VIE DE T II 0 R VA I. US E N. HI
au monument. Thorvaldsen s’empressa d’accepter l’idée de l'architecte, sans se préoccuper de savoir si le conseil de fabrique lui allouerait les sommes nécessaires, et il convint avec M. Iletseh que la Passion, qui ne Usinait pas dans l’église, servirait de sujet à cette frise.
Le modèle ébauché à Nysoe, et conservé au Musée de Copenhague, diffère en plusieurs points de l'oeuvre qui figure à Notre- Dame. Celle-ci fut exécutée dans l'atelier de M. Freund par de jeunes artistes qui travaillèrent sous la direction de Thorvaldsen.
Le poète Andersen était un des hôtes habituels de Stainpeborg, et il s’y trouvait à l'époque où le sculpteur esquissait cette composition. Dans scs Contes de ma vie, il rapiiorte qu’entrant un matin dans l’atelier, il vit l’artiste modeler la figure de Pilate. Thorvaldsen, peu satisfait de la draperie, consulta Andersen ; la baronne, qui avait un respect religieux pour tout ce qui so liait des mains du sculpteur, voulut fermer la bouche au poète; mais celui-ci dit franchement sou avis : le costume de Pilate lui semblait plutôt égyptien que romain. «C’est parfaitement mon opinion», répliqua l'artiste, et aussitôt il détruisit son ébauche, ce qui indigna vivement la baronne contre l'auteur des Contes.
Le séjour de Nysiie était fait pour charmer l’artiste. Les journées s’y ('coulaient doucement, dans une agréable alternative de travail et de loisir; le maitre se levait de grand matin pour se mettre à l’œuvre, et quand midi sonnait, il y avait le plus souvent sept heures qu'il maniait l’ébauchoir. Durant toute cette matinée laborieuse, il ne lui plaisait pas d'être interrompu; mais ensuite il allait volontiers taire quelque promenade dans ces jolis bois qui bordent la baie de Nysoe. On recevait les visites des propriétaires voisins, puis on les leur rendait.
Après le dîner, une des filles de la baronne se mettait au piano et jouait une des mélodies favorites du sculpteur. Le vieillard, toujours très-épris de musique, s’installait alors dans un grand fauteuil pour écouter plus commodément ; mais il fermait à moitié les veux, et s’endormait d’ordinaire pendant quelque temps; à son réveil, il se promenait de long en large dans le salon : « Kli bien, monsieur
Andersen, disait-il, if allons-nous pas, nous autres enfants, être régalés ce soir de quelque petit conte de fée? » Il goûtait beaucoup le charme poétique et délicat de ces historiettes semi-sentimentales et merveilleuses, toujours pleines de finesse, qu’ Andersen sait si gracieusement imaginer.
Dés que la nuit arrivait, l’artiste se montrait impatient de se livrer à son amusement favori, le loto. Sa passion pour ce jeu était devenue une sorte de manie de vieillard, et l’on n’avait garde au château de le priver de ce plaisir ; on était meme heureux de le voir gagner, car on savait que les chances contraires de la fortune le mécontentaient vivement, bien qu’on ne jouât absolument que de la menue monnaie 1 .
Le mois de novembre 1839 vit encore Thorvaldsen à Nysoe. Le 19 était le jour anniversaire de sa naissance, et l’on se préparait à le fêter en famille, lorsque le sculpteur reçut du chapitre du Danebrog la nouvelle que le roi venait de lui conférer la grand’eroix de l’ordre. Or, d’après les statuts, le blason de tout personnage élevé à ce grade doit être placé à son rang dans la salle des chevaliers du château de Frédéricsborg. Thorvaldsen, non plus que maître Gottskalk , son père, ne s’était jamais demandé s’il avait un blason , et, de fait, il ne s’en connaissait pas.
On suppose que depuis ce jour il y pensa quelquefois, para' qu’on a trouvé, sur plusieurs fragments de lettres, des essais plus ou moins informes de compositions paraissant se rapporter à ce sujet, et dans lesquels on a cru distinguer le dieu Thor, armé du marteau. Du reste, ce ne furent que des idées fugitives auxquelles il semble ne s’être jamais arrêté bien sérieusement, car en 1843 il n’avait pas encore envoyé les armoiries qu on lui avait demandées; le chapitre de l'ordre le lui rappela, et l’artiste ne tint aucun compte de cette démarche. Après la mort de Thorvaldsen , M. Bissen fut chargé de satisfaire à la réclamation du chapitre*; il s’inspira des croquis dont nous venons de parler, et c’est ainsi que le blason
1 Nous avons vu chez madame de Stampc le sac de soie verte renfermant les gros sous, produit du loto, qu'il donnait à guider à son domestique.
* Thiele.
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du sculpteur figure dans l'antique salle des chevaliers, au milieu d’armoiries féodales , et qu’il porte le dieu du Nord avec cette devise : Liberté et amour de la patrie.
Parmi les divers ouvrages auxquels l’infatigable vieillard travailla pendant son séjour à N y scie, nous devons citer l’ébauche d’un monument à la mémoire de Frédéric VI, roi de Danemark, mort le 3 décembre 1339, et dans laquelle ce monarque est représenté revêtu du manteau royal et assis sur un trône. Dans la pensée de l’artiste, le monument aurait dû être élevé dans le jardin de Rosenborg , connu sous le nom de Jardin du Roi.
Au pied du château de Stampe coule une petite rivière qui passe auprès de l’atelier du sculpteur ; celui-ci prenait plaisir à jeter chaque jour du pain aux cygnes qui s’y promènent et viennent s’ébattre sur la pelouse. La vue de ces oiseaux pleins de majesté lui inspira plusieurs compositions dans lesquelles ils figurent et qui représentent le mythe de Léda : Jupiter métamorphosé en cygne porte l'Amour, Léda reçoit sou puissant amant et l’Amour s’envole.
Christian VIII, qui avait succédé à Frédéric VI, souhaitait vivemeut posséder une statue de son ancêtre Christian IV 7 , ce prince qui avait pris une part considérable à la guerre de trente ans. Christian IV avait conservé la réputation d’un habile général, bien qu’il eût été défait à Lutter par Tilly, lieutenant de Maximilien de Bavière, alors chef de l'armée de la ligue catholique. Mais il avait ensuite gouverné sagement son pays, s’était attaché au bonheur de ses peuples, et avait ainsi laissé une mémoire vénérée.
Thorvaldseu ne manqua pas de promettre au roi d’exécuter cette statue; mais, suivant son habitude, il se pressa peu de remplir son engagement. Plusieurs fois, et sans succès, Christian VIII lui fit rappeler sa promesse, tantôt par son grand maréchal, tantôt par ses officiers. Un soir, rencontrant dans un bal la baronne de Stamj)C, le roi chargea cette dame de gagner sa cause en usant de l’influence qu’elle avait sur l'artiste; mais la barounc ne réussit pas mieux que les ambassadeurs précédents, et voyant ses arguments se briser devant une volonté passive, elle eut de nouveau recours à un stratagème.
lii PREMIER K PARTIE.
Lu jour que le sculpteur était en promenade, elle s’installa en son absence dans l’atelier, et tant bien que mal modela elle-même une ébauche d’argile ayant la prétention de représenter le monarque. Quand Thorvaldscn rentra , il fut fort étonné de voir la baronne à l’œuvre. « Que faites-vous donc là? » lui dit-il. — « La statue du roi. Puisque je l’ai promise et que vous ne voulez pas la faire, il faut bien que je m’en charge moi-même, pour remplir mon engagement. »
L'artiste rit de bon cœur et critiqua le travail. « Faites donc mieux, vous qui vous moquez. Je vous défie de rien trouver à corriger à ma statue , « dit la baronne affectant un ton piqué. Tliorvaldseu ne put s’empêcher de saisir l'argile pour rétablir les proportions. Lue fois qu’il y eut mis la main, il acheva l’ébauche et modela ensuite la statue 1 , qui devait être placée sur un sarcophage de marbre dans une des chapelles de Hocskilde. File fut en effet coulée en bronze; mais elle a ensuite changé de destination, et l’on peut la voir dans le petit jardin qui entoure le château de Roscnborg.
La plupart des bas-reliefs qui datent de cette époque* sont signés de N j soc ; pourtant Thorvaldscn partageait son existence entre la vie de campagne a Stampcborg et la vie mondaine à Copenhague,
1 L'esquisse est au Musée, mai» le polit modèle de plâtre est demeuré A Nysrle, et voici comment : l’officier du roi qui avait coutume de venir tendre visite au sculpteur pour ne pas laisser négliger l’ouvrage, exprima un jour le désir que Thorvaldscn lui donnât le modèle. I.’artiste s’en défendit en disant qu’il l’avait promis A madame de Stampe. I.orsqu’ensuite il raconta le fait A la baronne, celle-ci le prit au mot et s'empara du plâtre.
■ -Nous noterons :
Diane implorant Jupiter pour qu’il lui permette de rester vierge ; P Amour et Hygie , modelé A l’occasion des noces jubilaires du roi et de la reine de Danemark.
Persée délivrant Andromède , composition surchargée et tout A fait en désaccord avec les habitudes du maître; les Pèlerins iPEmmaüs, pour une église voisine du château de Stampe; Jésus bénissant les enfants, destiné A une salle d’asile.
Le dénie ilu jour de C an a été fait à l’occasion du I er janvier IHil. Vinrent ensuite : Jésus et ta Samaritaine . P Amour endormi . Psyché endormie et Jésus au milieu des docteurs .