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CHAPITRE PREMIER

Influence de l'école française, depuis l'époque de Louis XIV, sur le mouvement de» arts en Danemark. — L'Académie des beaux-arts de Copenhague. — Du mouvement de rénovation, dirigé par Winckelmann , en Italie.

Élève de l’École des beaux-arts de Copenhague, Thorvaldscn a produit son œuvre sous l’influence des théories que Winckelmann avait émises à la fin du siècle dernier. Il est doue impossible d’apprécier son mérite et ce qu’il peut avoir de personnel, si l’on ne s’est pas rendu compte, an moins sommairement, de .l'état des arts en Danemark au moment de la naissance du sculpteur, et du mouvement <|ui s’était ré]»udu dans l’Italie quand tout jeune encore il vint s'établir dans lu Péninsule. Quelque grande que soit la personnalité d’un artiste, elle ne saurait être isolée du milieu dans lequel elle s'est manifestée.

I,e développement des beaux-arts en Danemark est intimement lié à l'histoire de l'école française. C’est à Home qu’avait étudié Poussin; c’est aussi là que se forma Lebrun, le peintre du grand roi, le véritable fondateur de l’Académie de France à Home.

SECONDE PARTIE

L’influence de l’école française, à partir de la seconde moitié du dix-septième siècle, fut prépondérante dans l'Europe entière ; elle domina partout, en Italie, en Allemagne, et même dans les pays Scandinaves. Si l’on parcourt ces contrées, on rencontre à chaque pas, dans les palais, dans les églises, dans les châteaux, de vastes compositions conformes au goût pompeux des œuvres de Lebrun, ou des statues rappelant par l'apparat du style la manière des Coustou.

A Lebrun succéda Mignard; après lui vinrent Wattcau, Doucher; les peintres des fêtes galantes, Lancret, Pater, le sculpteur (.ludion , et tant d’autres. En sculpture comme en peinture, la recherche du gracieux finit par se substituer a la dignité de convention, aux grandes allures, parfois emphatiques, du siècle de Louis XIV. Un genre maniéré, plein d’élégantes mièvreries, devint à la mode; on était bien loin déjà du point de départ de l’école française.

Le nouveau style, qui s’accommodait parfaitement aux idées, au goût général de l’époque, eut une influence qui se fit également sentir par toute l’Europe.

Dès le règne de Louis XIV on peut suivre ces vicissitudes de l’art français dans les pays Scandinaves, autant et meme plus que partout ailleurs. Né à Copenhague, Thorvaldsen ne se trouvait donc pas éloigné, comme on pourrait le croire au premier abord , du courant général des idées. Quand il vint au monde, les ai ls', et notamment la sculpture, étaient cultivés avec succès en Danemark.

Il est vrai qu’avant Christian V (1070-1099) l'école hollandaise avait dirigé les peintres danois; mais à la fin du dix-septième siècle les idées françaises s’introduisirent parmi ces artistes pour régner

1 On sait quel rote considérable les pays dn Nord ont autrefois joué dans les affaires politiques de l’Europe. La ville de Copenhague possède encore les vestiges de l'ancienne magnificence de ses rois; tille visite an château de ltosenborg, où sont renfermées tant de précieuses reliques des temps passés, vases, pierreries, objets d'art de toute espèce, suffirait à faire comprendre quelle a été autrefois la splendeur de celte cour de Danemark, aujourd'hui si digue dans sa simplicité.

Celte inclination pour ce qui est riche et brillant, nous devons ajouter ce goût des lielles choses, étaient déjà répandus au temps de Christian IV ; 1588- 1618).

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absolument sur eux. Cette iutlueuce, rcmarquons-le, tut tacitement acceptée par le génie national, tandis que celle de pays plus rapproches ne réussit pas à prendre faveur.

Dès l’époque de Christian V, un peintre français, Jacques d’Agar, s’établit à Copenhague connue peintre des portraits de la cour, et un autre artiste, français aussi, le sculpteur Abraham -César L'Amoureux, exécuta la statue équestre du roi 1 . Cette statue, dont nous avons eu occasion de parler déjà dans la biographie de Thorvaldscn *, fut fondue eu plomb et érigée au centre de la place Royale (Kongcns Nytorv) : le monarque foule aux pieds de son cheval une sorte de démon, qui ligure l’Envie et se tord dans un mouvement de haine et de basse colère. Cet ouvrage, qui ne manque pas d’ailleurs d’une certaine vigueur, est d’une allure pompeuse, et vise à l’effet par une expression forcée.

Frédéric IV et Christian VI protégèrent les arts 5 et virent l'école française prendre racine en Danemark. Sous le règne de Frédéric V *, on lit disposer le palais de Charlottcnborg pour y installer l’Académie des beaux-arts. En même temps, un quartier entièrement neuf, Fredriksstadcn , s’ouvrit à Copenhague, et les principales familles nobles rivalisèrent d’efforts pour y élever de somptueuses demeures. La place principale de ce quartier fut appelée Amalienborqs Plads, du nom d’un vieux château qui y était autrefois situé, et qui, en 1<>89, avait été dévoré par un incendie.

Là fut érigée une statue équestre du roi, et ce fut encore un sculpteur français, J. F. J. Saly, qu’on chargea de ce travail.

1 Chapitre I", p. (i.

J Frédéric IV (1099-1730) avait véritablement l'intelligence Je ce qui est beau : Fredriksborg rt Fredensborg fournissent les preuves d’un réel sentiment des convenances en matière d’art; ces palais sont lia bile ment disposés pour entrer en harmonie avec les sites et les mouvements naturels du [iays qui les entoure. Frédéric IV protégea surtout la peinture. Son successeur, Christian VI (1730- 1 746), était un prince passionné pour le luxe; le palais de Cbristiansborg (qui fut dévoré par l'incendie de 1 794) et une série île châteaux de plaisance et de chasse, parmi lesquels nous riterons llirsholin et l' Ermitage , témoignent de la splendeur dont il se plut à entourer sa cour.

HO SECONDE PARTIE

L’œuvre a une belle tournure; certaines parties, notamment la tête du cheval, sont d’une très-bonne exécution.

Saly, qui demeura en Danemark jusqu'en 1774, ) laissa d’autres ouvrages estimables et eut surtout une influence importante sur le développement de l’Académie, dont il devint directeur. Sous son administration se formèrent plusieurs sculpteurs liés eu Danemark , C. F. Stanley, A. Wcidenhaupt, N. Dajon, qui laissèrent un nom justement apprécié dans leur jmys.

Le sculpteur danois qui obtint le plus de considération auprès de Saly, fut Johannes Wicdewelt, qui lui succéda comme directeur de l’Académie. 11 appartenait à une famille d'artistes : son grandpère avait été architecte, son père sculpteur. L'usage était déjà répandu en Danemark d’orner de grandes figures de bois et de riches décorations eu relief la proue et la poujie des navires. Le père de Wicdewelt se livrait à ce genre de travaux dans les chantiers de Dolmen, et ce fut là que l'enfant fit ses premiers essais, comme plus tard le jeune Thorvaldscn.

Sous la direction de son père, il avait acquis une certaine habileté, et lorsque Saly vint à Co|>enliague en 1753, Wicdewelt faisait son voyage d’artiste aux frais de la cassette royale. Il se rendit d'abord à Paris, où il travailla auprès de Guillaume Coustou le jeune; puis à Home, où il vécut familièrement avec Winckelmann, qui tourna son attention vers les œuvres de la sculpture antique. Cette rencontre eut sur Wiedewelt une influence décisive, et à partir de ce moment il se mit à étudier avec ardeur les Grecs et les Romains. Ses relations avec l’illustre savant furent fondées sur une véritable amitié, et jusqu'à la mort de Winckelmann il entretint avec lui une correspondance assidue.

De retour à Copenhague, Wiedewelt fut nommé membre de l’Académie (1758), et l’année suivante professeur. On le chargea eu même temps de travaux considérables. La riche cathédrale de lfoeskilde, qui renferme les dépouilles des souverains de Danemark, |M>ssèdc de lui le sarcophage de Christian VI et le grand monument funèbre de Frédéric V, orné de deux figures exécutées dans des proportions au-dessus de celles de la nature. On voit dans

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le jartlin du château de Fredcnsborg plusieurs statues de la main du mime artiste, des vases de marbre richement décorés, et quatre grands groupes exécutés en grès dont les sujets sont tirés de la mythologie grecque. Wiedewelt a sculpté: un grand nombre de bustes et de monuments funèbres. Plusieurs ont été détruits, soit dans l’incendie du château, en 1704, soit dans le bombardement qui ravagea Copenhague en 1807. Mais l’ouvrage qui peut le mieux témoigner de son mérite et de la nature de son talent a été heureusement conservé; c’est une statue de femme, en marbre, qui représente la Fidélité. Elle est placée, avec trois autres statues, autour de l 'Obélisque de la Liberté', élevé en 1702 en face de la porte de l’ouest de la ville.

Artiste intelligent, Wiedewelt avait le don de l’invention et composait avec une grande facilité. Son séjour à Paris et à Itome, ses relations avec Winckelmann, avaient contribué à enrichir son esprit de connaissances étendues. Toutefois son talent, qui s’ était développé sous cette heureuse influence, manqua de flexibilité, et l’artiste ne parvint pas à mettre la vie et l’expression dans ses figures, exécutées avec une science sévère, mais aussi avec une certaine raideur.

Les tendances de style qu’on peut remarquer dans les ouvrages de ce sculpteur attestent l’autorité que Winckelmann exerçait sur lui ; elles manifestent déjà le mouvement des idées nouvelles qui domineront plus tard avec Canova et Thorvaldscn.

Devenu vieux, Wiedewelt laissa peu à peu envahir son esprit par la plus sombre mélancolie, et mit fin à scs jours, en 1802 4 .

' Ce monument perpétue le souvenir de l’abolition du servage.

1 Parmi les élèves de Wiedewelt, nous «levons citer J. J. Ilolin, un jeune artiste de talent, qui abandonna bientôt la sculpture pour se livrer à la gravure en médailles. Il fut pourtant surpassé dans cet art par Peter Gîanelli, natif de Copenhague, qui a ciselé plusieurs médailles d’une véritable valeur; on remarque surtout celle qu'il fut chargé de faite pour rappeler l’abolition de la traite des nègres dans les colonies danoises en 1792. Il mourut dans les premières années de notre siècle. Son frère, ]>ouiioir llolm, qui remporta la grande médaille d’or à l’Académie, en 1799, alla plus lard s’établir eu Angleterre. Il envoya en 1820, à l'Académie à laquelle le rattachaient scs études, un jtortrail-htiste du duc de Gloceslcr.

SECONDE PART I E

Weïdcnhaupt, élève de Saly, s'acquit une juste considération , surtout comme professeur à l'Académie: il a laissé un Écorché for! estimé et qui servait encore de modèle dans ces dernières années. Pensionnaire de l’Académie, il s’était rendu à Paris, où il étudia de 17t>2 à 1705. Il travailla sous la direction de Pajou à un Saint Augustin de marbre destiné à l’hôtel des Invalides. A Rome, il se sentit attiré par les antiques ; il modela plusieurs copies réduites des plus célèbres statues, et ces réductions , que le temps a malheureusement fait disparaître, obtinrent un grand succès aux expositions de Copenhague.

L’une des figures de marbre qui ornent l’obélisque de la Liberté a été exécutée par lui. Elle représente V Agriculture. Il n’y a que justice à constater dans cette statue, ainsi que dans plusieurs autres études de cet artiste, les témoignages d’un effort soutenu vers la simplicité de l’art grec.

Nicolas Dajon, né à Copenhague comme Wcidcnhaupt et élève de Saly, travailla aussi au monument de la Liberté. Les deux figures de femmes qui représentent la Valeur et le Patriotisme sont dues à son ciseau; mais elles sont inférieures aux deux autres. 11 réussit mieux dans un très-riche monument funèbre, orné de deux figures de femmes de grandeur naturelle, en marbre, qui se trouve dans le cimetière d’ Assistance.

A l’Académie, Tborvaldsen reçut les leçons de ce sculpteur. Lorsqu'on 1819 l’élève revint à Copenhague, déjà environné de gloire, le vieux ryaitre était presque oublié; il est mort en 1823.

Il n’entre pas dans notre plan de tracer ici un tableau complet de l'histoire de l’art en Danemark '. Nous avons essayé seulement

1 En Suède, le mouvement des arts se ressentit également de l'influence traneaise, et peut-être même d'une manière plus persistante qu’en Danemark. I.e frère cadet de notre célèbre Rouciiardon s'était établi «tans ce pays, où il était sans rival. Il mourut en I7G2. — Larclievêqtte, qui fut directeur de l'Académie royale de Suède et mourut en 1778, était un artiste maniéré. Il eut pour élève Sergel, le meilleur des sculpteurs suédois, sur lequel M. le marquis de Chennesières a donné une intéressante notice dans la Revue universelle des arts (mai IKâtlj. Scrgel . qui lit un excellent Faune couche', avait précédé Canova à Rome, et c’est là qu'il se forma, sans se soustraire |>ourtant aux souvenirs et A rinilueucc de l'école française: son joli groupe de t Amour et Psyché en est un

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