‹ ThorvaldsenChapitre 31 sur 207 · OEUVRE DE THOR VA LOS E N · texte numérisé non relu

OEUVRE DE THOR VA LOS E N

de montrer par quelques indications comment ce pays, après avoir subi l’influence générale du mouvement des arts en Europe, et particulièrement en France, avait vu son Académie se former; nous avons voulu faire connaître le milieu dans lequel Thorvaldsen fit ses premières études d’artiste.

Il ne faudrait pas exagérer l’influence qu’eurent en Danemark les principes rapportés d'Italie par Wiedewelt, l’ami de Winckelinann; ils ne furent pas toujours adoptés par les successeurs de cet artiste. Ce n’est donc pas à Copenhague, mais à Rome, en face des chefs-d’œuvre de l'antiquité, que Thorvaldsen a trouvé définitivement sa voie.

Lorsque Thorvaldsen arrivait en Italie, la révolution des idées était définitivement accomplie. On sait qu’elle avait commencé dans la Péninsule dès le milieu du dix-septième siècle; au dix-huitième, un Allemand fixé à Rome, Meugs, l’encouragea, et Winckelmann en assura le triomphe. Par une heureuse coïncidence, les découvertes de Poinpéi et d’Herculanum favorisèrent ce grand mouvement. Profondément imbu des beautés de la langue grecque, admirateur de Sophocle et de Démoslhène, passionné pour Hésiode et pour Homère, Winckelmann avait longuement étudié les antiquités des musées allemands avant de se rendre en Italie. Au moment où il arrivait sur celte terre qui lui promettait d’infinies jouissances d’artiste et d’érudit, l'antiquité elle-même surgissait des cendres et des laves préservatrices; elle venait s’exposer nue et vivante encore aux regards de cet amant plein d'enthousiasme.

Les travaux de Winckelmann sur l’antique sont depuis longtemps connus. L’influence considérable qu'ils ont eue sur les

témoignage. Nous ne pouvons oublier que c’est A Scrgcl qu’on (luit le tombeau de Descartes, (tans l’éj;l isc d’Adolphe -Frédéric, A Stockholm. — Après cet artiste, les sculpteurs suédois les plus célèbres oui été deux contemporains de Thorvaldsen, Hystrom et Fogelbcrg. I.e premier, esprit sérieux cl un peu froid, s’inspira des antiques; l'autre fut élève de Sergel, mais il étudia aussi sous Guérin et Itosio à Paris. Gustave Planche a consacré un article très-ctudié ( lie vue des Deux- Mondes, 1855) à cet artiste, qui fut extrêmement attaché aux souvenirs de la invthologic Scandinave. On doit à Fogelherg les statues des dieux Odin, Tlior et Balder. Ses rouvres ont été éditées en 185(i, A Paris . par M . Casimir Lecontc.

m SECONDE PARTIE.

altistes n détourné le goût des œuvres maniérées pour le ramener à l’étude des beautés sévères de l'art grec. N’eussent- ils d’autre mérite, ces travaux seraient dignes par cela seul du respect de tous les esprits judicieux; toutefois, comme en général ils ont produit de moins heureux résultats en peinture qu’en sculpture, on les a vus perdre une partie du crédit dont ils jouissaient au commencement de ce siècle.

Peut-être aussi la faute en est-elle à l'excès de zèle de quelques artistes, qui, confondant la lettre avec l’esprit, ont dépassé le but, et sont allés bien au delà des idées de Winckclmanu, en remplaçant d’une manière absolue l'élude éclairée de la nature par la copie servile des débris de l'antiquité. Ces artistes n’ont donné le jour qu’à des pastiches.

Le savant allemand avait dit : n La discussion de l'art des Égyptiens, des Étrusques et des autres peuples peut étendre nos idées et rectifier nos jugements : l'examen de l’art des Grecs doit ramener nos conceptions au vrai, et nous servir de règle pour juger et jiour opérer 1 . »

Des travaux de Winckclmanu ressort une doctrine juste et sage. Le grand admirateur des Grecs est persuadé que ces maîtres ont possédé la vérité dans leur art, et lorsqu’il décrit la voie suivie pâteux, il laisse jaillir de cet enseignement des préceptes d’une haute portée. A quoi tenait la supériorité, incontestable dans la statuaire, de ces artistes grecs si heureusement doués des qualités naturelles qui font sentir et apprécier la beauté? Avant tout, à l’étude journalière qu’ils firent du nu*.

Si les Grecs avaient sous les yeux la nature nue, ils ne se contentaient pas de la copier, ils la choisissaient dans ses détails pour en composer un tout harmonieux, supérieur, par conséquent, à

1 Winckclmanu , l. Il, liv. iv, cliap. i".

* ** Les gymnases et les lieux où la jeunesse s'exercait toute nue à la lutte et à il'antrc* jeux, étaient le* école* de la beauté |>lax!icjue. Là, le* artistes contemplaient les beaux développements de la taille : l'imagination échauffée par l’habitude journalière de voir le nu, ils savaient se rendre familière et présente la lieauté des formes. A Sparte, des jeunes filles nues, on presque nues, s'exercaient à la lutte. » Winckelniauii , t. Il, liv - tv, ch. o.

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chaque modèle pris isolement : « Ils surent épurer leurs ligures de toutes les affections personnelles qui détournent notre esprit du vrai beau. — Ce choix des belles parties, et leurs rapports harmonieux dans une figure, » remarque encore Winckclmaiin, « produisirent la beauté idéale , qui par conséquent n’est pas une idée métaphysique, a

Aujourd’hui la doctrine idéaliste trouve de nombreux contradicteurs, et cependant, si elle ne s’en tient pas à la vérité absolue, on voit qu’elle ne proscrit pas l’élude de la belle nature, qui demeure sa source première.

La recherche du beau dans la nature et la création de l’idéal ne constituent pas toute l’esthétique des Grecs. L’artiste qui suit leurs préceptes doit encore s’attacher à Y expression et à Y action. « En enseignant la doctrine des belles formes, il est essentiel d’y joindre l'observation de la décence dans les gestes et dans les attitudes, parce que c’est en cela que consiste une partie des grâces 1 . «

Pourtant il faut de la mesure dans l’expression comme dans l’action : car si la beauté, semblable à l’eau la plus limpide puisée dans la source la plus pure, n’admet pas que rien d’étranger vienne s'y mêler, l’expression ne peut se montrer que jusqu’au point où elle n’altère pas les traits du visage; de même le mouvement des membres ne doit jamais être assez accentué pour rompre l'harmonieux équilibre du corps.

Telle est l’essence de la doetrinc de Winekelmann. Thorvaldsen est un «les artistes qui s’efforcèrent avec le plus de foi de mettre ces théories en pratique, et l’on peut dire qu’il en est, pour la sculpture, l’expression la plus complète et la plus vraie. Il est donc impossible de séparer sou œuvre de la doctrine qui l’a en quelque sorte enfanté.

1 Winckrlinann, t. It, liv. tv. ap. in.

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