie-Cliarlotte Magnani, aujourd'hui épouse de M. le colonel de Paulsen, et que ce mariage a été également autorisé par le Saint-Siège, je déclare et je veux que la dite tfli.se- Sopliie-Charlotte Magnani , dame de Paulsen, devra se contenter de ce que j'ai stipulé à son avantage dans Pacte 1 fait en Danemark, en 1832 , et qu’elle n’aura plus rien à prétendre à ma succession.

» 3" Je me réserve le droit de léguer ce que je jugerai convenable en faveur de toute personne (pii m’est chère et qui m’a rendu des services dignes de récompense. C’est pourquoi je déclare que, lorsqu’il se trouvera parmi mes papiers quelque feuillet contenant des legs particuliers qu’on pourra supposer écrits et signés de ma main, ce feuillet fera partie de mon testament, et mes héritiers seront tenus de remplir exactement et scrupuleusement tout ce (pii aura été ainsi ordonné par moi.

* Hoiih-. 24 août 1837. «

Ou Ire ses objets d’art et ses collections, Thorvaldsen a laissé une fortune s’élevant à la somme de 155,000 écus danois (428,000 francs).

D’après les différents codicilles et suivant les volontés de l’artiste, â sa mort sa succession a été réglée détiiiitiveiuent de la manière suivante :

Le Musée reçoit la rente de 75,000 écus (2<Mî,000 francs); les descendants de Thorvaldsen touchent le revenu de 80,000 écus (222, (KH) francs).

Si la descendance de l’artiste venait à s’éteindre, toute la fortune reviendrait au Musée.

La tille de Thorvaldsen avait épousé un colonel danois, M. de Paulsen, dont elle eut deux enfants, un garçon et une fille. La fille est morte à peine âgée de dix-huit ans. Le fils vit à Rome, où il s’est marié; il a, croyons-nous, des enfants.

Devenue veuve, madame de Paulsen a épousé un Italien, M. Giorni, dont elle a eu deux autres enfants; celte dame est morte il v a plusieurs années.

Nous tenons ces differents renseignements de M. le professeur Muller, conservateur du Musée, et de M. Emile Wolff, élève de Thorvaldsen.

1 Cet nrto apurait à madame «le Paulin la jouissance des intérêts d’un capital de 40,000 êfiu en argent, déposé* à la Banque nationale de Copenhague.

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