II. VERNET
b Paris, ce 8 janvier 1836. »
Comme on le voit, Vernct éprouvait pour Thorvaldsen une amitié mêlée de respect : le sculpteur avait vingt ans de plus que lui, et déjà sa longue chevelure blanchie lui donnait un aspect tout à fait vénérable’.
A la fin de cette année 1836, le 31 décembre, l’Académie de Saint- Luc de Home décida par acclamation que, pour rendre hommage au talent de l’illustre artiste danois, une médaille d’or serait
1 Thorvaldsen n’est jamais venu à Paris.
3 Après la mort rtc Thorvaldsen, madame la baronne de Stainpe vint à Paris et remit à Horace Vernet la bague de son ami; le peintre la reçut avec toutes les marques d'une vive et respectueuse émotion, u It prit la bague, dit madame de Stanqre, la passa à son doigt, et l'appliquau! sur sou front, ii s’inclina |H>ur demeurer quelques instants comme absorbe dans ses souvenirs. "
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frappée eu son honneur, et, à cette occasion, le president de T Académie lui écrivit une lettre des plus flatteuses \
Thorvaldsen était déjà bien décidé à quitter Rome, lorsque, en 1837, le choléra se déclara dans cette ville avec violence. L’artiste n exerçait aucune fonction publique, et rien par conséquent ne pouvait lui faire tenir à honneur de demeurer en présence d’un danger si sérieux, alors qu’il était appelé avec instance dans son pays. Aussi, tandis que l’Académie de Saint- Luc convoquait les
1 Voici celte lettre :
u Insigne c Pontificia Accadcmia Romana délie belle art», denominata «1 i S. Luca. Li 31 dicembre 1836.
» Illustrissime Signorc î
» Gli insigni incriti di V. S. lllustrissiiiia ed il fiivore elle da tanfo tempo compiacesi rendere alla Pontificia Aecademia rilasciando a picno suo uso Pi utero onorario che le compete di cattedratico di acultura, hanno mosso la Gongregazione generale adunata jeri appresso la proposizionc fattanc dal Gonsiglio dei 12 del cadentc, ad esternarlene cou alcun atto straordinario la comuue riconosccnza.
» E slato quindi con unanime rîpetita acclamazione detenuinato, che sia roniata in onore di V. S. 111“* uua medaglia d’oro, la quale net dritto abbia Peuiblenia accadeinico di San Luca, second o lo slesso di Loi disegno, e nul rovcscio la seguente epigrafe :
ALBERTO THORVALDSEN.
SCUI.PTORI. CE L1 UE R RI MO SODAI.l.
RENE MERENTI. F\ DECR. Af.ADENIAE.
ANN. HDCCCX.WVI.
Lielissimo di potere coll' annunzio di quest’ atto accadeinico, cosî vi va mente gralo al mio etiore, par compliniento al quadriennio délia mia Presidenza, altro non mi riinane se non di pregare V. S. 111“ a gradire questa si spontanea c solenne diinostrazione dcll* ossequio ed amore de’ suoi aftcltuosi collegbi, e di far voti sincerissimi al Cielo perché ci servi per Itinghi anni nel Sig. Coininendatorc Thorvaldsen uno de’ pi û grandi oroainenli «tel T Accadcmia e di Roma, uuo de’ pin insigni c celehrati maestri di che si onorino le arti europee.
m Gon questi sentimenti delP animo desidero, che V. S. III** mi abbia costaiitcmente per suo cou lutta la vcnerazionc
» Di V. S. 111“
>» Dev"* obi** Servi tore ” G . C a v* S a i. v i , Présidente .
*» Prof. Salvatobe Betti,
» Segr. perp. »
VIE UE TU O K VA L US E X. I&t
artistes pour se rendre en procession, le 14 août, à l'église del Gesù, où se trouvait une image miraculeuse de la Vierge, il se laissa persuader par plusieurs compatriotes et partit avec eux.
En prenant cette détermination, les voyageurs n'avaient pas été informés que les habitants des petites villes voisines, redoutant l'irruption du fléau, avaient trouvé prudent d’établir une sorte de cordon sauitaiie autour de Home, et que, les amies à la main, ils repoussaient quiconque tentait de s’approcher. C’est par suite de cette mesure, dictée par la peur, que Thorvaldsen et ses compagnons, aux abords du premier village qu’ils rencontrèrent, furent tenus à distance par une sorte de milice improvisée; on leur fit sommation d'avoir à rebrousser chemin immédiatement , les menaçant de faire feu s’ils ne se conformaient à cette injonction.
Il fallut donc rentrer à Home, où l’épidémie sévissait cruellement. L’artiste dut penser qu'il pourrait ne plus revoir son pays, et il jugea prudent de faire son testament définitif. Dans ce document, daté du 24 août 18117 ', Thorvaldsen déclare léguer à sa ville natale, Copenhague, ses œuvres et toutes ses collections d’objets d’art et d’antiquité, mais à la condition qu’elles formeront un musée distinct, pour l'installation duquel la ville fournira un emplacement convenable. Il avait déjà, par un acte antérieur, assuré un revenu suffisant à sa fille, qu’il avait pu adopter en 18115, et à laquelle il avait fait contracter un mariage honorable.
Ce fut un triste séjour que celui de Home pendant l’été de 1837. Le travail devint pour Thorvaldsen un refuge contre les pénibles préoccupations causées par la présence d’une épidémie qui faisait chaque jour de nombreuses victimes. Le maître entreprit alors une statue représentant une jeune fille dansant le snl tare I/o. Celte figure était destinée à orner une des salles du palais Torlouia, où se trouvait déjà la première Danseuse de l’artiste, ainsi qu’une œuvre semblable de Canova.
Après avoir suffisamment ébauché cet ouvrage, le sculpteur fil venir un modèle. Une belle Romaine, conduite par sa mère, |>osait
1 Voir ce testament aux Appendices-
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depuis peu de temps, lorsqu’elle se sentit indisposée; bientôt même elle fut plus souffrante , et les symptômes ne laissant plus de doute sur la nature de la maladie, c’était une attaque de choléra, l’artiste se bâta de faire reconduire la jeune fille chez elle. Toutefois elle guérit; sa mère la ramena quelque temps après, mais Thorvaldsen uc consentit pas à la faire poser de nouveau; il acheva la figure sans modèle.
Dès lors le sculpteur ne songea plus qu’à s’éloigner de Rome; il prit toutes ses dispositions afin de pouvoir exécuter ce projet bien arrêté, et il écrivit à ses amis de Copenhague pour leur en donner avis. La nouvelle se répandit bientôt en Danemark; ce fut une joie générale dans le pays. Immédiatement le roi fit notifier au prince Christian, président de l’Académie, qu’il avait donné des ordres |>our qu’une frégate de l’État fût envoyée à Livourne, pendant l’été de 1838, afin d’aller chercher Thorvaldsen et de trans[>ortei tous ses ouvrages. Non -seulement l’artiste en reçut la nouvelle officielle, mais une lettre particulière du prince lui exprima toute la satisfaction que causait son retour.
Le sculpteur fit préparer d’avance ses caisses, et les expédia successivement à Livourne, au nombre de soixante-deux : elles renfermaient ses statues, ses tableaux, scs antiquités, ses livres. Lorsque, nu mois de juillet, Al. Dahlerup capitaine de la marine royale de Danemark, l'informa que la frégate Hota était à l'ancre, devant Livourne, prête à le prendre à son bord, ainsi que sa suite et ses effets, il n’avait plus qu’à partir. Il quitta Rome, esjiérant d’ailleurs y revenir encore, et il s’embarqua pour Copenhague le 13 août 1838.
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